Réformer les réformateurs ?

 Coronavirus, temps des bilans. Pourquoi le pays est-il en mauvais état ? Résumé des épisodes précédents :

  • Depuis 74, nos gouvernants achèteraient l’opinion en ponctionnant l’entreprise. Perte de compétitivité, le tissu économique se contracte. 
  • Ils pensent que l’industrie et la ruralité c’est fini, que l’avenir est au service et aux mégapoles. (Pourquoi ?) Ils font une politique dans ce sens. 
  • Nos champions nationaux tireraient contre leur camp. Ils sont subventionnés par le contribuable français (« Etat brancardier »), mais font travailler des étrangers, et rémunèrent des actionnaires étrangers. 
  • Or, nos fondamentaux n’étaient pas bons. Les trente glorieuses ne le furent pas autant que cela. La France aurait profité, avec peu de génie et beaucoup de retard, d’une vague d’innovations mondiale. Il en aurait résulté des entreprises peu solides.
Tout cela aurait un même effet : pomper de l’argent, et du savoir-faire, français pour le donner à l’étranger. Le déficit qui en résulte est comblé par la dette, ce qui le rend, pour le moment, insensible. 
Cela change-il ? Le gouvernement a contracté des masses de dettes. Apparemment ll veut déverser cet argent le plus vite possible avant les élections. Du fait de la complexité de l’obtention de ces fonds, ils vont vers les multinationales et les métropoles, à l’envers de la lutte contre l’inégalité qui est son mot d’ordre. Et ils partent dans des projets, la transition climatique après la French tech, qui ne sont que des modes. Elles ont plus de chances de profiter à l’étranger qu’à notre pays, encore une fois ?

Elitisme : mal nécessaire ?

« L’arrogance méritocratique des élites formatées sur le même modèle fait aujourd’hui l’objet de critiques nombreuses dans les démocraties occidentales. Comme le souligne le professeur de philosophie politique à Harvard, Michael J. Sandel, dans son dernier livre La Tyrannie du mérite, le ressentiment des classes moyennes, comme des petits patrons, à l’égard des élites, ministres et dirigeants de multinationales, est alimenté par l’idéologie de la méritocratie. Ces gagnants de la globalisation se sont mis à croire que leur réussite était le fruit de leur seul travail, que ce qu’ils gagnaient était à la mesure de leur mérite mesuré par leur diplôme. » (Article.)

« Elite » est devenu un terme de dérision. Mais, peut-on se passer « d’élite » ? 

Qu’est-ce qu’une « élite » ? Comme aujourd’hui, n’est-ce pas quelqu’un qui veut justifier ses privilèges par des dons sur humains ? En France, une idée est solidement ancrée : on naît homme. Autrement dit, on naît supérieur ou inférieur. Jadis, l’ancêtre faisait l’homme, à la Révolution, on a décidé que chaque nouveau né aurait sa chance, et que ce serait à l’Education nationale, système de test et non d’instruction, de trier le bon grain.

Une autre façon de voir les choses est celle de Sartre (qui la trouvait certainement meilleure pour nous que pour lui) : on devient homme. C’est le modèle du « sage » ou du « trésor vivant ». Une vie est expérience, transformation et apprentissage, « usage et raison ». Et, surtout ?, le maçon et le PDG se voient au pied du mur. 

L'industrie disparaît

Temps des bilans. Pourquoi la France s’est-elle autant désindustrialisée ? Un universitaire me disait que c’était dû à un choix de V. Giscard d’Estaing. J’enquête. Je trouve deux articles (Atlantico et France Culture).

Le déclin de l’industrie serait lié à une politique « néo libérale », dont M.Giscard d’Estaing a effectivement le crédit. Elle apparaîtrait quasiment immédiatement après la disparition du général de Gaulle. Il faut laisser faire les lois du marché. 

Paradoxalement, cette politique serait inspirée d’une doctrine allemande, alors que les Allemands ne sont que stratégie collective et industrielle, fort peu libérale. 

Un facteur important dans ce changement serait que « Nos élites ont rêvé d’une industrie sans usine« . Or, ces élites ont la double caractéristique de vivre en dehors de la pratique et de la réalité, et d’avoir énormément de pouvoir. 

(Quant au président Giscard d’Estaing, faut-il interpréter le fait que le ministère de l’industrie ait été absorbé par le ministère des finances lorsqu’il le dirigeait comme la mise sous tutelle du corps des mines, qui portait la politique industrielle du pays, et le début de la « financiarisation » de l’économie ? Un règlement de comptes entre polytechniciens ?) 

La France : victime d'une erreur de raisonnement ?

Notre manque de compétitivité serait-il dû à une erreur de raisonnement ?

Traditionnellement, la stratégie française était d’abandonner les productions à faible valeur ajoutée et intensifs en main d’œuvre peu qualifiée (typiquement le textile-habillement) pour se spécialiser dans les industries du savoir à forte valeur ajoutée. 

L’un des postulats sous-jacent à cette stratégie était que les pays émergents, auxquels étaient laissées les activités à faible valeur ajoutée, resteraient cantonnés à ce rôle dans un contexte d’entrée dans un monde post-industriel dans lequel la France pourrait faire preuve de son « génie » (au sens propre du terme) national, et ainsi créer de la valeur. 

Or, et à supposer que cette situation se soit réalisée, force est de constater que l’environnement administratif, légal et fiscal n’a pas réussi à rendre possible cette montée en puissance de la compétitivité française sur laquelle pèse trop de contraintes. (Article.) 

On ne change pas une équipe qui perd

La réforme est la cause des problèmes français, pas le Français. Une idée fixe de ce blog, qui semble confirmée par les faits. Les têtes doivent-elles rouler ? 

