Boarding school

Drôle de chose que ces « boarding school ». Si je comprends bien, leur rôle est de former des leaders. Pour cela; on met des enfants de 5 ou 6 ans en pension.

Comme souvent, cela produit un effet imprévu. L’enfant coupé brutalement de sa famille subit un choc psychologique violent. Il développe une double personnalité. Il a des failles tout à l’opposé de ce qui est attendu d’un leader. Et, un peu comme il semble que ce soit le cas pour l’église catholique, ce type d’institution attire les pervers et les psychopathes. Les enfants y subissent des traitements dégradants.

Paradoxe ? On nous rebat les oreilles avec l’innocence de l’enfant, alors qu’on lui fait subir les pires vilénies.

(D’après une émission de la BBC4 : How boarding school shaped Britain.)

Enfance de l’art

J’entendais, il y a déjà bien des années, Vincent Lindon raconter son enfance et regretter le sentiment de sécurité d’alors.

Une histoire du mariage disait, par ailleurs, que l’Angleterre victorienne avait inventé l’enfant moderne. L’enfant-jouet.

Et si nos parents nous formaient pour être des enfants ? Et si nous le restions toute notre vie ?

Portrait de l’artiste enfant

Un privilège de l’âge est d’avoir pu observer le développement de l’homme, et peut-être surtout les relations entre générations et leurs conséquences.

Par exemple, il est surprenant de constater que ce qui pourrait paraître une petite particularité amusante de l’adulte peut avoir comme impact sur l’enfant. C’est ainsi que le parent découvre souvent que son enfant lui en veut « à mort », alors qu’il n’a rien vu venir.

Est-ce étonnant ? Les parents sont inexpérimentés. Ils sortent de l’enfance. Jusque-là on ne les prenait pas au sérieux. Ils étaient « mineurs ». Et, soudainement, on leur confie des êtres humains sans défense, sur lesquels ils ont droit de vie ou de mort. On peut difficilement imaginer changement plus violent. Cela ne peut que produire un cercle vicieux : au lieu de chercher le « juste milieu », l’enfant devenu adulte adopte l’opposé de ce qu’il croit avoir reçu, selon la fameuse formule : « je te donne ce que je n’ai pas eu ».

Or l’enfance et l’âge adulte sont extrêmement différents. L’âge adulte est une sorte de redoublement permanent : la vie fait du surplace. L’enfance au contraire est un moyen-âge de l’humanité où tout est merveilleux. Un monde de contes de fées, plein d’histoires. Où tout incident prend des dimensions fantastiques.

Ce qui amène à prendre conscience d’un mystère : la façon dont on devient homme. L’homme est le fruit d’une quantité d’influences, d’expériences, de hasards. Il y a certainement de l’inné dans sa constitution, mais il peut en sortir une infinité de solutions. Il semble donc illusoire de rêver d’une humanité douée de raison. Il faut s’attendre aux surprises de la diversité.

Jeux interdits

L’Australie voudrait interdire l’accès des réseaux sociaux aux enfants ? Quel âge ? On parle de 13 ans, 16 ans…

Les informations du matin BBC4, le 12 septembre évoquaient la question et interrogeaient une personne favorable à cette mesure. Elle disait que les réseaux sociaux « volaient » notre enfance. Que les enfants avaient droit à une véritable enfance. C’était une question de droits de l’homme.

Formulation frappante. Cela mériterait débat public et réflexion sur l’enfance et ses droits.

Mais, aussi, inévitable retour de pendule ? Nous avons vécu un grand moment de libéralisme, il fut interdit d’interdire, et Internet était la victoire du libertaire. Tout cela devait conduire au meilleur des mondes. Mais la loi du marché est la loi de la jungle. Et ce n’est peut-être pas la contrainte qui est le problème, après tout ?

Mauvais genre

Le gouvernement anglais envisagerait d’interdire aux enseignants de parler de « genre » aux jeunes enfants. (Nouvelles de la BBC.)

La raison ne me paraît pas claire. Serait-ce parce que ce type de cours s’apparente au « harmful online content » qu’il essaie aussi de combattre ?

