Réformes de l’État

L’État se serait réformé, mais en confondant dégradation de qualité et réduction de coûts. Plusieurs personnes m’ont dit la même chose, la semaine dernière. Leurs arguments :

  • Les toujours ou anciens services publics connaîtraient une dégradation de la qualité de leurs services sur le modèle du précurseur FT. Il arriverait, à la SNCF, à la Poste… des choses impensables il y a quelques décennies.
  • En fait, ces réformes auraient créé des êtres étranges qui n’ont ni les réflexes du privé, ni ceux de l’ex service public. Une sorte de zèle réglementaire tatillon hostile au client.
  • Cela viendrait de ce que les particularités et les statuts historiques de ces organisations sont demeurés (par exemple, il semblerait que les gardiens de musée aient été traditionnellement des invalides de guerre), alors que le sens du devoir et du dévouement au bien public, qui allaient avec, se sont évaporés.
  • C’est le mode de réforme qui serait en cause. Il n’y a pas eu réinvention des processus de travail pour qu’ils fonctionnent avec moins de personnes : on s’est contenté de réduire les effectifs, en espérant que le service rendu ne changerait pas… Le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux nous promettrait le chaos. 

Mérites de l’altruisme (suite)

Le modèle texan (billet précédent) a quelque-chose de fascinant : il exporte des non-qualifiés, pour importer des qualifiés. Ce faisant, il élimine le coût des services sociaux, qu’il fait payer au reste du monde.

Mais, si ce modèle devait marcher, il l’aurait déjà fait, ailleurs dans l’histoire. Quel est son vice possible ?

Modèle de Machiavel ? Le modèle texan est celui du mercenaire, et le mercenaire est moins efficace que le national convaincu ?
Serait-ce là le vice des USA : ils ont monté une économie qui demande des personnels qualifiés, or, ils ne possèdent pas le système éducatif qui forme ces gens (Crise de l’emploi). Sur le long terme, l’État aurait-il un intérêt ?
Compléments :
  • Le modèle du mercenaire est aussi, majoritairement, celui des clubs de football. Le club de Barcelone a choisi le modèle nationaliste. 

Dégraisser le mammouth

Si je comprends bien, pour cause d’économie, l’État réduit le nombre d’enseignants et de policiers.

Il veut gagner en productivité, or, que je sache, on n’a pas encore trouvé le moyen de faire qu’un enseignant ou un policier soit plus efficace que par le passé. L’État ressemble-t-il à une entreprise qui arrêterait sa production pour faire des économies ?
Et si l’économie devait venir de l’infrastructure, et pas des simples soldats ? « reengineering » des services de support ?

Faillite de l’État

Depuis les années 80, a eu lieu une grande vague de libéralisation (FT, etc.). Celle-ci ne semble pas avoir eu les effets escomptés :
  • Ce tout au marché aurait dû, selon les théoriciens, enrichir le pays (l’entrepreneur est efficace, l’État incompétent). Ce qui ne semble pas avoir été le cas.
  • L’État aurait dû maigrir. Ce qui n’a pas été le cas.
L’État a perdu des ressources (ressources qui justifiaient des prélèvements fiscaux ?), d’où sa faillite actuelle ? Ceux qui les ont reçues, n’ont pas su les développer ?

Pénurie d’eau et conduite du changement

Hier France Culture parlait de sécheresse et de ses conséquences.Les paysans auraient choisi des cultures qui consomment beaucoup d’eau (maïs), ils épuiseraient la nappe phréatique, l’État les encouragerait en subventionnant les installations de pompage. Résultat : le problème empire et on parlerait (?) d’un impôt sécheresse.
Ce qui m’a semblé un exemple impeccable d’attitude perverse au changement, exprimée avec force et répétition par la dynamique des systèmes.
  • Le propre des organisations c’est l’homéostasie. Le paysan ne sait pas faire autrement que consommer beaucoup d’eau. Il s’entête dans l’erreur.
  • Un changement vertueux (implanter des cultures et une irrigation qui consomme peu d’eau) demande une coordination des acteurs « par en haut ». Ce qui légitime l’État ou un mécanisme équivalent (et met en déroute la « main invisible » du marché).
  • Mais l’État trouve plus confortable de faire ce que demande le peuple que de lui expliquer qu’il y a une autre façon, vertueuse celle-ci, de procéder ? Le professeur Cialdini expliquerait certainement cette observation parce que l’homme cherche à ménager son intellect, à ne pas penser du tout. 
Compléments :
  • En fait, Mme Kosciusko-Morizet annonce qu’il va falloir trouver un moyen de réduire de 20% la consommation d’eau paysanne. Curieusement, le chroniqueur de France Culture, au lieu de se réjouir de cette courageuse déclaration, l’a utilisée pour dénoncer l’inefficacité du gouvernement, qui aurait dû agir plus tôt… 

