L’invention de l’ESA

L’agence européenne de l’espace devrait son existence à un physicien italien, Edoardo Amaldi, en 1958.

Il a utilisé une technique qui m’est familière. Il avait un modèle qui était le CERN. Il a rassemblé un petit nombre de scientifiques des puissances européennes majeures et ensemble ils ont écrit une sorte de business plan détaillé, qu’ils ont soumis aux autorités.

Le temps de cette idée était arrivée. Mais le succès n’a pas été immédiat. Les militaires et les scientifiques ont commencé par créer leurs propres agences. Puis elles se sont réunies.

(Witness history, de la BBC.)

Leonov

On a oublié Leonov. Ce fut le premier homme à marcher dans l’espace. (Emission.)

Et il a bien failli y rester. Car, à l’époque, tout était improvisation, rien ne marchait comme prévu.

Et c’est pour cela que l’on recrutait les cosmonautes pour leur présence d’esprit dans les pires situations. (Leur sélection consistait à les mettre dans ces situations.)

Matériel bricolé, surhomme et communication soviétique, voici comment s’écrivait l’histoire à l’époque.

Lune artificialisée

Je n’ai pas très bien compris ce que notre économie peut tirer de la Lune. En tous cas, il semble que l’on veuille y établir des bases. Il y aurait de l’eau, et elle serait avant tout utile pour les propulseurs des fusées en partance pour Mars. (Reculer pour mieux sauter ?) Avec l’homme, les ressources naturelles ne le sont pas longtemps ?

Le plus intéressant m’a semblé être ce que l’on peut faire du « régolithe », qui est la poussière qui couvre la Lune. Elle est fine et dangereuse pour les poumons. Mais elle pourrait être transformée en béton et en pavés. Autrement dit on pourrait construire des bunkers sur la Lune, afin de se protéger des rayonnement cosmiques et du régolithe. Et des routes. Décidément le BTP est bien le plus vieux métier du monde ?

Quant au métier d’explorateur interplanétaire : métro, boulot, dodo ?

(On va s’installer sur la Lune, La science CQFD, France culture.)

New space

J’ai toujours une guerre de retard. J’ai découvert le « new space », il y a un ou deux ans, alors qu’il aurait été inventé par M.Bush, en 2004, et stimulé par M.Obama.

Son principe est qu’il y a des affaires à faire sur la Lune, en particulier, et que c’est à l’initiative privée de l’exploiter. Ce qui demande que le droit de propriété s’applique à la Lune. Ce qui va à l’encontre des traités qui la régissent. Mais ce n’est pas un traité international qui peut arrêter les USA. En fait, surtout, il faudra fort longtemps pour pouvoir y gagner de l’argent. Alors, la NASA finance et financera encore pendant des décennies « l’initiative » privée des milliardaires américains.

(On va s’installer sur la Lune, La science CQFD, France culture.)

C’est étonnant à quel point nous, Européens, sommes innocents. Soudainement nous croyons qu’une vague d’innovations crée un nouveau Far West de l’entreprenariat, alors qu’il y a derrière cette mode, totalement artificielle, les manoeuvres d’un Etat (et que la technique en matière spatiale a énormément régressé). Et nous sommes persuadés que seul le marché libre peut créer l’innovation, alors que tous les autres peuples font assaut de protectionnisme ! A qui profite le crime ? se demanderaient les zélateurs de la théorie du complot.

Marché interstellaire

On parle désormais à nouveau de la Lune. Quand ce sont les Américains qui lui envoient une sonde, c’est une entreprise privée qui porte le projet. Probablement financée par l’argent public.

Apparemment les USA ont décidé qu’il y avait du business à faire sur la Lune, et qu’ils devaient donc utiliser le secteur privé pour l’exploiter.

La parenthèse Roosevelt se referme ? La culture américaine, c’est le marché. En conséquence, tout doit être soumis au marché. Y compris les étoiles ?

First commercial spacecraft lands on the Moon
Successful touchdown by Intuitive Machines’ lunar lander heralds more commercial era for space exploration

Financial Times, 24 février

Pauvre lune

Qui va conquérir la lune ? se demandait la BBC. Probablement la Chine, concluait-elle. Les USA ont un avantage, mais sont ridicules.

L’enjeu de la conquête de la lune serait d’y installer une base de lancement de fusées à destination de Mars, et d’utiliser la face cachée de la lune pour réorienter le rayonnement solaire vers la terre. (Quel serait l’impact sur l’atmosphère d’un rayonnement solaire concentré ?)

Pour ma part, il me semble que la Chine a entamé son déclin. Mais, il n’y a rien de très glorieux dans cette histoire. Notre technologie spatiale me semble ridicule. Elle n’est que l’ombre de ce qu’elle aurait été si l’on avait conservé l’élan, et surtout l’intérêt, initial. Non seulement nos lanceurs ne sont plus très performants, mais ils me paraissent fort nocifs pour la planète. Que se passerait-il si on en multipliait le nombre ?

Les USA semblent dans une curieuse situation, en particulier. Elon Musk aurait le monopole des lanceurs. (Les USA étaient tellement convaincus de l’efficacité du marché qu’ils ont jugé qu’un monopole privé valait mieux que l’Etat ?) Au temps de la conquête de l’espace, c’était les meilleurs esprits scientifiques qui combinaient leurs cerveaux pour faire progresser la recherche. Elon Musk ne dispose que de quelques ingénieurs, qu’il doit payer extrêmement cher.

