Qu’est-ce que la philosophie ?

Qu’est-ce que la philosophie ? Dimanche dernier Les racines du ciel de France Culture recevaient Roger-Pol Droit. Intéressante conversation dans laquelle Roger-Pol Droit a pris un but, en contre, de Leili Anvar.

Il expliquait pourquoi il était opposé au clonage humain. L’homme est fruit du hasard, pas le clone. Mais pourquoi cela serait-il un argument définitif ? Sur quoi on parle d’Epicure, pour qui la philosophie, c’est faire ce qui est bon et honnête. Mais que signifie bon et honnête ?
C’est le piège de la loi naturelle, au nom de laquelle on s’entre-égorge.
Est-il résistant?

Dans mon métier, j’ennuie mes clients tant qu’ils ne semblent pas sûrs de leur décision. J’en suis arrivé à penser que ce que je leur apportais était ce questionnement. Et s’il en était de même de la philosophie ? Cette même émission disait que Socrate se comparait à sa mère sage-femme, pas tant du fait de son pouvoir d’extraction, que parce qu’à l’époque la sage-femme plongeait le nouveau né dans l’eau glacée, pour tester sa résistance. Alors, la philosophie, c’est secouer une argumentation, jusqu’à arriver à quelque-chose qui « semble » solide ? C’est se demander ce qui est « bon » et « honnête » ? Ou encore, ce que signifie « amour » et « sagesse » (philosophie) ? Et si le rôle de la philosophie était d’orienter notre vie, en lui fixant des destinations inatteignables, vers lesquelles nous louvoyons par l’interrogation ?

Existentialisme et expérience de l’absurde

Un précédent billet parle d’existentialisme et de nausée (ou d’absurde), l’expérience qui, par réaction, fait découvrir ce à quoi on croit, sans le savoir.  « L’engagement » c’est être fidèle à cette sorte de pacte.

J’imagine que cette philosophie d’après guerre résultait de ce que les résistants avaient connu un tel moment. J’imagine aussi que le petit Nicolas Sarkozy a découvert sa vocation de néoconservateur devant sa télévision, en 68.

Quant à moi, j’ai assisté au spectacle de 68, mais j’étais probablement trop jeune pour que des écervelés prétendant que la destruction était créatrice fassent de moi un défenseur des valeurs familiales.

J’ai été confronté à l’absurde plus tard, vers 14 ans, quand j’ai découvert que nous étions faits d’atomes, avec de grands vides au milieu. Contrairement à Épicure, je n’y ai rien trouvé de rassurant. Tout n’était-il pas illusion ?

Certes, mais la vie n’est pas possible si l’on ne fait pas comme si ce qu’elle dit était vrai. Mon « engagement », bien modeste, et ce blog, viennent peut-être de là. Je suis resté une sorte d’observateur, un peu extérieur, de la vie, qui cherche à en comprendre les règles ?

Mais cet engagement s’oppose aussi à l’individualisme anglo-saxon. Ce dernier va jusqu’à dire que nous sommes dirigés par des individus élémentaires, nos gènes. Pourquoi pas les atomes, quarks ou cordes ? Pour ma part, il me semble, avec quelques scientifiques, qu’il y a « émergence », que le groupement d’individus donne une sorte « d’être » nouveau, qui est différent de ses composants. Je pense aussi que les individus peuvent influencer l’être : l’homme peut changer la société.

L’homme est naturellement résistant au changement

Un article Internet de Scientific American (Set in Our Ways : Why Change is So Hard, Nikolas Westerhoff, 17 décembre) illustre un de mes thèmes favoris : l’individu évolue très difficilement. Quelques résultats :

  • Indépendamment des cultures, l’homme commence par rechercher la nouveauté. Mais, vers 30 ans, la tendance s’inverse. Le changement devient de plus en plus difficile.
  • Un changement externe (cf. crise) tend à transformer personnellement le jeune, alors qu’il a peu, ou pas, d’effets sur le vieux.
  • Notre propension à changer est fonction de celle que nous avions dans notre enfance. Réflexion : notre enseignement doit-il favoriser le conformisme, comme aujourd’hui ?
  • « le cerveau cherche en permanence à automatiser les choses et à créer des habitudes, à qui il associe un sentiment de plaisir » dit le professeur Gerhard Roth. Plus nous vieillissons, plus nous utilisons des automatismes : ça nous rend efficaces, mais peu évolutifs.
  • Bref, très rapidement, il faut faire avec ce que l’on a. Citation d’Epicure : « ne gache pas ce que tu as en désirant ce que tu n’as pas ; mais souviens-toi que ce que tu as, fut jadis parmi les choses que tu ne pouvais qu’espérer ».

Nous en revenons à deux idées que je crois importantes :

  1. Changer une entreprise, c’est changer son « organisation », pour que ses membres n’aient pas à changer – parce que leur capacité d’évolution est très faible ;
  2. il faut les placer sur leurs forces, qu’il faut savoir reconnaître, et ne pas leur demander de se transformer.