Aviation 2.0

Boeing perd ses boulons. Et cela après une série d’accidents. Décidément le 737 a bien des malheurs. Et ses clients sont, finalement, très accommodants.

Esprit numérique ? L’aviation fait tester ses produits par le marché ?

Un des best sellers de ce blog est « Boeing, entreprise de service ». Emmenés par ENRON, ceux qui nous dirigeaient ont été convaincus que les entreprises devaient être organisées selon les lois du marché. En fait, elles devaient être des places de marché. De la concurrence sanglante entre sous-traitants germerait l’innovation. C’est ainsi que les constructeurs automobiles se sont débarrassés de leur métier d’équipementier. Boeing était allé tellement loin dans cette direction que l’on s’est demandé, un moment, s’il parviendrait encore à construire des avions.

Un phénomène mériterait d’être étudié : c’est la latitude du dirigeant à faire des paris fous, et sa propension à prendre des vessies pour des lanternes (« management fad », en anglais). Mal de la démocratie : l’intelligence collective ?

Boeing, entreprise de services

Au secours, la démocratie revient

The Economist est inquiet. Que ce soit en Angleterre, à New York ou au Chili, partout la gauche remplace ou menace de remplacer de bons gestionnaires. C’est le retour de la démocratie, avec ses élus sous influence et ses syndicats. Et elle ne fera qu’empirer le mal qu’elle veut combattre. (La montée de la pauvreté.) Le monde idéal que décrit The Economist a des caractéristiques inattendues. Il a quelque chose de parasitaire. Par exemple, il dépend massivement de l’immigration. Immigration de gens qualifiés (car ils rapportent plus qu’ils ne coûtent), pas celle des pauvres. Aussi, il considère l’Europe comme le « marché » de l’Angleterre. Un marché qu’elle doit libéraliser, afin de l’ouvrir à son industrie du service, qui est à peu près tout ce qui lui reste. Mais surtout, ce monde ressemble à ce que The Economist dit de M.Bloomberg. Il est extraordinairement terne. Et si c’était là qu’était le véritable attrait de la démocratie ? Elle est peut-être chaotique. Peut-être est-elle menacée par la démagogie. Mais elle vit ?
Pour le reste, The Economist craint la déflation, particulièrement en Europe. Il appelle les banques centrales à créer de l’inflation. Elle érode les salaires sans douleur. Les pays émergents sont devenus « fragiles ». La spéculation peut les faire et les défaire. Les Etats combattent les Trusts (les fondations chez nous). Ils permettent de se protéger de l’impôt. Les cabinets d’audit ont oublié les leçons d’Enron. Ils achètent de nouveau des cabinets de conseil en stratégie.
La Chine se couvre de TGV. Moyen de créer de la cohésion sociale.
Guerres civiles. Depuis que les USA et l’URSS n’y ont plus intérêt, elles sont devenues plus rares, et plus courtes. Y mettre un terme n’en est pas moins compliqué.
Changement et Internet, nouvel épisode. La Chine est le champion de la vidéo sur Internet. Ça torpille la télévision. Malheureusement, comme d’habitude, ce n’est pas rentable. L’espionnage d’Internet par l’Amérique mécontente l’Allemagne. Sans qu’elle ne puisse rien faire. Ailleurs, les organisations qui s’occupent d’Internet cherchent des solutions techniques qui compliquent la vie des gens mal intentionnés.

Une étude des concurrents de l’élection présidentielle de 2012 aux USA. Obama y apparaît comme totalement méprisant de tout ce qui fait l’ordinaire de la politique. Et une conclusion, générale, sur le politicien : « les élections présidentielles dégoûtent les gens sans problèmes et attirent le particulièrement bizarre. Puis ils retirent à ces excentriques ce qui leur reste de respect de soi. » 

Qu'est-ce que le "modèle du marché"?

Il y a déjà longtemps que les gourous du management anglo-saxons nous disent que l’entreprise doit se « recréer sur le modèle du marché ». Cette expression me parlait sans que j’en aie autre chose qu’une définition floue. En fait, sa signification est simple : l’entreprise doit devenir un négociant. Acheter et vendre. Regardons autour de nous, les transformations récentes de l’entreprise s’expliquent.