En fait, ce sont le « offline content » qui est surtout « harmful ». C’est pour cette raison que l’on a cherché à protéger l’enfant.

Mais peut-on véritablement le protéger ? D’ailleurs, n’est-il pas entre les mains de ce qu’il y a de plus « harmful » : des parents dangereusement inexpérimentés ?

Protection de l’enfance

L’Angleterre s’indigne, ai-je entendu à la BBC il y a quelques jours. WhatsApp veut abaisser l’âge d’utilisation de son application à 13 ans. Or l’enfant y est soumis aux pires horreurs.

Tant qu’on y est, ne ferions-nous pas bien de nous demander à quoi l’enfant est soumis par la société ? Toute ce qui se déverse d’injonctions sur lui est-il bon pour sa santé mentale ?

Anti dépresseur

450.000 prescriptions d’anti-dépresseurs à des moins de 18 ans, en un an, disait les nouvelles de la BBC, l’autre jour.

Jeunesse déprimée ? Ou acharnement thérapeutique ? Maslow disait que l’amitié était la psychanalyse de l’homme bien portant…

Ce qu’il y a de curieux est que, dans ma jeunesse, on vantait une société de « l’opulence », et qu’ensuite, on n’a voulu qu’améliorer les choses. Or, il semble bien que beaucoup de choses aient empiré. Peut-être serait-il temps d’oublier les beaux discours et de mener une enquête sur l’état de notre société, et sur ses pratiques ?

on the one hand, we have overly paranoid parenting that looks for labels and diagnoses for normal (albeit sometimes difficult) emotions and experiences. On the other, we have laissez-faire parenting that gives prepubescent children a portal to an alternative universe in their pockets with virtually no legal limits. This paradox has led to a generation of digital guinea pigs who are not so much depressed as helplessly confused: undergoing all the usual trials and tribulations of adolescence (break-ups, peer pressure, self-consciousness and body image) with new challenges and dangers, while being told by everyone — schools, parents, social media — that they should constantly be checking in on their mental health.

Article UnHerd

Jon Fosse

Jon Fosse, illustre inconnu. Prix Nobel de littérature.

Ses nouvelles regardent le monde avec les yeux du tout petit enfant.

Et c’est inquiétant. Car la pensée de l’enfant est logique, mais c’est une logique qui est incompatible avec celle de l’adulte. Comment passe-t-on de l’une à l’autre ? Et si l’on n’y parvenait pas ?

(Scenes from a childhood. Lectures de la BBC.)

L’enfance de Rousseau

Rousseau aurait-il inventé l’enfance ? C’est la question que je me suis posée en écoutant un débat d’universitaires sur L’Emile. (In our time, BBC 4.)

Soudainement, les premiers temps de l’homme sont dignes d’intérêt. Un temps d’innocence, qu’il faut protéger et rendre paradisiaque. Le vert paradis des amours enfantines. Le petit homme est devenu un jouet pour les grands ?

Quant à Rousseau, il était plein de contradictions, et n’arrêtait pas de changer d’avis, et même de religion, et on ne sait pas trop ce qu’il croyait. Un des universitaires estimait qu’il devait son succès, comme tous les succès, à ce que sa pensée avait été mal interprétée.

Il se peut aussi qu’il soit arrivé à formuler une idée dont l’heure était venue. Quand la mortalité infantile baisse et que l’on ne demande plus à l’enfant de travailler, l’enfance peut être inventée ?

L’art d’être grand père

« Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » (Oscar Wilde.)

J’ai remarqué que les grands parents sont généralement de meilleurs parents que les parents.

Je me demande si cela ne tient pas essentiellement à ce que me disait quelqu’un qui était parvenu à installer un ERP, ce qui, à l’époque, était rare : « on a réussi parce que l’on avait connu un premier échec ».

(PS. Depuis que j’ai écrit cet article, j’ai testé sa thèse. Une personne consultée à ce sujet m’a dit qu’elle avait le sentiment d’avoir réussi ses enfants, et qu’elle n’était pas impatiente d’avoir des petits enfants…)