Durabilité

Découverte récente : Longtime (https://longtimelabel.com/). C’est une norme de « durabilité ».

Plusieurs faits intéressants, à son sujet :

D’abord, que signifie la durabilité ? Beaucoup de choses. Par exemple, le produit doit être conçu pour être réparé aisément. Ce qui pose des quantités de questions. (Par exemple, est-ce que les pièces nécessaires seront toujours fabriquées dans dix ans ?).

Mais aussi : quel est l’intérêt, pour le fabricant de ne pas programmer l’obsolescence de son produit ?

Ce qui me surprend le plus est que cette affaire ait été du véritable entrepreneuriat. Parti de zéro ce qui est, pour le moment, une coopérative, a créé le seul label de durabilité européen. Elle est parvenue à trouver de très beaux clients, à financer la création de normes, ce qui se révèle un travail éminemment complexe, et à convaincre des organismes de contrôle de délivrer ce label.

On dit que l’Allemagne domine le monde par son art de la normalisation. Longtime serait-il un contre-exemple qui devrait nous ôter nos complexes ?

Irrésistible Américain

Les milliardaires américains sont convaincus qu’ils ont abattu tous les obstacles, et que supprimer la mort n’en est qu’un autre.

Mais, ont-ils réellement la puissance qu’ils se prêtent ? Depuis quelques décennies, on vit une succession de bulles spéculatives. L’entrepreneur est avant tout un séducteur d’investisseurs. Amazon en est un exemple. En outre, le gouvernement américain encourage vigoureusement ses entreprises. Où seraient les fusées de Musk, sans lui ?

D’ailleurs, comme le montre l’histoire, le succès n’a qu’un temps. Il change de nature. On n’a qu’une idée dans une vie, si l’on en croit Einstein.

Sans compter que l’on n’a aussi qu’une fois vingt ans, et la folie qui va avec, me disait il y a peu un entrepreneur retraité.

Biais gaulois

Aide à un entrepreneur. Il lui faudrait un contact avec telle entreprise, qui aurait vraiment besoin de ses produits. C’est un grand expert, et son discours semble très cohérent. Jusqu’à ce que je comprenne que je suis le client final auquel l’entreprise en question est supposée vendre son produit. Et que non seulement moi et mes semblables, nous ne sommes pas intéressés, mais que tout le circuit de vente n’est pas compatible avec ses idées.

Ce avec quoi il est d’accord. Il va abandonner cette idée après laquelle il semble courir depuis des années.

Je me suis demandé si l’on n’avait pas là une des caractéristiques du dirigeant français dont on m’a tant parlé. Il se fait une idée de ce dont a besoin le marché, et il part dans une croisade à la don Quichotte, jusque, parfois, à faire faillite. Cette croisade a quelque-chose d’éminemment moral, si bien qu’il vit ses difficultés comme des injustices. Ce qui fait qu’il ne songe pas à changer de cap. Il peut entendre raison, seulement il est souvent bien trop seul pour en avoir l’occasion.

Tiré-je trop d’un simple exemple ?

Grande faillite

Il y a quelques années a commencé la mode du micro entrepreneur. Chaque année, des centaines de milliers de personnes se lancent dans l’entrepreneuriat. Et font faillite.

Pourquoi ? Elles n’ont pas la moindre idée de ce que signifie une entreprise. Particulièrement en France, qui est un enfer administratif. Ce sont des illuminées. Elles pensent que l’entrepreneuriat c’est la liberté, semble-t-il. Et elles sont victimes d’un massif lavage de cerveau. A la fois des entreprises (licenciement sans douleur), de l’Etat et de Pôle emploi (elles sortent des chiffres du chômage), du GAFA, qui leur fait croire que vendre c’est abreuver les réseaux sociaux de fautes d’orthographe, et de toutes les idées socialement avancées des influenceurs de la morale bien pensante.