Le modèle du marché signifie l’abandon de son métier. Pour devenir un négociant, l’entreprise doit abandonner son métier. C’est ce phénomène qui a été à l’œuvre, partout, ces dernières décennies (du moins à l’Ouest). Pour en comprendre la conséquence, l’équation métier = risque est nécessaire : faire un métier c’est avoir développé une maîtrise exceptionnelle d’un certain type de risques. Voici ce que cela donne :
  • Enron a été un des pionniers du modèle du marché. 6 fois de suite il reçoit la palme de l’innovation du journal Fortune. Et tous les MBA le citent en exemple. Fin 2001, faillite. Il avait masqué ses actifs à risque dans des filiales non consolidées[1]. Toutes les entreprises font maintenant de l’Enron :
  • Goldman Sachs[2] et l’industrie financière ont augmenté massivement chiffre d’affaires et bénéfice en vendant à des marchés insolvables, tout en faisant porter les risques par d’autres, ce qui leur permettait de limiter les réserves qui servent de garanties. 
  • Les laboratoires pharmaceutiques ne veulent plus faire de recherche, ils parient sur le marketing pour vendre des produits de grande consommation (OTC). 
  • Les assureurs ont fait appel à des réassureurs.
  • Les constructeurs automobiles et aéronautiques ont confié de plus en plus de conceptions à leurs sous-traitants. 
  • Jusqu’au traité de Kyoto qui a délocalisé nos émissions de CO2 (qui croissent trois fois plus vite depuis[3]) !
Les conséquences du modèle du marché. Le modèle du marché a eu trois conséquences, que l’on découvre aujourd’hui :
  1. Il est redevenu possible de créer des marques automobiles[4]. Il suffit de s’entourer des bons équipementiers. De même, les compagnies pétrolières n’auront bientôt plus que leurs yeux pour pleurer. En effet, elles « ont jugé sage de sous-traiter le forage et d’autres aspects de la production. » Leurs sous-traitants ont apporté ce savoir-faire aux pays possesseurs de ressources pétrolières.[5] Partout les entreprises se sont dépossédées de leur métier, leur compétence à prendre des risques, en particulier celui de l’innovation. L’entreprise devient une coquille vide. Elle amasse de l’argent qu’elle est incapable d’investir. Les fonds d’investissement l’ont compris. Ils veulent  lui faire cracher ses économies. Sous leur pression, Apple, par exemple, va verser 100md$ à ses actionnaires[6].
  2. Et si un composant fautif (mais assuré) faisait dérailler votre train ou votre voiture, ou exploser votre autocuiseur ? Le risque est saupoudré partout. On ne sait plus où il est. Et surtout, il n’est plus entre les mains de ceux qui savent le gérer. Voilà pourquoi la croissance est bloquée. Les banques sont assises sur des actifs qui peuvent leur éclater à la figure. Mais lesquels ? Alors, elles accumulent des réserves. Elles espèrent aller assez vite pour être prêtes au cas où. Ce faisant, elles augmentent les chances d’Armageddon.
  3. Qu’ils soient issus du milieu scientifique ou économique, les travaux américains actuels de prospective constatent que nous gérons la planète comme l’économie. La planète court à la faillite[7] ! (Curieux retour au rapport du Club de Rome, Les limites à la croissance[8].) Le modèle du marché ne crée pas. Il exploite. Ce faisant, il détruit.
Pourquoi le modèle du marché est-il destructeur ? Le marché n’est-il pas un mécanisme de répartition, neutre ? Le prochain billet se penche sur la question. 


[1] EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
[2] Sur l’histoire récente de Goldman Sachs : TAIBBI, Matt, The Great American Bubble Machine, 9 juillet 2009, que l’on peut lire ici : http://www.rollingstone.com/politics/news/the-great-american-bubble-machine-20100405.
[3] FRIEDMAN, Thomas L, Hot, Flat, and Crowded: Why The World Needs A Green Revolution – and How We Can Renew Our Global Future, Penguin, 2009.
[4] Dans le dossier spécial de son numéro du 20 avril 2013.
[5] Supermajordämmerung, The Economist, 3 août 2013.
[6] Tim Cook’s cash card, The Economist, 27 avril 2013.
[7] Voir une revue de livres sur la question : Pearce,Fred, What do we fix first – environment or economy?, NewScientist, 8 juillet 2013. Et, en particulier : Friedman, Thomas L, Hot, Flat, and Crowded: Why The World Needs A Green Revolution – and How We Can Renew Our Global Future, Penguin, 2009.
[8] MEADOWS, Donella, RANDERS, Jorgen, MEADOWS, Dennis, Limits to Growth, Chelsea Green, 2004.

