L’interventionnisme de l’Etat nous met dans le pétrin : comment changer les choses

On me demande souvent quel conseil je pourrais donner au gouvernement. A quoi je réponds immanquablement qu’il n’est pas possible de conseiller des gens aussi intelligents. J’ai fini tout de même par avoir envie de parler.

L’Etat est désemparé. Il n’a plus d’argent. Il n’a plus de pouvoir, il est entre les mains de Mme Merkel. Et il ne sait que gouverner par décrets et dépenses. D’ailleurs, il n’emploie que des économistes qui rêvent de formule magique.
Ses méthodes d’intervention nous ont mis dans le pétrin. Car, quand il veut aider l’entreprise, il la prend si bien en charge, qu’il lui fait perdre toute envie de compétitivité. Il tue sa viabilité. Et, ses bonnes intentions pavent notre enfer. En demandant aux services publics de gagner de l’argent, il en a fait des concurrents déloyaux des entreprises. Ils nuisent à l’économie.
Pour un Etat entraîneur de champions
Que faire ? Un des dirigeants d’une CCI me disait qu’il avait constaté que ce que demandaient les patrons de start up était, avant tout, « d’être coachés par des patrons ». L’entreprise et l’individu n’ont pas besoin d’argent, mais d’aide, de « tuyaux », pour tirer parti de leurs atouts, dans le chaos ambiant.

L’Etat doit se demander ce qu’il faut faire pour nous aider à nous aider. Alors, il découvrira qu’il a des moyens formidables pour cela, et qu’ils ne lui coûtent rien. Car il possède des centaines de milliers de personnes qui sont là pour servir leurs compatriotes, mais aussi des réseaux qui couvrent le monde. Il doit abandonner son illusion de la formule magique, il doit sortir de ses palais, il doit transformer le service public en donneur d’aide à l’entreprise, et au travailleur (en puissance). De tuteur, il doit devenir entraîneur de champions. Renaud Lavillenie Paris 2011

Vague de fusions avant nationalisation ?

Apparemment les fusions / acquisitions procèdent par vagues. Il leur faut des circonstances favorables, notamment que les entreprises baignent dans le cash (ce qui est actuellement le cas). Puis, tout démarre par un choc. Et là, à partir du moment où une société en achète une autre, un cercle vertueux s’engage qui fait que tout le monde à intérêt à acquérir le voisin, ne serait-ce que parce que cela augmente le bonus du dirigeant de l’entreprise.

Contrairement à ce que dit la théorie économique récente (mais conformément aux idées de Schumpeter), ce ne serait pas une mauvaise nouvelle pour le consommateur. Par contre, on obtient des monstres qui ne peuvent plus faire faillite sans mettre, au moins, leur économie nationale à genoux. (Exemple récent de GM.)

Devons nous nous attendre à des faillites en série, accompagnées, cette fois-ci, de prises de contrôle par l’État ? Lien avec le billet précédent ?

Rigueur et crise : un temps pour Keynes ?

Un graphiquede Paul Krugman montre que, par les temps qui courent, plus un État dépense plus sa croissance est forte. La rigueur est donc probablement une mauvaise politique. (Voir aussi : l’Irlandeet l’Angleterre.)

Je me demande si le raisonnementqui a été tenu pour demander à la BCE d’imprimer des billets ne tient pas ici. La crise se traduit par un comportement irrationnel de l’entreprise qui se replie sur elle-même, ce faisant enfermant l’économie dans un cercle vicieux. Elle a donc besoin d’un mécanisme de « dernier ressort » qui ramène l’économie à un point d’équilibre rationnel, en la stimulant artificiellement.

Compléments :
  • Je me demande aussi si le vice de l’État français n’est pas de faire comme le bonus des banquiers : croître sans fin. Pourquoi ne réduirait-il pas sa taille en période faste ? Deux pistes à explorer : éviter les gestes princiers ; transformer la structure d’armée mexicaine de l’administration en spécialisant ses membres plutôt qu’en en faisant des petits chefs.
  • Lien entre déficit et crise.

Amérique : démocratie bloquée

L’Amérique aurait toujours était prise entre deux tendances politiques antagonistes : anti et pro État.

Mais, jusque-là, elles faisaient passer l’intérêt général avant tout, ce qui conduisait à une sorte de « juste assez » d’État. Maintenant elles ne rêvent que de la mort de l’opposant. Ce qui produit la paralysie.