Le plus surprenant est qu’elles ne sont pas les seules à se bercer d’illusions. Je mène une étude auprès des « start-up industrielles ». J’ai même publié plusieurs rapports à leur sujet. Eh bien, avec le recul, un petit recul de quelques mois, je suis surpris par le nombre de faillites de celles qui paraissaient les mieux installées. J’imagine qu’elles doivent incriminer les investisseurs, qui ne croient pas en elles. Seulement, lorsque l’on se penche sur leur histoire, on découvre qu’il y avait un vice dans leur modèle économique, une « erreur de débutant ». Au contraire, c’est grâce à la générosité des financements publics qu’elles sont allées aussi loin en dépit d’un handicap rédhibitoire.

Morale ? L’homme est bien peu régi par la raison. Il est le fruit des idées du moment.

Valeur du travail

Ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur, me répète-t-on.

Mais les gens que j’aide n’ont pas les moyens de me payer. Et que dire du cas de la personne qui a une syncope dans la rue et est secourue par un médecin de passage ?

Quand on y réfléchit un peu celui qui a un prix est, en quelque-sorte, l’esclave, autrement dit le salarié. L’entrepreneur crée ses revenus, et paie des salariés. Il a certainement un talent et une détermination qui écrasent ceux de beaucoup d’hommes, mais ils n’ont pas de valeur pour eux, avant qu’il l’ait inventée…

Milliardaire

Qui sont les milliardaires ? Une émission de BBC 5 (Good, bad billionnaire).

A moins de 100 milliards, on n’est rien. Depuis la naissance de Bill Gates, le premier des milliardaires de nouvelle génération, la fortune du milliardaire a été multipliée par 15. A quand les mille milliards ?

L’émission parlait de « création de valeur ». Mais elle ne semble pas avoir été uniformément répartie. Le pouvoir d’achat de la population ordinaire n’a pas augmenté. L’hypothèse de ce blog est que cette fortune vient des banques centrales qui ont imprimé beaucoup d’argent. Il s’est déversé sur « l’élite », qui, elle même, l’a investi dans l’entreprise à la mode.

Cette inflation a, d’ailleurs, eu l’intéressante conséquence de faire de gens quelconques des (petits) milliardaires. Au moins aux USA. C’est le phénomène « people » : dès que vous êtes connu, vous devenez une agence de promotion. Les marques viennent vous voir pour que vous parliez d’elles. Et vous pouvez créer votre propre gamme de produits. On est désormais célèbre pour être célèbre. Certaines personnes donnent leur vie (en particulier sexuelle – étonnant pour un pays puritain) en spectacle. Et si elle plait au peuple, ils sont milliardaires.

Quant aux très grandes fortunes elles sont celles de gens qui étaient au bon endroit au bon moment. Les Russes ont exploité la débâcle de leur Etat, Bill Gates les relations de sa mère avec les dirigeants d’IBM, Bernard Arnault l’incurie du gouvernement français. Et leur fortune s’est construite sur des biens culturels propres à leur nation. Mais ils ont aussi eu du talent. Celui d’exploiter les vents portants. On n’aurait pas attendu de l’austère Bernard Arnault qu’il soit « dans le coup ».

D’ailleurs, pour être au bon endroit, il faut être un « privilégié ».

Le milliardaire est un homme de notre temps.

800000 rebonds

L’association 60.000 rebonds s’appelle ainsi parce qu’il y a 60.000 faillites en France.

Or, c’est faux. Il y en a 800.000 ! En effet, depuis 2008, et la promulgation du statut de micro entrepreneurs, le nombre de créations d’entreprises en France a purement et simplement explosé. Il y en a eu 8m de 2013 à 2022. Et la plupart de ces entreprises, bien sûr, font faillite !

