La Bourse ou la vie

Le Financial Times (31 octobre) : « Samsung falls short of expectations as chipmaker fails to reap AI benefits ».

Lorsque j’ai commencé à lire la presse américaine, j’ai découvert le terme « mode de management ». En fait je pensais que c’était un effet Panurge. C’est plus fort que cela : lorsqu’un mot est à la mode toute la société fait pression sur l’entreprise, par le biais de la bourse, pour qu’elle le mette à son catalogue.

l’individualisme forcené produit d’étranges effets de masse.

Point

Un point sur mon étude en cours de l’entreprise française.

C’est un rien « The heart of darkness ». Plus j’avance, plus je découvre, plus je m’enfonce. Cela aura-t-il un terme ?

Nos entreprises et start-up ne paient pas de mine. C’est déprimant ! Et pourtant, quel potentiel ! La Ferrari est aux mains d’un conducteur du dimanche ?

Notre tissu économique (à l’exception de nos multinationales) a une guerre de retard. Au lieu de s’entraider, les entrepreneurs se jalousent. Et quand il existe des « donneurs d’aide », leurs conseils sont dangereux ! (Conséquence de notre arriération collective : leur expérience n’est plus pertinente.)

Alors ? Peut-on laisser s’effondrer notre économie ? Oublions le délit de sale gueule et retissons des solidarités à partir des compétences avérées ?

Nodules

Je me souviens, il y a très très longtemps (années 70), d’articles de Science et Vie parlant de nodules polymétalliques. Cela nous promettait une révolution.

Il semblerait qu’ont ait été un peu vite en affaires. Les nodules ne sont toujours pas exploités. Mais on y songe. Une émission de La science cqfd de France culture était consacrée à la question.

J’en retire que le nodule n’est peut-être pas le miracle espéré. Il est à de grandes profondeurs, et la qualité des gisements n’est pas facile à estimer.

En revanche, l’exploitation semble promettre d’être un désastre écologique. Le nodule, contrairement à ce que l’on pourrait croire, joue un rôle essentiel dans la vie de la faune et de la flore. L’exploiter consisterait à le faire concasser par des machines à chenille parcourant le fond des océans, puis à trier le résultat sur le pont d’un bateau, avant de rejeter les déchets à la mer, sans que l’on sache trop ce que peut en être la conséquence. Apprentis sorciers ?

Je me suis demandé si l’intérêt de l’entreprise n’était pas de jouer les explorateurs, mais, plutôt, de résoudre des problèmes que lui pose la société. Et si avec tout ce que l’on a déjà extrait du sol, il n’y a pas de quoi construire tout ce dont nous avons besoin. Apprenons la réutilisation.

Sens des affaires

Un dirigeant présente son idéal : la société « cross culturelle ». Elle sert une « cause », elle ne subit pas les modes sociales imposées de l’extérieur, et elle cultive la diversité, parce qu’on ne peut avancer qu’en se confrontant à ce que l’on ne connaît pas.

Un participant s’interroge : mais le but de l’entreprise n’est-il pas de gagner de l’argent ?

Je me souviens d’une discussion avec un entrepreneur américain. Sa motivation était « d’être riche ». Mais, pour cela, il s’était demandé ce qu’étaient ses talents, et comment en tirer le mieux parti.

En fait, il me semble que l’argent est une contrainte, mais pas la raison d’être de l’entreprise. Une société humaine est création continue de « biens collectifs » et l’entreprise est avec l’Etat le moyen de ce faire.

800000 rebonds

L’association 60.000 rebonds s’appelle ainsi parce qu’il y a 60.000 faillites en France.

Or, c’est faux. Il y en a 800.000 ! En effet, depuis 2008, et la promulgation du statut de micro entrepreneurs, le nombre de créations d’entreprises en France a purement et simplement explosé. Il y en a eu 8m de 2013 à 2022. Et la plupart de ces entreprises, bien sûr, font faillite !

D’un claquement de doigts, notre gouvernement de l’époque nous a transformés en une nation d’entrepreneurs. Notre économie s’en porte-t-elle mieux ? Peut-être pas, mais les comptes de Pôle Emploi (France Travail), si ?

https://bpifrance-creation.fr/observatoire/etudes-thematiques/statistiques-creation/focus-10-ans-creation-dentreprise-france

Désert français

Pourquoi la France est-elle dans un tel état ? Pourquoi ses entreprises se haïssent-elles ? (Ce qui en est la cause.)