Conquête du marché

L’exploration spatiale n’est plus ce qu’elle était. Après celle des Russes, c’est maintenant la mission lunaire des USA qui échoue.

Mais surprise. L’échec vient d’un sous-traitant ! La NASA passe des commandes à de « jeunes entreprises » (des start-up ?). La fiabilité ne compte plus. Vu le prix, elle peut se permettre quelques échecs. C’est seulement en faisant ce genre d’économies qu’elle aura les moyens d’envoyer des hommes sur la lune. Fini le temps où l’Amérique investissait une partie de son PIB dans la conquête spatiale. (Nouvelles de la BBC de mardi.)

La NASA semble surtout l’héritière de Mme Thatcher et de M.Reagan. Un temps on a cru que l’Etat, c’était le mal. Et que s’il avait un rôle, c’était de faire jouer les lois du marché, à savoir la concurrence. Ce qui avait un grand avantage : c’était bien plus simple que de faire son travail.

Jet Morgan

Plaisirs de la BBC : des séries des années 50. Découverte de Jet Morgan, explorateur interplanétaire d’un distant avenir (1970).

C’est amusant de revenir dans les années 50. Mais, peut-être, ne peut-on y revenir que lorsque l’on y a déjà vécu.

Drôles de temps. D’un côté les intellectuels hurlaient à la mort, de l’autre la population était heureuse, car l’avenir était plein de promesses. Le monde allait de découverte en découverte, le niveau de vie collectif augmentait, on était optimistes, on rêvait aux étoiles.

L’exploration spatiale n’a pas été ce que l’on attendait d’elle. Jet Morgan était le frère de Magellan. Il partait avec ses vaisseaux vers l’inconnu, ne sachant pas s’il en reviendrait. Aujourd’hui, l’astronaute est un robot. C’est aussi un conquérant de l’inutile : on doit se casser la tête pour lui trouver une mission qui intéresse un peu le public, et qui justifie que l’on finance son voyage. Et l’on n’y parvient pas.

Conquête de l'espace ?

Comment voyait-on la conquête de l’espace dans les années 50 ? 

La BBC rediffuse des récits d’anticipation de ces années là. On prévoyait correctement que l’on irait sur la lune dans les années 60. Seulement, on ne voyait pas les astronautes comme les robots qu’ils sont devenus, mais comme des aventuriers, ayant les commandes de leur appareil. 

On s’attendait à conquérir, rapidement, le système solaire, et peu après l’univers. Surtout, on était certain d’y trouver une vie qui ressemble plus ou moins à la nôtre. Soit qu’elle soit pacifique, soit, au contraire, redoutablement destructrice. On allait voyager dans le temps. Ce qui est une condition nécessaire à un projet de conquête ayant un minimum d’ambition. Et probablement la suite naturelle des découvertes scientifiques de l’époque. 

Qui, en dehors d’Elon Musk et de quelques attardés, croit encore à la conquête de l’espace ? Cela présentait un intérêt lorsque c’était un rêve, de même que les Soviétiques rêvaient de liberté ? 

Les Irlandais n’ont plus aucune envie d’immigrer. Ils sont heureux chez eux. L’humanité va-t-elle bientôt leur ressembler ? Le temps des conquêtes serait-il fini ? 

Tardigrade

SEM image of Milnesium tardigradum in active state - journal.pone.0045682.g001-2.png
Curieux animal. Une fraction de millimètre. Surtout, il ne semble vivre que par intervalles. Il a la capacité de se dessècher totalement. Ce qui en fait une poussière. Ainsi il parcourt le monde au gré des vents. Puis il renaît. Et il peut supporter quasiment le 0 absolu, aussi bien que plus 150°, ainsi que des pressions de 6000 atmosphères. Il semble pouvoir multiplier par un facteur considérable, peut être de100, sa durée de vie active, qui est courte (quelques mois). 

Les spécialistes du biomimétisme diraient que cela nous ouvre de vastes perspectives. Le rêve de vie éternelle du milliardaire américain est à portée de main. Ne pourrait-on pas aussi dessécher nos astronautes, et les confier aux vents stellaires ? Les années lumières ne seraient plus un obstacle à la colonisation de l’espace. Ils ne se réveilleraient que lorsqu’ils auraient touché une terre hospitalière. Les Américains ont enfin une nouvelle « frontière » ? Plus prosaïquement, il y a peut être là un moyen d’éviter d’avoir recours à la chaîne du froid, notamment pour les vaccins. 

(Inspiré d’une émission de la BBC. Ce que dit wikipedia sur ce qu’il nomme « oursons de mer » : ici.)

(Légende de la photo : Par Schokraie E, Warnken U, Hotz-Wagenblatt A, Grohme MA, Hengherr S, et al. (2012) — Schokraie E, Warnken U, Hotz-Wagenblatt A, Grohme MA, Hengherr S, et al. (2012) Comparative proteome analysis of Milnesium tardigradum in early embryonic state versus adults in active and anhydrobiotic state. PLoS ONE 7(9): e45682. doi:10.1371/journal.pone.0045682CC BY 2.5Lien)