Chypre et la stratégie du coucou

On discute beaucoup de chiffres et de l’incompétence des Européens à résoudre sa crise. Mais elle est telle que seule la critique est aisée. Pourquoi les critiques d’aujourd’hui, d’ailleurs, n’ont pas signalé plus tôt la catastrophe imminente ? (Des banques surdimensionnées, qui rémunéraient les comptes de dépôts à des taux colossaux ?)

Je me demande si ces dernières décennies n’ont pas vu le monde se livrer à une sorte de stratégie du coucou. On a voulu croire au père Noël. Partout on a couronné des charlatans, qui, comme Enron, prétendaient faire des miracles. On les a crus. Une fois en place, ils ont rendu impossible la vie de ceux qui étaient utiles à la société, quand ils ne les ont pas jetés hors du nid. 

Château en Allemagne ?

L’Allemagne, grande donneuse de leçons, cacherait des secrets honteux.

Une partie de sa dette serait comptabilisée à la manière Enron. Et pèserait sur sa tête l’épée de Damoclès du vieillissement (phénomène qui, à court terme, lui est favorable). (Et si l’Allemagne n’était pas si exemplaire… – LeMonde.fr)

L’Europe se querelle-t-elle par paresse intellectuelle, par incapacité à faire face à ses responsabilités ?

Compléments :

  • Confirmation (postérieure) venant d’Allemagne : Myth of German economic discipline | Presseurop (English). Rien de ce que l’Allemagne ne dit d’elle n’est juste. Elle a une dette supérieure à celle de l’Espagne, elle n’est pas économe, sa bonne santé vient de son économie, plus prospère que celle de ses collègues. Bref, sa santé vient de l’opposé de la rigueur qu’elle impose aux autres !

Que reproche-ton à nos banques ?

On reproche à nos banques de ne pas être « mark to market ». Leurs comptes ne reflètent pas la valeur de bourse de la dette grecque. Du coup, les réserves qu’elles possèdent pour parer à une crise sont insuffisantes.

Pourquoi les actifs d’une société devraient-ils avoir la valeur que leur donne le marché, alors qu’ils pourraient en avoir une autre lorsqu’on les vend ? Il faut, donc, peut-être, manier cette idée avec prudence. À moins d’être convaincu de la rationalité des marchés ?

Et l’argument sur le niveau de garantie est douteux : face à la crise que semblent prévoir les marchés, les niveaux de garantie jugés sûrs seraient insuffisants, probablement. En effet, ils étaient beaucoup plus élevés à l’époque où les banques devaient se défendre seules.

En fait, on reproche à nos banques d’avoir des comptes opaques, mais surtout de dépendre de la bonne volonté des gouvernements à transformer l’Europe en une fédération. Or, depuis des mois les journaux économiques anglo-saxons dénoncent les atermoiements des politiques de tout poil. Sans comprendre que ce qui se joue en Grèce, par exemple, est un cataclysme social, et que cela ne peut pas réussir par miracle.
Les marchés, qui ne connaissent que l’action immédiate, sont affolés par l’incertitude ? Et quant ils ont peur, ils vacillent ?

Compléments :

Entreprise : secret de la longévité

Une entreprise serait durable si elle est bâtie sur une idée (IBM : la technologie au service de l’entreprise ; Apple : faire de la technologie la plus récente des produits simples, élégants et chers ; Amazon : faciliter l’achat), mais pas si elle est liée à un produit (Microsoft, Dell et Cisco), dit The Economist. The test of time.
Convainquant ? Pas trop. IBM doit sa survie à sa taille ; je ne suis pas certain qu’Apple puisse durer sans son dirigeant ; et Amazon n’est pas le seul à vouloir faciliter l’achat, mais est le plus gros. Et Enron était le champion de la déréglementation. Par ailleurs, Boeing est lié à un produit…
Il me semble que l’avantage de l’entreprise vient non d’une phrase, mais du « capital social » qu’elle a accumulé. C’est-à-dire de l’empilage de règles implicites qui lui permettent de s’adapter. 

