Compétences plutôt que diplômes ?

« Il y a une entreprise ici au Colorado – un fabricant d’objectifs de précision – qui a découvert (…) que les compétences essentielles dont elle a besoin comprennent la dextérité manuelle et l’attention aux détails. Et l’un des meilleurs endroits pour trouver ce talent est chez les manucures ou chez les personnes qui travaillent dans la restauration, comme les chefs de sushi. Les entreprises doivent élargir leur champ de vision pour recruter une main-d’œuvre plus diversifiée et offrir des opportunités aux personnes qui en ont été exclues dans le passé.  » (Article.)

Triple problème, en France. Il y a beaucoup trop de « bac + 5 » qui ont une formation abstraite, et qui ne veulent qu’être « chefs » ; de gens qui sont sortis de l’Education nationale sans diplôme, alors que désormais le diplôme est obligatoire pour tout ; et d’entreprises qui ne trouvent pas à recruter. 

Mais le diplôme n’a quasiment aucune lien avec les qualités qu’il faut pour occuper un emploi. 

Et si l’on partait de ces qualités ? Cela résoudrait-il, au moins en partie, la question du chômage, du recrutement, et de l’excès de chefs ?

En outre, comme le dit l’article, la formation en ligne permet (lorsqu’elle existe) d’acquérir de nouvelles compétences, seul, et au gré de ses loisirs. 

Alerte : pénurie de compétences

La Tribune disait :
« Emploi : un rapport parlementaire alerte sur la pénurie de compétences
Le manque de main-d’oeuvre compétente reste un obstacle majeur au développement dans de nombreuses PME et TPE. Face à ces difficultés, deux sénateurs insistent sur l’importance de la formation à l’intérieur des entreprises dans un rapport publié ce mercredi 24 juin. »

Autrement dit : n’attendez pas que la société vous fournisse des personnels adaptés à vos besoins spécifiques, formez-les.

Ce qui pose, implicitement, une seconde question : la compétence s’arrête-t-elle au recrutement ? Ne faudrait-il pas aussi s’occuper de la formation de ceux qui sont en place ? La gestion de l’épidémie, en particulier, n’a-t-elle pas montré un manque de compétences certain, un peu partout ?

Création d'emploi : Dunkerque et l'effet écosystème

Les entreprises s’installent à Dunkerque. Pourquoi ? « Accompagnement des collectivités locales » (par exemple facilité pour trouver des terrains pour étendre son usine), « triangle de capitales » à proximité, « troisième port de France », et une population qui a la « culture de l’industrie ».C’est ce que l’on appelle un « écosystème » favorable. Il n’est pas certain que nos hommes politiques aient pensé à le cultiver, ces derniers temps.

Mais il y a un changement. Car, ce que cette vidéo a de curieux est que ce qu’on y voit n’est pas écologique. Ce n’est pas culturel, non plus. C’est de l’industrie lourde et polluante. Seulement cette industrie fournit de l’emploi. Et l’emploi redevient, mais un peu tard ?, une préoccupation de nos dirigeants ?

Stage en start up

Faut-il faire un stage en start up ? se demandent des jeunes, autour de moi. Le stage en start up, c’est être de son temps ? Non ?

C’est mal prendre le problème. Si le stagiaire est mal payé, c’est qu’il est supposé être en apprentissage. Or, qu’apprend-on dans une start up ? Une start up ne sait rien, elle est ridicule dans tout ce qu’elle entreprend. Ce n’est pas désobligeant de ma part de dire cela : tout l’avantage de la start up est l’innovation qu’elle cherche à mettre sur le marché. Tout le reste elle doit l’apprendre. Elle n’a pas d’histoire et d’expérience. En revanche, les multinationales cherchent de la rentabilité par tous les moyens, et donc ont poussé très loin tout ce qui permet de leur donner de la « valeur ».

Autre argument, que l’on oublie souvent. La seule chose que la start up moderne a trouvé, ce sont des fonds. Elle a séduit un investisseur. Quant au marché, elle doit lui courir après. Il est très rare qu’elle l’attrape. Voilà qui est une expérience intéressante, me direz-vous : le risque de l’entrepreneuriat, ce n’est pas dans une multinationale que vous allez le rencontrer ! Effectivement. Mais la recherche de marché est chaotique et brouillonne. En anglais on parle de « pivoting » : les phases « d’exubérance irrationnelle » sont suivies de gueules de bois. On rêve, on doute, mais on ne (se) construit pas. Cela est peut être formateur pour le fondateur, mais pas pour l’inexpérimenté.