L’erreur est le prix de l’apprentissage. Et gouverner un pays, ou une entreprise, ce n’est pas qu’être un décideur, c’est être un virtuose d’une quantité de rites, notamment concernant les relations internationales, c’est un métier. Et ce métier, nos gouvernants le possèdent, pas nous. 

Ce qu’a frappé le « dégagisme » a été une forme de cynisme, de la classe politique. Outre la maîtrise des rites, un gouvernant doit, donc, avoir une éthique de l’intérêt général. Il est probable qu’elle a plus de chances d’être présente chez l’énarque que chez le professionnel des élections, le « politicard ». 

Voilà pourquoi les révolutions ne sont pas une bonne idée ? 

(En revanche, il serait agréable que ceux qui sauvent leur tête aient un peu de reconnaissance pour ceux qui ont fait les frais de leur apprentissage. Cela corrigerait le vice que nous reproche le plus l’étranger : l’arrogance.)

2020 : une page se tourne ?

2020 aura-t-il été la fin d’une époque ? 

Celle des milliardaires salariés (les « working rich ») et des intellectuels, élite de diplômés ? Celle de l’égoïsme poussé à l’extrême ? Celui qui refuse toute contrainte, réglementation et morale ? Règne du rapport de force, et de la manipulation de tout, en particulier parce qu’il jouit d’une « autorité » ? Triomphe du « pervers narcissique », celui qui détourne le « contrat social », pour mettre l’humanité à son service ? Destruction des protections, de la classe moyenne, et creusement des inégalités ?

Les conséquences du laisser faire nous amènent-elles à tourner la page ? Les égoïstes découvrent les bénéfices de la solidarité ? 

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et nous sommes dirigés par une élite. 

L'élite pense-t-elle ?

Débat entre amis. On parle des études des enfants, une épreuve pour les parents. Il est question de « méthode globale », « d’équipe pédagogique » et d’autres termes qui ne me sont pas familiers, n’ayant pas eu d’enfants. On dit aussi que les études de l’élève qui a besoin de comprendre sont un calvaire. C’est contraire aux méthodes de l’Education nationale. Pour maintenir l’enfant dans le système, il faut tous les efforts de sa famille, et le hasard de quelques heureuses rencontres d’enseignants méritants.

Je me suis interrogé. Cela expliquerait-il ce que nous appelons, avec un rien de dérision, notre « élite » ? Elle ne pense pas, elle ne fait que répéter les idées qui se répandent dans son milieu. Ce qui explique qu’elle ait aimé la philosophie de Heidegger, après guerre, en dépit de ses liens au nazisme, puis le Marxisme soviétique, puis qu’elle se soit convertie au libéralisme et à la contre culture américains, et que, maintenant, elle bascule dans l’écologie ? La fascination de « l’idée » ? L’incapacité fondamentale au travail intellectuel nécessaire à la compréhension ? 

L'incompétence, c'est fini ?

Le coronavirus nous donne le spectacle de l’impuissance. Le roi est nu, et le président et les savants ne savent rien. Tout un édifice s’effondre. Depuis deux ou trois décennies, notre élite expliquait qu’elle devait son poste à son « mérite », à ce qu’elle avait travaillé dur pour obtenir ses diplômes. 

Et si, au contraire, notre société avait été si solidement construite qu’il a fallu des décennies à des incapables pour la démonter ? D’ailleurs n’est-ce pas pour cela qu’elle a permis à la jeunesse de 68 de tout casser, sans même se fâcher ? 

Le coronavirus a montré que la récréation était finie ? Dans un monde ultra fragile, la compétence reprend ses droits ? 

L'influence américaine, c'est fini ?

Lorsque je lis les titres du Monde, ou écoute France Culture, j’ai l’impression d’être aux USA. 

Le paradoxe de la situation, comme le dit ce blog, est que les idées américaines sont françaises. Elles sont de deux ordres :

  • Les idées de droite, dites « libérales », viennent des physiocrates. Comme les autres philosophes des Lumières, les physiocrates cherchaient un moyen de faire que l’homme soit libre sans être asservi par un autre homme. Leur solution ? Le système auto régulateur du marché ! La libre concurrence. (Sans se rendre compte que la solution était pire que le mal !)
  • Les idées de gauche, le « bourgeois bohème ». Elles remontent à Flaubert et à ses amis. Les fleurs du mal pourraient servir de manifeste à la gauche moderne. C’est la culture de la « contre culture ». Une culture qui n’en est pas une, parce qu’elle se définit par rapport à une autre. Une culture de fils de famille. Une culture de la provocation. Son seul principe : « épater le bourgeois ». 

L’histoire récente a mis en échec ces idées. Que va-t-il en résulter ? Les diplômés qui dirigent notre pays vont-ils renoncer à leur fascination pour les USA ? Vont-ils être capables de penser par eux-mêmes ? Ou vont-ils se mettre à chercher quelque autre idéologie pré-mâchée ?

Le paradoxe du sablier

Le numérique va transformer la société en « sablier ». Quelques informaticiens bien formés à la tête, une masse de personnels de service à la base, pas de classe moyenne, au milieu. On l’a beaucoup dit, il y a quelques années. Notre réalité ?

Le paradoxe de ce modèle est que ceux qui en parlent ne sont pas les informaticiens. Ils n’ont même presque jamais une formation scientifique. (Formation, d’ailleurs, qui se perd en Occident.) Comment se fait-il qu’ils ne se sentent pas menacés ? Une raison, peut-être, est qu’ils sont hors de ce système. Leur « mérite » les a placés à ses postes de commande. Ils observent, de l’extérieur, sa transformation, en sablier ?