Voici ce que je comprends de : Fixing What’s Wrong with U.S. Politics – Harvard Business Review.

Peut-être cela vient-il de Nixon ? Il a trouvé habile de jouer l’Amérique d’en bas contre celle d’en haut. Mais peut-être, aussi, était-ce une évolution naturelle de la société américaine ?

L’Amérique ressemble à la France. Chez nous aussi les camps politiques semblent croire que leur opposant représente le mal. Mais tout notre système de gouvernement a été conçu pour qu’il ne soit pas grippé par une telle panne de démocratie. 

Pouvoir souverain

J’ai vaguement entendu France Culture parler d’État souverain.

J’en retiens que le souverain est celui qui n’a pas de supérieur. Par conséquent, tout ce qui est susceptible de lui retirer son libre arbitre est contre sa nature. Ce qui justifie qu’il ne paie pas ses dettes si elles dépassent un certain niveau.

C’est probablement ce qu’avaient en tête les rois lorsqu’ils faisaient brûler leurs créditeurs. 

Réforme de l’administration

À partir de quelques expériences, voici un sentiment sur les transformations de l’administration. C’est peu scientifique. Juste, histoire de garder une trace de constatations du moment.

  • Les niveaux opérationnels de l’administration sont touchés par des transformations complexes. Ces transformations correspondent à l’adoption des (« meilleures » !) pratiques de l’entreprise. Mais il n’y pas de travail préliminaire visant à faire évoluer l’organisation antérieure. Les nouvelles procédures sont plaquées sur les unités concernées, à elles de se débrouiller. Du coup on découvre :
  • Un important absentéisme endémique, lié, me semble-t-il, à un système relationnel stressant. Cette situation est en partie due à un encadrement d’ancien régime. Le manager doit son titre à un diplôme et non à une capacité avérée. Souvent, il n’a ni le courage nécessaire à faire appliquer, avec équité, les règles de l’organisation (absentéisme), ni la capacité à organiser le travail de son équipe.
  • Les opérationnels « valides » doivent assumer le gros du changement, sans l’accompagnement qu’ils recevraient dans une entreprise. Ils connaissent donc une nette dégradation de leurs conditions de travail. En outre leurs nouvelles responsabilités, de fait, ne correspondent plus à leur salaire, très bas.
  • Les niveaux supérieurs continuent à manager selon leur « bon plaisir », pour reprendre une expression de Michel Crozier. Cela place les susdits « opérationnels valides » en « environnement incertain », selon l’expression des spécialistes de la prospective.

Énergies renouvelables et subvention

Le gouvernement américain a noyé l’industrie de « l’énergie renouvelable » sous les subventions. Résultat, les investissements de sociétés telles que GE et Goldman Sachs rapporteraient jusqu’à 25% par an, sans risque.

Objectif : créer un effet d’échelle qui rende concurrentiel le renouvelable. Mais « l’industrie aurait pu faire beaucoup plus de solaire, pour un prix beaucoup plus faible, en termes de subvention » (A Gold Rush of Subsidies in the Search for Clean Energy – NYTimes.com) : l’économie (américaine) a-t-elle été plus intéressée de faire un profit à court terme sur le dos de l’État, que de créer une activité durable ? 

Gaullisme de De Gaulle

Le Gaullisme « est une affirmation de la liberté contre tout déterminisme », en premier lieu celui de l’économie. « L’agent de cette liberté, qui la mettra en œuvre, c’est l’État ». Il est le représentant de l’intérêt général, et le seul capable de le réaliser. Comme jadis le roi, il fait respecter les droits du peuple par les barons modernes, puissances d’argent, syndicats, partis politiques… poussés par un appétit aveugle.

Cet État aime le progrès technologique, le changement et la réforme. N’étant rien sans l’unité de la nation, menacée par l’effet délétère de l’inégalité économique, il doit être un État social.

Le Gaullisme, comme la France qu’il est supposé incarner, n’est ni de gauche ni de droite. Peut-être parce que « le Gaullisme a besoin d’une personnalité qui l’entraîne » et que les successeurs de De Gaulle en manquaient, ils n’avaient pas les moyens de prolonger un tel projet, et ils sont partis à droite.

Voilà ce que je comprends du passage que René Rémond (Les droites aujourd’hui, Points, 2007) consacre au Gaullisme.