La femme au travail

Le fait que l’épouse irlandaise ait le droit de travailler dans la fonction publique est relativement récent (1973). Cela est une conséquence de l’entrée de l’Irlande dans l’Union européenne. (The end of the irish marriage bar, Witness history, BBC.)

Qui a gagné dans l’affaire ? Jadis, il fallait une personne pour faire vivre une famille, maintenant il en faut deux. Et les tâches ménagères demeurent. Petit gain pour la femme, homme déclassé, le « grand capital » (comme on disait dans ma jeunesse) double sa capacité de production et tire les marrons du feu ?

Et si l’on avait libéré la femme en libérant l’homme d’une partie de son travail ?

Propos tendancieux ?

L’Anglais et le travail

The work revolution, émission de la BBC. En Angleterre, il y a de plus en plus d’emplois, et de moins en moins de personnes qui cherchent un travail…

Cela ressemble à ce que j’entends dire de la France. Alors je m’attendais à ce que l’émission parle de génération Z et autres sujets du même genre.

Mais pas du tout. C’est le petit peuple qui ne veut plus travailler. 9 millions de personnes ne cherchent pas d’emploi. Et il y a 2,5 millions de personnes en invalidité, un nombre qui a cru de 350.000 depuis l’épidémie de coronavirus.

Je n’ai pas très bien compris la raison de cet état de fait. Il était question de salaires bas, et du désintérêt de l’employeur pour la technologie (le travail offert est de moins en moins qualifié), mais aussi, comme en France, par la prime donnée aux formations intellectuelles.

La « solution de facilité » serait l’immigration. Elle est massive depuis le Brexit (1% de la population par an). A croire que les Anglais sont atteints d’un racisme anti-Européens : ils aiment les immigrés issus de leur Empire, mais pas ceux du continent !

Et cette immigration peut être très qualifiée. Ce qui permet à l’Angleterre de faire des économies de formation. Si j’ai bien entendu : 1md£/an, pour la médecine.

Un invité accusait le gouvernement d’être « lazy, lazy, lazy ». Je me demande s’il n’a pas raison, et si ce qu’il dit ne s’applique pas à tous les gouvernements occidentaux.

N’ont-ils pas « laissé tomber » une partie de la population ? Si bien qu’aujourd’hui, on ne lui offre que des travaux « indignes », qu’elle refuse ? Et ce tout en l’endormant, par une forme d’assistanat ?

Décrochons

L’industrie a trouvé un gisement d’emplois : le « décrocheur ». Un seul critère de sélection : la motivation.

Il se trouve qu’en lisant la biographie de Jane Birkin et de son frère, j’ai découvert que, eux aussi, étaient des décrocheurs. Et pourtant, ils ont fait de très belles carrières, et sont devenus célèbres.

Il est vrai que c’est un avantage, lorsque l’on est un décrocheur, d’avoir une famille riche (et noble). Jane Birkin a commencé sa vie comme épouse d’une célébrité, et son frère comme assistant de Stanley Kubrik.

Mais il est aussi vrai que leur « décrochement » a peut-être été la raison de leur succès. Ils étaient originaux. D’ailleurs, Serge Gainsbourg semble avoir fait chanter Jane Birkin aux limites de sa voix, justement pour jouer de son a-normalité.

On a longtemps vanté les « marginaux », passons des paroles aux actes ?

Pénurie RH

Curieux. La question du recrutement. On accuse le chômeur, la génération Z, la paresse endémique du Français… Pourquoi ne voit-on pas la nature du problème ?

On ne forme que des intellectuels. Des chefs. Il y a désormais quasiment 100% de bacheliers, et une quantité phénoménale de Bac + 5 (plus d’un quart d’une tranche d’âge). Or ce n’est pas ce dont notre économie a besoin.

D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Elle est vraie un peu partout dans le monde. Y compris en Chine, où le chômage des jeunes est considérable. (Plus de 20%.)

En fait, je me demande si la « pénurie RH » ne pose pas une question plus subtile que celle d’une mauvaise orientation. Tous les jeunes étant des chefs, ils ne supportent pas d’être traités comme des subalternes.