Difficile de répondre. On peut faire deux hypothèses :

  • C’est en grande partie culturel. Comme le disait un précédent billet (la fièvre hexagonale), notre pays est naturellement inflammable. La guerre de religion est endémique.
  • Cela tient à un changement. Depuis un demi siècle nos gouvernants se sont convertis au libéralisme. Libéralisme est un mot au sens confus. Ce qui est certain est qu’il remonte aux Lumières. Et à l’urgence absolue de libérer l’homme que l’on a ressentie alors. C’est une croyance selon laquelle la société n’existe pas. Ils ont donc démonté ce qui permettait à la société d’être une société. Le plus étrange est que l’on croit que Margaret Thatcher est morte et enterrée, et que ses idées ont été ridiculisées. En fait, il n’en est rien. Les dites idées, et leurs conséquences constatées immédiatement, pourtant, ont poursuivi leur chemin en Europe.

La combinaison des deux semble avoir fait ce que les Anglo-saxons nomment une « tempête parfaite ». La France entrepreneuriale, c’est Hiroshima après la bombe.

Valeur des hommes

Il serait intéressant, peut-être utile, de se demander à qui la société accorde de la « valeur », c’est à dire beaucoup d’argent.

Un précédent article disait qu’un de ceux-ci était le gladiateur. C’est un objet d’amusement.

Mais il y a aussi l’entrepreneur. Au début de sa carrière, il est rarement un capitaliste. Soit il parvient à séduire le capitaliste, qui finance ses projets, soit il parvient à séduire le marché, sans aide du capitaliste.

Que crée-t-il ? Un édifice social. Autrement dit, il est tentant de penser que la société le rémunère pour créer ce qui lui est le plus utile. Y aurait-il une forme de justice sociale dans le capitalisme, que Marx n’aurait pas vue ?

La politique du marteau

« la démarche Rebond (…) s’appuie (…) sur un véritable « porte-à-porte » à la rencontre de tous les industriels d’un territoire donné. L’objectif est d’identifier leurs projets d’entreprises dormants ou peinant à avancer, et de leur fournir des moyens financiers bonifiés pour les accélérer. Aujourd’hui, la démarche Rebond a permis d’accélérer 1 100 projets sur 20 territoires, pour 1,8 milliard d’euros d’investissements productifs, créant 5000 emplois directs. » (Article.)

Cette « démarche » ne concerne que des entreprises industrielles en difficultés.

Elle confirme un constat de l’association des interperneurs : nos PME et nos territoires ont un « potentiel ignoré ». Pour le réaliser il suffit de doper le « biotope » de l’entreprise, qui a été asséché par le dernier demi-siècle de politique gouvernementale. (Voir, sur ce sujet, les travaux de Nicolas Dufourcq.)

Si l’on y parvient, beaucoup de nos problèmes pourraient disparaître, comme par enchantement.

Comme quoi, pour être heureux, il suffit d’arrêter de se taper sur les doigts…

Ere de l’altruisme ?

J’ai commencé une nouvelle série de portraits d’entrepreneurs de start up industrielles.

Au début je pensais qu’ils étaient des idéalistes. De plus en plus, je constate qu’ils ne sont peut-être bien que l’avant garde de la transformation de l’entreprise et du pays.

Il n’y a pas que les jeunes qui recherchent du sens. Parfois à coups de RSE, qui semble devenir bien plus qu’une mode superficielle, le dirigeant paraît, lui aussi, avoir envie de faire « autre chose », quelque-chose qui soit intéressant, faute de meilleure expression : « qui ait du sens ».

Peu ou prou, consciemment ou non, il semble que notre aspiration à tous soit de transformer le monde. Celui dont nous avons hérité est, tout bêtement, irrespirable ?

Après le libéralisme décomplexé, le retour irrésistible de l’altruisme ? 

Changement en Allemagne

« Pendant la réunification, les industriels allemands de l’ouest ont été très subventionnés pour s’implanter en RDA. J’ai vu alors émerger dans mon métier quelques gros acteurs qu’on n’a jamais pu rattraper depuis (…) avant c’étaient des PME comme nous. Après, dans beaucoup de métiers, ils ont monté des outils industriels performants avec de l’argent public. Et ils ont pris une taille probablement irrattrapable. » (Franck Mathis, in La désindustrialisation de la France de Nicolas Dufourcq). 

Une histoire qui n’est pas racontée comme cela d’ordinaire. On constate qu’il y a plus d’ETI en Allemagne qu’en France. Et on le porte au compte du génie entrepreneurial allemand. 

Il n’en est probablement rien. L’art de l’Allemagne est celui du changement de groupe. Le pays conçoit une stratégie, et, ensuite, chacun l’applique, impeccablement. Et il semble que cette stratégie ait été, peut être encore bien après la réunification, qui fut ratée, de faire de ses PME des champions.