Politique et compétence

L’autre jour j’entendais conter un roman de John Le Carré par la BBC (Call for the dead, très ancienne émission).

Un traitre s’est-il introduit dans les services secrets britanniques ? L’agent Smiley enquête. C’est un médiocre, qui ne paie pas de mine, est éternellement trompé par sa femme, est le fusible idéal, mais est redoutablement compétent et totalement incorruptible. Quant à son chef, le patron des services secrets, c’est un « politique ». « De la merde dans un bas de soie », mais sans le génie de Talleyrand.

Voilà qui semble une loi de la nature : le politique et le compétent. Explication ? Il est possible que « politique » soit le nom de la qualité nécessaire pour naviguer dans une société, ou dans notre société. Peut-être aussi, selon le modèle de la « dialectique du maître et de l’esclave », le politique est le handicap dont a besoin le compétent pour devenir ce qu’il est ?

MI6

Je deviens un spécialiste des services secrets. Après la CIA, MI6. (MI6: a century in the shadows, BBC, 2009)

Anti James Bond ! MI6 a réussi deux faits d’armes : l’agent modèle Kim Philby et la guerre d’Irak. Pendant des années, il a été infiltré par le KGB, et, du même coup, il a contaminé la CIA, plus tard, il a fourni des informations erronées à Tony Blair. Et il a été pris par surprise par la chute du mur de Berlin.

Surtout ? L’agent de renseignement ne s’introduit pas chez l’ennemi, lors d’opérations risquées, il recrute des informateurs. Le mécontentement suscité par le régime soviétique a rendu à MI6 et la CIA un fier service. (De même que la guerre de 40, lors de laquelle les peuples occupés fournissaient un grand nombre d’informateurs.)

A quoi servent les services secrets ? Malgré tout, ils donnent quelques informations. Et elles évitent aux gouvernements de graves erreurs. Notamment, elles ont fait comprendre aux Occidentaux que les Soviétiques craignaient une frappe atomique. Ce qui a conduit M.Reagan à modérer ses propos.

(PS. Le régime chinois, lisais-je, fait des mécontents, ce qui permet à la CIA de recruter des agents de renseignement.)

Passoire

QATAR, MOROCCO, RUSSIA, CHINA … WHAT MAKES THE EP A SITTING DUCK? When a parliamentary assistant to far-right German MEP Maximilian Krah was arrested in Dresden on charges of spying for China on Tuesday, the news pulsated through the European Parliament in Strasbourg — but surprise wasn’t one of the main reactions.

In fact, the allegations seemed to confirm a pattern of foreign powers attempting to invade the EU assembly. Still under the cloud of Qatargate, the Parliament’s last few months have been further darkened by allegations that an MEP spied for Russia and that others were paid to spread Russian disinformation in the run up to June 6-9. Now there’s a potential Chinagate on our hands.

Politico.eu, 27 avril

Le plus surprenant dans ces affaires est, probablement, qu’elles n’émeuvent pas l’opinion. Le Parlement Européen, les instances européennes en général, n’a rien de sérieux. Et la Russie et ses amis ont pour métier la manipulation. Tout le monde n’est-il pas dans son rôle ? D’ailleurs, l’UE ne prône-t-elle pas la liberté des marchés ? Tout est à vendre ou à acheter ?

Espionnage

Espionnage au moyen-âge, sujet de Concordance des temps de France Culture, il y a quelques-jours. Il se trouvait qu’une émission de la BBC concernant un espion russe passé à l’Ouest m’avait fait m’intéresser au sujet, juste à ce moment.

L’espionnage est quelque-chose de totalement contre-intuitif. En fait, le système de renseignement est un danger en lui-même pour sa propre nation. En effet, l’espion est soumis à la tentation, à peu près irrésistible, de trahir. Or, étant à l’intérieur du système de renseignement, il sait beaucoup plus que le simple citoyen.

Et il trahit pour des raisons, elles-aussi, contre-intuitives. En effet, on trahit, en général, parce que l’on pense que sa nation trahit ses propres valeurs ! Le meilleur représentant de votre nation est probablement le moins bon espion !

Mieux : il faut plus vous méfier de vos amis que de vos ennemis. En effet, vous êtes plus facile à espionner par les premiers que par les seconds, et ceux-ci protégeront ensuite beaucoup moins vos secrets que les leurs.

En bref ? Un réseau d’espionnage est probablement un réseau de confiance, qui se construit et se reconstruit sans cesse. Tous ceux qui lui appartiennent, à commencer par le roi de l’ancien temps, sont des espions.

(Il se trouve que j’ai eu à me renseigner, tout au long de ma carrière, sur la concurrence d’entreprises avec lesquelles je travaillais. J’ai constaté qu’il n’y avait pas besoin d’espionner pour apprendre beaucoup sur elles. Il suffit de s’intéresser à « l’autre »…)

Espionnage

En me enseignant chez wikipedia sur l’espion du billet précédent, j’ai découvert que les USA ont été bien mieux espionnés que les Russes.

Heureusement que les Russes n’étaient pas au mieux de leur forme, car l’espion américain, Aldrich Ames, n’était pas loin d’être parvenu à démanteler tout le réseau de renseignement américain en Russie. On lui doit notamment l’exécution de dix agents ! Et les services américains ne donnent pas l’impression d’une extraordinaire efficacité. Un rien pieds nickelés. (Comme quoi l’efficacité vient probablement plus des organisations que des individus ?)

L’intéressant est la motivation. Le Russe était un agent d’élite qui a trahi par idéalisme, l’Américain, un raté qui a trahi pour l’argent !

Chaque culture a ses caractéristiques ?

(Le plus amusant ? Il est possible que le traitre américain ait révélé aux Russes le nom de leur traitre. Car les Américains avaient fait espionner leurs alliés anglais, pour savoir qui les renseignait si bien. Et avaient effectivement trouvé son nom. Et le véritable danger pour une taupe n’est pas d’être découverte par son camp, mais d’être dénoncée par une taupe adverse !)