Ce sont, peut-être, simplement les relations sociales qui sont à réinventer… Vivre dans une société d’égaux : qu’est-ce que cela signifierait ?

Perte de sens

Philippe d’Iribarne, auteur de La logique de l’honneur, propose une explication à la perte de sens ressentie par le Français, particulièrement fortement.

En France, le diplôme est associé à un statut. Le fait que le diplôme ait été donné à beaucoup de monde, a produit une génération de déclassés. Et ce d’autant que, dans notre belle culture, le subalterne est traité comme un inférieur.

La solution ? L’entreprise agile. (Ou partir travailler à l’étranger ?)

(Article.)

Effectivement, on constate que de plus en plus de gens choisissent le statut d’indépendant.

Mais, peut-être faudrait-il finir par s’interroger sur la nature des relations sociales en France ?

La malédiction du coût (du travail)

Notre coût du travail est le plus cher au monde. Pourquoi alors que tout le monde en parle. Pourquoi rien ne bouge Medef, Cpme, etc. Paroles, paroles mais rien ne bouge ?

Question qui m’est posée. Mon opinion, que l’on trouvera tout au long de ce blog :

Le problème est celui du chômage. Alors qu’après-guerre, on pensait que le chômage avait créé le nazisme, et donc qu’il ne devait pas y en avoir, depuis un demi-siècle, on s’est mis à licencier, en pensant qu’ainsi on ne garderait que les meilleurs, ou qu’ainsi on pourrait abaisser les salaires. On n’a pas compris que, du fait de l’indemnité chômage, cela faisait remonter le coût du salarié. La solution (…) : au lieu de faire entrer au chausse-pied un être humain dans une entreprise inefficace, ce qui produit la démobilisation dont on parle tant, il faut partir du génie humain pour en faire profiter l’entreprise.  

(Au passage, on voit ici un des effets pervers dont se délecte la systémique : c’est parce que l’on a voulu abaisser les salaires qu’on les a augmentés ! Il est tentant de soupçonner une conséquence d’une forme de paresse intellectuelle : le dirigeant a trouvé fatigant de faire son travail d’innovateur, d’entrepreneur à proprement parler, il a cherché à améliorer la rentabilité de son entreprise par des moyens moins éprouvants.)

Jeunesse libérée ?

A quand un nouveau Cohn-Bendit ? me suis-je demandé. 

Un journal canadien s’interroge sur les causes de la « grande démission ». Pourquoi les jeunes refusent-ils le « système » ? L’explication est, elle-même, systémique. La génération 68, des « baby boomers », aurait imposé des conditions de travail infernales à la génération suivante, dite « sacrifiée« . La jeunesse actuelle, fille de cette dernière, a appris de son exemple. (Article de La Presse.) Résultat :

« Les jeunes sont très à l’écoute des valeurs véhiculées par les entreprises. On ne voyait pas ça avant, rapporte le président et chef de la direction du Conseil du patronat, Karl Blackburn. On parle de développement durable, de normes ESG, d’équité, de justice, d’inclusion, de diversité, de reconnaissance, d’honnêteté. »

Le combat de la jeunesse semble, comme en 68, de se libérer d’une société asphyxiante… Et ces jeunes ont l’avantage du nombre. L’offre est inférieure à la demande. Alors, 68 par d’autres moyens ?

Demain le plein emploi ?

Source : France-inflation

Après guerre, on était persuadé que le chômage était la cause le nazisme. Et, donc ?, il y avait plein emploi. 

Puis une autre doctrine s’est imposée : la concurrence est synonyme de performance. Ne gardons que les meilleurs. Le chômage a grimpé. Pas de réaction. Mais pas de performance non plus. Et, paradoxalement, ce sont les révoltés de 68, les jeunes, qui ont fait le plus les frais du changement. 

Et si l’on essayait à nouveau le plein emploi ? Il y a une raison toute bête à cela. Si tout le monde travaille, les entreprises sont à plein régime, et elles paient des impôts. De surcroît on ne rémunère plus de chômage. L’Etat n’a plus de dettes. 

