Entreprise libre

Problème du moment. Mais aussi problème ancien. Comment faire que le travail ne soit pas soumission ?

Cela semble tenir, en grande partie, à ce que l’entreprise est créée par une personne. Du coup, elle ne peut que la concevoir comme une bureaucratie, pour qu’elle exécute des ordres, comme si elle était une machine. Si elle emploie un homme, c’est, justement, parce que la machine n’est pas capable d’initiative, et est peu adaptable. (D’où la séduction de l’intelligence artificielle.)

Peut-on faire mieux ? Il y a plus malin. L’entreprise allemande est dirigée par trois ou quatre personnes. Il y a aussi l’association, comme dans les cabinets de conseil. Les associés sont des égaux, et les consultants savent qu’un jour, s’ils font preuve de talent, ils seront associés ! Il y a aussi les réseaux d’entreprises, et les réseaux d’indépendants.

Et il y a l’association, au sens économie sociale. L’entreprise est conçue comme une démocratie. Tous propriétaires. Seulement, l’association a eu recours au salariat. Et on a été ramené au problème précédent.

En bref, il semble que la formule du bonheur soit l’entreprise conçue par ceux qui y travaillent, ou, peut-être, comme dans les travaux d’Isaac Getz, qu’un démiurge amène des salariés ordinaires à s’emparer de l’organisation qui les emploie.

France libérée ?

Depuis trois ans, je mène une enquête. Je cherche les problèmes de l’entreprise, et ceux qui les ont résolus. 

Pas de problème, aussi formidable soit-il, sans solution. Et solution, à coût nul. Décidément, il n’y a pas de fatalité. J’ai trouvé des entreprises dont le marché a été réduit à zéro, du jour au lendemain, par la concurrence de l’Est, ou par une innovation, et qui se sont transformées, sans moyens, en start up ! Des régions entières qui ont pris le contre-pied des délocalisations. Même la question de la filière de formation professionnelle qu’a été incapable de mettre sur pied l’Education nationale, a été résolue vite et bien, avec création de sens en sus, par un groupe d’industriels, en collaboration avec la dite Education nationale. 

Le système D à son meilleur. Seulement, on ne le sait pas. Même la fonction publique, les grandes administrations… sont capables de prodiges, mais elles n’en parlent pas. 

Bref. Tout une masse critique de bonnes idées, mais pas de réaction en chaîne. 

Or, cela pourrait changer. Je constate un démarrage d’actions systémiques. Des associations parcourent la France pour aider les acteurs locaux à attaquer des problèmes cruciaux, avec des méthodes simples et efficaces, et rapides !, relocalisation ou résilience alimentaire.

Ce qui est le plus surprenant est que l’on assiste à une génération spontanée d’initiatives. C’est la « France libérée », façon « entreprise libérée ». Chacun s’empare d’un sujet et se met en marche. On peut se demander s’il n’en est pas de même au sein de l’Etat. Ainsi, le SPI, un fonds de la BPI, s’est auto saisi du financement de la réindustrialisation « lourde », déserté par le capital risque – qui ne comprend rien à l’avenir, et à son financement. 

Où cela va-t-il nous mener ? « Il faut bien que je les suive, je suis leur chef », aurait dit La Fayette. C’est un conseil que l’on peut donner au gouvernement. Son rôle est probablement de comprendre ce qui se passe, et, quand il le faut, de donner le coup de pouce qui évite l’erreur. 

On a voulu un Etat stratège, il est possible qu’il soit plus pertinent qu’il soit « jardinier ». 

La grève ou le retour à la normale ?

L’autre jour la radio était en grève. Retour à la normale ? Le virus avait privé le Français de restaurants, et le syndicaliste de grèves ?

Ce qu’il y a de curieux, c’est que la grève se pratique presque exclusivement dans l’économie sociale, en particulier dans la fonction publique. Entre agents SNCF et usagers, par exemple. Curieuse lutte des classes. 

Ailleurs, on dit que lorsque l’entreprise est « libérée », lorsque ses membres en sont responsables, il n’y a plus de grèves. Et si cela expliquait les syndicats de la fonction publique ? Les hauts fonctionnaires qui la dirigent leur auraient-ils donné à gérer le petit peuple d’exécutants ? La grève serait un moyen de faire acte d’efficacité ? 

(Faut-il rapprocher ce comportement de celui de la Corée du Nord ?)

L'humanisme contre la complication

Ce que l’on écrit sur le changement a radicalement changé en quelques années ! 

Le changement avait pour but de libérer la créativité de l’individu, vue comme condition de celle de l’entreprise. Objectif : « anomie » (absence de règles) ! 

Or, l’initiative individuelle n’a pas que du bon. Il faut l’encadrer. D’où un empilage de règles, contradictoires !, et d’énormes structures bureaucratiques. Résultat : vous travaillez pour rien ! Pourtant, ce n’est pas faute de vous épuiser. Yves Morieux, auteur de Smart Simplicity, appelle ce phénomène : « complication ». 

Contre-mesure ? Faire simple. Comment ? Libérons la société, et l’individu. La complexité, c’est le propre de la vie ! La solution à la complication : c’est l’humanisme !

Asservis par l'Etat ?

Les sciences humaines disent : c’est la société qui fait l’homme. Telle structure fait de nous des esclaves, telle autre des hommes libres. 

Cela ne surprend personne lorsqu’il s’agit de l’entreprise. Mais, l’entreprise est construite sur le modèle de l’Etat ! Et si l’Etat nous avait rendu dépendants ? 

