Jaune désespoir

Je parle souvent des gilets jaune. C’est le symptôme de ce que nous ne pouvons financer le modèle social pour lequel notre histoire n’est que lutte.

Curieusement, je sens une silencieuse réprobation de la part de mon audience. Le gilet jaune sent le soufre. Et pourtant, il n’a pas voulu frayer avec les extrêmes. Et il représente un grand nombre de personnes : une démocratie ne devrait-elle pas s’en soucier ? Quelqu’un aurait-il une explication ?

L’autre jour un interlocuteur me parlait de leurs téléphones portables. Quand on est pauvre, on ne s’offre pas le superficiel ! (Pauvres types ?)

Il n’avait pas lu Poor Economics. Il aurait vu que ce phénomène est la règle, non l’exception. Pour ne pas sombrer dans la dépression, le pauvre a besoin de compensations. Ce qui, effectivement, l’enferme dans un cercle vicieux.

Quant à l’exception, c’est celle du pauvre qui a un espoir. Par exemple ? Le Chrétien. Il croit au paradis. Lui n’a plus besoin de compensation. Et alors ? Miracle ! En faisant des sacrifices, il s’enrichit et il sort de la misère, dans ce monde. Les voies du seigneur sont impénétrables.

Donc, pas de prospérité, pas de nation forte, sans espoir ? Le gilet jaune expliqué ?

Nos « élites », et Pétain en son temps, n’auraient-elles rien compris à l’enseignement chrétien ? On ne peut écraser un peuple sous la chape de la morale et, en même temps, lui retirer tout espoir ? Désespérante élite ?

Pas de changement sans espoir ?

« Interrogé lors du « 20 heures » de TF1, lundi, le chef de l’Etat a défendu la « constance » de sa politique économique, destinée, selon lui, à créer des emplois et à mieux rémunérer le travail. Avec l’objectif de s’adresser d’abord à son électorat. » (Le Monde d’hier)

C’est le « levelling up » anglais. Continuité de sa politique, ou changement ?

Ce que l’on percevait de son discours, jusque-là, était essentiellement moraliste. Idées « socialement avancées », d’une part ; de l’autre, rigueur – repentance, en termes de politique économique : remettre une France, qui s’était laissé aller, au travail ; faire des économies en rallongeant le temps de travail, etc.

Désormais, sa réthorique joue moins sur la morale (justifiée par la raison), et plus sur l’identité collective et individuelle : industrie rime avec souveraineté, « meilleure rémunération » signifie emplois gratifiants – ascenseur social, etc.

« Ce que Macron doit résoudre, pour les quatre ans qui lui restent, c’est en fait la fin de la crise des Gilets Jaunes. » (Lettre de l’éditeur en chef de la Tribune, il y a deux semaines.) Et il en est arrivé à la conclusion qu’il ne peut réussir par la punition, mais par l’espoir ? Et ce n’est pas à son électorat qu’il parle, mais à celui du FN ?