D’un claquement de doigts, notre gouvernement de l’époque nous a transformés en une nation d’entrepreneurs. Notre économie s’en porte-t-elle mieux ? Peut-être pas, mais les comptes de Pôle Emploi (France Travail), si ?

https://bpifrance-creation.fr/observatoire/etudes-thematiques/statistiques-creation/focus-10-ans-creation-dentreprise-france

Les nouveaux misérables

L’enquête que je mène auprès des entrepreneurs m’a fait découvrir une population que je ne soupçonnais pas. Cela vient d’un curieux phénomène : ce blog a parlé de ce sujet à sa source, mais l’a oublié. Ce qu’il avait prévu s’est passé. Avoir eu raison n’est pas d’une grande utilité, car, aujourd’hui, on est confronté à une situation nouvelle, ancrée dans les moeurs. Une nouvelle société. Une société de pauvres.

En effet, il y a une catégorie de misérables nouveaux : les entrepreneurs. Un Que sais-je ? d’il y a quelques années disait qu’il y avait alors 2,5 millions d’entreprises. Aujourd’hui, on en compte 4 millions.

La différence est constituée d’auto entrepreneurs. Ils ont été victimes du mirage de l’entrepreneuriat, mais peut-être surtout ont été la solution de facilité à l’allégement des effectifs de grandes entreprises. Ce sont des chômeurs masqués.

Ces « entrepreneurs » sont la proie du marketing « consumériste » et de charlatans, me dit-on. Ils leur donnent une idée fausse de ce qu’est l’entrepreneuriat. Ils leur font croire, par exemple, qu’il y a un marché pour le coaching, ou que vendre ses services, c’est parler de soi sur les réseaux sociaux. Une personne évoque un « piège à pauvreté ».

Comment les en sortir ?

Capitalisme et société

Proudhon et Marx n’auraient-ils pas omis quelque-chose lorsqu’ils ont parlé de l’entreprise ?

C’est le rôle de l’entrepreneur dans la société. L’entrepreneur est un agent principal du changement social. Surtout, ils oublient ce qu’est l’entrepreneuriat : un calvaire. L’entrepreneur fait le bien collectif, en s’opposant à ceux qui vont en profiter. En outre, il doit le faire sans moyens.

Ils ne considèrent l’entrepreneur qu’une fois qu’il a réussi. Alors, il capte la « plus value ». Ce qui aurait dû être réparti entre tous, si tous avaient participé également à la constitution de l’entreprise.

C’est le modèle de la lutte des classes ? La victime n’est pas victime du capitalisme, elle est victime par nature ? Elle s’oppose à l’initiative entrepreneuriale, lors de la création de l’entreprise, et s’oppose à l’entrepreneur, lorsqu’elle est son employé ?

Le délicat art de la levée de fonds

Depuis fort longtemps, je suis concerné par des entreprises qui cherchent de l’argent. Et c’est de plus en plus le cas.

La levée de fonds est l’art de la complexité.

Le conseil que l’on donne toujours est : ne chercher de l’argent que lorsque l’on n’en a pas besoin !

Le conseil que l’on donne plus rarement est : penser à l’après levée.

Il faut que vous et votre investisseur soyez d’accord sur un plan d’action que vous êtes assez certain de pouvoir réaliser. Il est courant qu’investisseur et « investi » n’aient pas parlé de la même chose au moment du contrat, et que les affaires tournent ensuite au vinaigre, ce qui est difficilement supportable pour l’entrepreneur, qui doit « gérer » son investisseur, et n’a plus de temps pour son entreprise. (Il arrive fréquemment d’ailleurs que, croyant à la belle histoire qu’on lui a racontée, l’investisseur pense que l’entrepreneur n’est pas à la hauteur de la tâche, et le remplace. Ce qui est généralement une solution pire que le mal.)

En revanche, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse. L’investisseur, s’il est expérimenté, sait que l’entrepreneuriat est une navigation dans l’incertain. Il s’attend à des aléas et à des « pivots », et même à devoir réinvestir. Il faut trouver le bon équilibre entre pas assez ambitieux, et irréaliste…

Finalement, il faut choisir son investisseur. Se demander ce qu’il doit apporter (par exemple avoir des poches suffisamment profondes, pour pouvoir accompagner la société dans son évolution) et surtout si, imaginons que l’on réussisse, l’on sera heureux alors de l’avoir à côté de soi.