Tout le travail des Lumières a été de libérer l’homme. Pour cela elles ont, justement, cherché la bonne organisation de la société. Leur première idée était qu’il suffirait de quelques lois pour que l’humanité vive en bonne harmonie. Une autre idée a été la régulation par les forces du marché. (Idée qui a réémergé récemment.) Puis, devant leur insuccès, les révolutionnaires, qui ne l’étaient déjà plus, on réinvesti l’Etat d’ancien régime, en se contentant d’en remplacer les cadres dirigeants. 

Alors, qu’est-ce qui libère l’homme ? Les Grecs du Vème siècle avant JC répondraient, peut-être : la « polis », la cité. Autrement dit, le (petit) groupe (les esclaves et les pauvres ne comptent pas). L’exercice constitutif de la liberté, c’est la « politique ». Citoyen = homme libre ?

Je retrouve ce qu’écrit Hannah Arendt ?

Economie résiliente

Le coronavirus nous pose une question : que serait une économie résiliente ? 

Ce blog cite le réseau de fournisseurs de Toyota. Maillé et autonome, et résilient. 

Pourquoi ne pas rêver la même chose pour la France ? Plus que des PME, en réseau. Avantage supplémentaire, la PME peut exporter, mais ne délocalise pas. Et pourquoi une fédération de PME ne pourrait-elle pas réussir, par exemple, là où le management d’Alcatel a, lamentablement, échoué ? Refaire notre retard sur Huawei ? Le génie de centaines de PME ne pourrait-il pas venir à bout du Parti Communiste chinois ?

Mais les PME se méfient les unes des autres, me direz-vous. Certes, mais l’open source prouve, depuis longtemps, qu’il est possible de faire coopérer des fous furieux, et qu’il en résulte un travail d’une qualité sans équivalent. Tout est une question de méthode, numérique dans ce cas. 

Et pour lancer tout cela ? On parle de « leader jardinier« . Henri Bouquin disait : « le contrôle de gestion, c’est organiser l’autonomie« . Qu’est-ce que cela signifie ? 

  • Il faut trouver l’objectif collectif qui va motiver ceux dont le succès a besoin. (Par exemple : une 10G, 100 fois meilleure que la 5G.)
  • Fixer les grandes règles du plan de marche, et du travailler ensemble. C’est l’autonomie, selon Henri Bouquin.
  • De plus, il faut des indicateurs qui signalent les difficultés. Elles ne sont que les étapes nécessaires de la création. Afin de déclencher un processus de résolution du problème. 
  • D’où un « leader jardinier », « contrôleur de gestion », qui a la légitimité de déclencher des crises. 

(Un article à méditer ?)

Pays intelligent

« Entreprise intelligente » plutôt que « libérée » dit un dirigeant. Effectivement, une entreprise qui n’est plus faite d’exécutants mais d’employés qui prennent en main ses projets est intelligente. 

Et si, pour l’ensemble de la nation, c’était le nom du changement ? Quelles seraient les caractéristiques d’une société « intelligente » ? Probablement celles d’un homme intelligent. Toutes ses facultés seraient tendues vers l’intérêt commun, peut-être vers quelque passionnant projet de création. 

Pas de 6ème République !

Mon opinion sur les dysfonctionnements actuels du pays ? Pas ses hommes, ses gouvernants en particulier, mais le système en lui-même. Le modèle technocratique de la France, hérité de la royauté. Un système qui prend comme hypothèse un président omniscient et une masse inculte n’est pas résilient ! Le pays ne marchera pas, tant qu’il sera incapable de tirer parti de l’intelligence de l’ensemble de ses citoyens. 

On me répond alors : 6ème République ! Et je m’insurge. La 6ème République c’est le Mal français, le YAKAFOCON. Le Français brasse de l’air. C’est un songe creux. Il se satisfait de belles idées. Le temps qu’on les réalise, il peut dormir la conscience en paix. 

Cette fois, il faut qu’il passe à l’action. Il faut prendre l’initiative. Amener nos réseaux humains locaux à l’intelligence. C’est ce qu’ont fait les médecins dans leurs hôpitaux, lors du premier confinement. Rien, dans notre constitution, ne l’empêche. C’est même tout le contraire !

(D’ailleurs, rien, jamais, n’a empêché un Français de contourner les lois !)

L'engagement au travail se joue en une semaine

Un dirigeant m’a cité une statistique selon laquelle seulement 15% des employés seraient activement « engagés » dans une entreprise, 20% chercheraient à lui nuire, et le reste serait passif. 

Il a compris pourquoi, le jour où il a changé sa méthode de recrutement. Il a confié le recrutement aux collègues du recruté. Il a constaté qu’alors son succès est le leur. Il travaille bien et se prend au jeu. Autrement, il est mal reçu. Et son attitude se conforme à cette hostilité. Tout est joué en une semaine. 

L'entreprise prend le pouvoir ?

Ailleurs qu’en France, les Chambres de commerce sont une émanation d’un bassin économique. C’est un bien public. Les entreprises cotisent pour créer une structure qui va leur apporter ce qui leur manque : un aéroport, une université… 

En France la Chambre de commerce est une émanation de l’Etat. Mieux, récemment, elle a été restructurée sur le modèle de l’Etat.

Il est possible que les choses soient en passe de changer. Dans ce que l’on appelle les « territoires », on juge que le modèle jacobin a fait son temps. L’idée qui émerge est une gestion de l’infrastructure d’aide à l’entreprise, par un groupe constitué des entreprises, des représentants de la population, et des services de l’administration. (Interview.)