Immigration

Quasiment dans un même souffle, et visiblement sans se rendre compte des contradictions que cela signifie, France Culture disait : le pape affirme qu’il ne doit pas y avoir de contrainte à l’immigration ; les entreprises allemandes installent des dispositifs, en Afrique du nord et en Europe de l’est, pour recruter et former des immigrés ; M.Hollande appelle à la modération quant à la réforme de l’emploi ; M.Macron part en Europe de l’est pour négocier une uniformisation des régimes sociaux. 
Cela pose le problème des « universaux ». Nous croyons à des absolus. Et cela nous empêche de penser. Qu’en est-il ? 
Il est logique que les entreprises cherchent à réduire leurs coûts. Elles le font en grande partie en diminuant leur masse salariale. Même si ce n’est pas la seule fonction de l’immigration, c’en est une raison forte. M.Macron reprend un courant de pensée solidement implanté chez les économistes, de droite et de gauche, depuis fort longtemps. La liberté de l’individu et la performance de l’entreprise demandent de la flexibilité. C’est la raison des réformes du code du travail. Cependant, elle peut avoir des effets pervers. Notamment celui de conduire à aligner les salaires français sur ceux de pays n’ayant pas notre protection sociale. D’où les voyages de M.Macron. 
A cela, il faut ajouter que la flexibilité est déjà parmi nous, et nous la payons au prix fort. Même si ce n’est pas aussi terrible qu’en Angleterre. Une grosse partie de la population, des stagiaires aux intérimaires, en passant par les consultants indépendants et des livreurs à vélo de la transformation numérique, n’ont quasiment plus aucune protection. En même temps, ils n’ont aucun poids politique, aucune voix. Même ceux qui ont un emploi, des syndicats et l’affection des partis politiques, n’ont pas intérêt à ce que la Ligne Maginot actuelle soit maintenue. Car si le hasard veut qu’ils soient licenciés, alors ils connaîtront la précarité. 
Ce que veut réussir M.Macron, ce n’est pas la flexibilité, c’est la flexisécurité. C’est le système que les pays du nord de l’Europe ont mis en place. Va-t-il réussir ? C’est une autre question. Seulement, se braquer sur des absolus nous empêche de contribuer à sa réflexion, et de lui éviter, peut-être, des erreurs.

(M.Macron essaie peut-être de réussir un autre changement : changer la logique des affaires. La logique de réduction des coûts conduit à une spirale déflationniste. Si le dirigeant ne peut plus compter sur la variable masse salariale, il pensera peut-être qu’il doit augmenter ses revenus. Ce faisant, il va être amené à se demander ce que son entreprise peut bien apporter de nouveau au monde. C’est ainsi que l’on relance la croissance.) 

La fin du travail

Annonce d’une conférence sur la fin du travail. Je doute qu’aucun des oracles invités ne songe à définir le mot « travail ». Pour moi, le travail est une activité rémunérée. C’est l’argent qui fait le travail. Le héros qui sauve la société, ne travaille pas ! Les économistes Veblen et Galbraith disaient que la caractéristiques des classes dirigeantes était d’appeler travail leurs loisirs ou leur vie sociale.
Voilà qui montre que la fin du travail n’est pas pour demain. Que le petit peuple sache faire reconnaître la valeur de son activité, et l’intelligence artificielle aura beau s’agiter, elle n’aura pas la peau du boulot. Prolétaires de tous les pays

Pôle emploi sauvé par l'algorithme ?

« Eh oui, les algorithmes, c’est le futur n’est-ce pas ? C’est intéressant de voir ce que ça va donner. En lisant l’article, j’ai l’impression que ce jeune a bien identifié le problème de ce mastodonte inefficace et sclérosé qu’est Pôle Emploi. »

« …le jeune entrepreneur va créer une application qui permettra de guider le demandeur d’emploi de manière plus personnalisée dans ses démarches. L’application devrait ainsi proposer à chaque chômeur des offres d’emplois et des formations plus adaptées à son profil. Une manière de simplifier le parcours des chômeurs dans les méandres de Pôle Emploi et les multiples structures d’accompagnements… » (Article.)

Voilà ce que m’écrit une amie. Je luis réponds :

Peut-être. Mais mon expérience me montre que trouver un emploi est une question d’hommes, pas de données. Le potentiel d’une entreprise ou d’un homme ne se lisent pas sur leur visage. C’est ainsi que j’ai aidé pas mal de gens à chercher un emploi. Presque systématiquement, le travail qu’ils ont trouvé n’existait pas, et ils n’auraient pas pensé qu’ils pourraient un jour avoir cette fonction.