Mise en œuvre de la RSE

Écriture d’un article sur la mise en œuvre d’une politique de RSE. J’en retire 2 idées :

  • Ce qui doit être premier : prise de conscience que l’entreprise appartient à un écosystème (de « parties prenantes »), sans lequel elle ne peut pas vivre, et que cet écosystème va crever. Si l’idée de la RSE n’est pas suscitée par l’anxiété de survie de l’entreprise, elle n’a aucune chance d’être autre chose que la charte d’éthique d’ENRON.
  • La première durabilité qu’il faut assurer alors est celle de cet écosystème. Et cela passe par la reconstruction des « interrelations entre parties prenantes ». Principe central : coopérer et non exploiter le plus faible (pratique actuelle). Une fois que l’écosystème fonctionne correctement il peut s’occuper de régler les questions que l’on associe aujourd’hui au développement durable, par exemple « empreinte carbone » ou « discrimination ».
Compléments :
  • 2 erreurs sont commises : les entreprises utilisent la RSE comme de la poudre aux yeux ; les activistes veulent nous imposer d’être responsables par la force !
  • Iso 26000 : esprit, mise en œuvre.

Retour de 29 ?

Discussion avec un dirigeant de cabinet d’expertise. Curieuse transformation du monde. L’État se déchargerait de ses responsabilités sur les assurances. Son nouveau rôle ? La garantie des contrats. Mais c’est la doctrine libérale même ! Aurions-nous vécu un changement libéral sans avoir été consulté ? Le plus curieux n’est pas là.
  • L’assurance est devenue un moyen de se décharger de ses responsabilités. Les assureurs sont « réassurés ». Du coup, non seulement ils ne se préoccupent plus des dommages qu’ils versent (les réassureurs commenceraient à s’en émouvoir), mais ils n’ont plus besoin de faire leur métier, ils peuvent se débarrasser de leurs personnels expérimentés, et chers.
  • Plus généralement, un vent d’irresponsabilité aurait gagné la planète. Exemple. Pour réduire le coût de pièces, elles sont fabriquées en Chine. Le Chinois refait le coup du lait frelaté : par facilité d’usinage il n’utilise pas le mélange de métaux prévu. La pièce casse au bout d’un mois. Mais le donneur d’ordre est assuré !
  • Chaque profession serait dans le même bain. Liquidation des coûteuses procédures liées au métier, et des personnels compétents, assurance de procédés devenus hyper risqués, et non durables. 
  • Dans l’entreprise même la règle du jeu serait de prendre des risques démesurés pour en tirer des bénéfices maximaux, et d’en faire payer les conséquences à ses collègues.  
Jamais il n’y a eu autant d’accidents, et jamais les experts ne se sont aussi bien portés !
Comment tout ceci va-t-il se terminer ? Vague de défaillances de compagnies d’assurance ? Les entreprises, qui n’entretiennent plus leurs atouts, vont-elles être balayées par leurs concurrents étrangers ? L’État étant déjà surendetté ne peut plus être assureur : crise radicale nettoyant l’ardoise ? 1929 ?
Compléments :
  • Ce mécanisme est celui qui est à l’origine de la crise. Les organismes financiers ont inventé des mécanismes « à la Enron » pour masquer leurs risques, développer leurs chiffre d’affaires et leurs bonus. Cet entretien laisse penser qu’ils ne seraient pas propres à la banque, mais caractéristiques de toute l’économie…  

Élite de surhommes

Un spécialiste de la recherche d’entreprises pour cadre voulant s’en offrir une me raconte une rencontre avec un extra-terrestre.
Celui-ci vient d’un fonds d’investissement. Il désire acheter n’importe quelle entreprise. Sans préciser le secteur. Ni d’ailleurs la compétence qu’il peut lui apporter. Il recrutera ce dont il a besoin.
Et si cette attitude était significative de celle ne notre élite internationale ? Elle se croit supérieure pour la seule raison qu’elle est ? Ce qu’elle pense est génial, pour la seule raison que nous sommes tous des demeurés ?
Ce qui m’a ramené à une enquête sur la faillite d’Enron (EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005). Les employés d’Enron correspondaient complètement à ce portrait. Ils se croyaient des génies et ils ont agi comme des idiots.
Serait-ce ce que produit notre système de sélection ? Des gens qui n’ont rien appris mais qui se pensent surhommes ?