Mais comment l’entreprise trouvera-t-elle de nouvelles ressources  ? Après guerre, il y avait certes de l’emploi, mais c’était un emploi taylorien, de machine. Et il y avait une forte immigration. 

Cela signifie que l’entreprise doit se transformer. La main d’oeuvre devient un paramètre stratégique. Le recrutement se fait au compte-goutte, probablement, comme en Allemagne, par la formation en entreprise de stagiaires. Pour le reste c’est le gain de productivité et l’accroissement de la qualification du personnel qui permet la croissance. Le personnel devient, comme en Allemagne, associé à l’entreprise. Fin de la lutte des classes. Et il l’est d’autant plus qu’un tel modèle d’entreprise est très compliqué à faire évoluer pour une tête seule. Le dirigeant devra mobiliser au mieux « l’intelligence collective » pour cela. (Au niveau de la nation, c’est le modèle dit de la « flexisécurité ».)

Et si la condition nécessaire et suffisante du plein emploi était d’être intelligent ?

La machine et le chômage

On ré industrialise. Cela veut dire de la productivité, donc de la machine. Sans quoi salaires et protection sociale ne nous rendent pas compétitifs. Oui, mais la machine crée le chômage, non ? 

Question est mal posée. Si l’on prend la société dans sa globalité, plus elle a de machines, plus elle dégage du temps à l’homme pour innover et fabriquer des choses nouvelles (ou des services), et donc plus elle produit. Ce qu’elle produit est réparti entre ses membres qui, donc, s’enrichissent. Non seulement la machine ne crée pas le chômage, mais elle conduit à une hausse du niveau de vie. (C’est une des raisons pour lesquelles Michael Porter dit que l’automatisation conduit à une montée en qualification des personnels concernés accompagnée de hausses de salaires.)

Bien sûr, avec l’homme tout peut mal tourner. Il y a, par exemple, le scénario « intelligence artificielle », aussi appelé « oligarque russe ». Quelques personnes placées à des endroits stratégiques s’emparent du bien collectif, qui les rend autonomes. Les autres peuvent crever. (Idéalement, les premiers partent sur Mars, pendant que la Terre explose.)

Et ne va-t-on pas produire n’importe quoi ? Bien utilisée, l’économie est une machine à résoudre des problèmes. Plus on lui en demande, plus elle produit, et plus elle nous enrichit. Seulement, il faut poser correctement le problème. Ce qui n’est pas le cas avec la transition climatique. En effet, certes, la transition est une bonne idée, mais on impose une contrainte impossible à satisfaire : le renouvelable permettant de ne rien changer à nos habitudes. Un problème mieux posé serait : zéro émission, sans perdant. Voilà qui change tout. Mais qui demande, pour être résolu, une coopération de tous avec tous, qui n’est pas (encore ?) compatible avec notre modèle social hyper individualiste. 

Paris, je te quitte !

Paris, je te quitte, est un site web qui aide les familles de Parisiens à s’installer en province. Voilà qui répond à un très vif besoin. Pas tant du Parisien, d’ailleurs, que de la province. 

En effet, c’est fou ce que le bon sens peut dire de sottises. En particulier, il reproche au Français, par comparaison avec l’Américain souvent, de ne pas être mobile. Mais sait-on ce que cela signifie être mobile ? Il ne faut pas seulement trouver un emploi, mais deux, il faut une habitation, des nourrices, des écoles, des universités, du sport, des hôpitaux… Or, ce dont souffre la province, c’est « d’attractivité », abandonnée des programmes de développement gouvernementaux (qui croyaient à une mondialisation des mégalopoles ? Façon Grand Paris ?), il lui manque beaucoup. Du coup, ses entreprises ne parviennent pas à recruter. Cercle vicieux. 

On oublie que les Etats américains sont des Etats, c’est à dire des pays, on y trouve tout, idem en Allemagne, d’ailleurs. 

Et c’est pourquoi, lorsque l’on est Français, vouloir partir de son territoire est extraordinairement compliqué et doit être un réel « projet de vie » géré en mode « changement planifié » ! D’où l’intérêt de Paris, je te quitte