Il y a une explication très simple, qui vient de la psychologie. On ne peut envisager un problème que si l’on a sa solution ! Comment se tire-t-on de ce paradoxe ? Par le biais d’un intermédiaire.

Prenons ton cas : je suis sûr que tu as les compétences pour répondre à des besoins que beaucoup de dirigeants ont, mais qu’ils sont incapables de formuler faute d’avoir rencontré quelqu’un comme toi. Idem pour toi : faute de connaître l’entreprise en question tu ne peux pas savoir que tu as une compétence qui lui serait utile…

De l'importance de connaître ses envies

Groupe d’amis. L’un de nous s’interroge sur son avenir. Il nous dit son passé : c’est un homme qui a des compétences rares. 
Nous avions plein d’idées pour lui, mais nous ne lui en avons pas données. Pourquoi ? Parce que s’il peut faire beaucoup de choses, il n’en a probablement pas envie. Il faut répondre, avant de chercher un job, à : de quoi ai-je envie ? Certes, la recherche va aider à préciser ses désirs. Mais il est important d’y avoir réfléchi si l’on ne veut pas jouer les mouches contre la vitre. Voilà ce que nous avons pensé. 

Notre droit du travail est il un problème ?

Ma vie c’est l’entreprise et le changement. Ai-je rencontré une fois le droit du travail ? Jamais. Si l’entreprise doit changer c’est qu’elle n’a pas fait son métier d’entreprise. Elle s’est fait larguer par le marché. 
J’ai discuté il y a quelques temps avec une avocate spécialiste de la question. Par ailleurs ultra libérale à ascendant destruction créatrice par le numérique. Elle me disait que partout où elle était passée, ce n’était pas le droit du travail qui était un problème, mais ce qu’en avaient fait les entreprises. Elles lui avaient ajouté une quantité de mesures particulières, et elles s’en mordaient les doigts. 
Je tire de tout cela deux conclusions. La première est que l’Etat est aux abois. Il n’a plus aucune idée, si bien qu’il est contraint d’emprunter celles des autres. 
La seconde est la façon dont le pays et la grande entreprise sont dirigés. Gouverner, en quelque sorte c’est « lâcher », c’est du pain et des jeux. Quant cela ne devient plus possible, on accuse l’employé ou le citoyen de la peste, autrement dit de résistance au changement, et on cherche un moyen de le punir. 
Et si tout cela tenait à la façon dont l’élite voit le peuple ? A savoir comme une masse animale. Et si considérer que nous sommes des hommes dignes de respect était une autre façon de désigner le changement que doit réussir notre élite ? Et si elle avait tout à y gagner, en particulier la découverte de ce que signifie « courage » ?
(Un autre exemple de la façon dont nos politiques gouvernent : voir billet sur le principe de précaution.)

La flexibilité de l'emploi, solution de la crise ?

Dans son dernier numéro, The Economist disait que MM.Hollande, Valls et Macron faisaient du Schröder dissimulé. Et qu’ils ont raison : le mal de la France, c’est l’inflexibilité de son emploi, qui bloque ses réajustements. J’ai aussi entendu un homme de gauche, interviewé par France culture, dire que la flexibilité n’était pas une solution, mais un « modèle de société« . On utiliserait la crise pour nous l’imposer. Qui a raison ?, me suis-je demandé. 
Qu’est-ce qu’a donné la flexibilité, là où elle a été appliquée ? Elle a remplacé, en Allemagne ou en Angleterre, le chômeur par un travailleur pauvre. Ce type de mesure ne profite donc pas au pauvre, mais au riche, qui récupère l’argent du chômage. C’est la fin de la solidarité. C’est l’expression d’une idéologie qui remonte à très loin : le pauvre est maudit. Il doit se racheter dans la souffrance. Son retour sur investissement se fera au Paradis. 
Et si le mal de la société était l’égoïsme ? Ce type de mesure ne ferait qu’empirer les choses ? Si le petit peuple découvrait que l’union fait la force, le reste de la population devrait s’adapter ou disparaître ? Cependant, un tel changement d’attitude ne peut pas se produire par la contrainte. Il lui faut des circonstances favorables. (Et un contrôle, pour qu’il ne retrouve pas les voies d’avant guerre.)

(Remarque : la France a déjà procédé à des mesures d’allègement de charge des entreprises : détaxation des heures supplémentaires, crédit impôt recherche, etc. Cela ne semble pas avoir eu le moindre impact sur la santé de l’économie. Cet argent n’aurait-il pas été mieux utilisé ailleurs ?)