Drogue en Amérique centrale

L’Amérique centrale baignerait dans la drogue et le crime organisé.
L’un de ses maux semble vérifier la thèse d’un de mes billets concernant les effets d’un ordre public subventionné par la charité des riches, suivant le modèle libéral :

Les plus riches s’arrangent par eux-mêmes – il y a 5 fois plus de gardes de sécurité privés que de policiers ou de soldats au Guatemala et quatre fois plus au Honduras – et donc bloquent tout effort de lever des impôts nécessaires au renforcement de l’État. (The drug war hits Central America)

Bref, la justice n’a pas les moyens d’ennuyer les trafiquants. 

État et libéralisme

Le libéralisme veut qu’il n’y ait rien en dehors de l’individu et que ce qu’il gagne lui soit propre. Dans un tel système, il n’y a pas d’inégalité. Mais il y a quand même une forme d’entraide qui passe par la charité, acte volontaire de l’individu.
Curieusement ce modèle n’élimine pas non plus l’État, puisqu’il semble qu’il y ait besoin de maintenir l’ordre, mais il est subventionné lui aussi par la charité.
Compléments :
  • Subrepticement cette vision du monde a pénétré nos vies : les ONG s’occupent des déshérités et nous indiquent les maladies que notre argent doit aider à soigner, l’économie sociale remplace l’État. (Le projet de Big Society de David Cameron.)
  • Si je comprends bien le modèle de Mancur Olson, une société dans laquelle les riches subventionneraient l’État-bien commun serait une mauvaise affaire pour eux. En effet, l’allocation optimale leur permet de s’offrir une quantité de bien commun moindre que si toute la communauté y avait contribué (par exemple une milice), et, en plus, le reste de la population peut en profiter gratuitement. 

Faire maigrir l’État

Régulièrement, The Economist fait un dossier sur l’État, qu’il trouve trop gros (Taming Leviathan). Résultat des politiques d’une droite sécuritaire et d’une gauche maternaliste.
Je soupçonne qu’une mauvaise gestion de l’État peut nuire à l’Occident. Son évolution démographique peut le conduire à laisser se développer un État ventripotent qui plomberait la performance relative de son modèle social. 
Par contre, je ne crois pas, comme dise les libéraux, que nous ne puissions plus nous offrir les services traditionnels de l’État. Ceux-ci me semblent appartenir à une forme de « droits de l’homme ». D’ailleurs, nous devrions même être beaucoup plus exigeants vis-à-vis de lui.
Tout est une question de gains de productivité. Il faut réinventer l’État pour qu’il produise mieux, avec moins de moyens.
Malheureusement, personne ne part dans cette direction. Notre gouvernement fait des trous dans la coque pour alléger le bateau. D.Cameron compte sur les miracles de l’économie de marché pour sauver son pays. L’extrême droite ou la gauche, qui va probablement prendre le pouvoir en Europe, sont favorables à un État-Maginot.

État et pauvreté

La rigueur budgétaire anglaise pourrait entraîner la suppression de lignes de bus non rentables. Ce qui aurait un impact décisif sur l’existence des pauvres (notamment de leurs écoliers) et des vieux. (Info de la BBC du précédent billet.)
Curieux comme l’existence d’une partie de la population tient à peu de choses, et à quel point les services publics sont importants pour elle.
Alors, le libéral a-t-il raison de dire que le pauvre vit aux crochets de l’État ? Peut-être pas. Grâce à l’État le pauvre ne se rend pas compte qu’il est pauvre. S’il le savait il serait peut-être autrement exigeant avec les riches ?