Admiration

Que le président Giscard d’Estaing se soit pris pour le président Kennedy a été une surprise.

A la réflexion, le demi-siècle qui vient de s’écouler fut « anti de Gaulle ». De Gaulle désirait faire briller le pays. Il mettait en valeur ses talents, et ce de quelque bord qu’il soit. Y compris, d’ailleurs, sa jeunesse et ses intellectuels, qui, pourtant, lui en voulaient à mort. Il pensait, aussi, que chaque peuple avait sa personnalité et ses mérites.

Depuis, nos gouvernants ne se sont-ils pas persuadés que « c’est mieux ailleurs », et que nous sommes laids ? Ils rêvent de nous réformer, pour nous rendre dignes des « autres » ?

Et si cela était le résultat d’une stratégie plus ou moins délibérée des USA de faire un monde à leur image ? Peut-être aussi la rançon de leur succès : leur culture a gagné un monde admiratif, et il n’y a pas plus influençable que ses élites, girouettes faute de racines ?

Inspiration

Je me suis intéressé à l’artiste sur le tard. Comme souvent, j’avais tort. L’artiste moderne n’est plus un artisan qui a appris son métier d’un long compagnonnage. Depuis le 19ème siècle, au moins, c’est un intellectuel. C’est un « bourgeois bohème », il vient d’une famille aisée qui lui a payé des études. Sa vie est oisive. Au fond, toute son oeuvre consiste à se rebeller contre sa classe, à « épater le bourgeois ».

Son art est refus de la société et de la réalité. Il cherche l’inspiration dans la drogue et la destruction des traditions, de versification ou autre. Et cela débouche sur une impasse. L’artiste moderne est un être absurde ? En dehors d’un extraordinaire sentiment de supériorité, il n’a rien à dire ? Il n’a pas appris l’humilité, c’est son drame ?

Panne de pensée

Ce qui me frappe, depuis la première élection de Trump, est à quel point Barack Obama fait profil bas. A tort ou à raison, il me semble qu’il pense être responsable de la situation actuelle des USA. D’ailleurs il fut un président impuissant. Il croyait avoir trouvé la panacée et il fut mis en échec. Il symbolise la fin d’une ère ? Celle de la raison et de l’élite. Celle-ci a pêché par « hybris ». Et elle a récolté la tempête ?

Que va-t-il arriver ? Le grand enseignement de la présidence Trump, et probablement de celle d’Hitler avant lui, est à quel point nous sommes incapables de penser. Notre éducation produit un carcan intellectuel. Pire : ce que nous appelons raisonner consiste, je le soupçonne, seulement à répéter l’opinion commune.

(Une anecdote. Il y a longtemps j’interviewais, dans le cadre d’une mission, le président d’un Comité économique et social régional. Je ne devais pas avoir l’attitude d’approbation habituelle, car il m’a demandé, à la fin de l’entretien, quasiment, s’il avait répondu correctement…)

Classique observation de systémique ? A force de vouloir forcer l’homme à « bien » penser, on ouvre en grand la porte au « mal » ? Et peut-être même qu’on le crée ? Jekyll et Hyde ?

Elite et intellectuel

Elite et intellectuel sont deux mots qui sont entrés progressivement dans ce blog. Originellement, ils ne faisaient pas très sérieux. Mais il a fallu en arriver au constat qu’ils définissaient notre époque.

Ils ne faisaient pas sérieux, parce que ce sont de « faux amis ». Notre élite intellectuelle n’est ni élite, ni intellectuelle. Quelle est-elle alors ?

Politique, au sens actuel du terme. Elle est un virtuose de la parole, mais pas de la raison. Et de la manigance. Elle a exploité le « système » à son avantage.

Au coup d’avant, on a trop insisté sur la raison, en particulier celle de l’ingénieur. Un homme des cavernes ce n’est pas séduisant.

L’homme idéal est un équilibre ? Peut-être aussi faudrait qu’il soit un rien Homo Faber ? Il n’y a pas que le logos dans la vie ?

L’ère du bien

On n’a pas assez parlé de Sam Bankman-Fried.

Fils de deux universitaires du plus haut niveau, l’aristocratie américaine. Il est, naturellement, un génie. Le petit génie type : celui qui reste toute sa vie un enfant, qui vit en pyjama, et passe de l’école aux commandes de l’économie. Le génie ne peut qu’être original. Durant ses études, qu’il fait dans les meilleures universités, il est marqué par les cours d’un illustre philosophe. Il enseigne comment faire le bien.

Le génie a une idée géniale : la solution finale à la question du bien : monter un fonds qui investisse dans le bien. Du fait de ses relations, il est vite milliardaire. Il est furieusement à la mode. Il est fréquenté par ce qui se fait de mieux. Seulement, on finit par s’inquiéter de ses placements. Il se retrouve en prison.

Tout le portrait de « l’élite de notre temps » ?

Mal français

Qu’est-ce qui fait de nous un pays consternant ?

Le phénomène semble remonter à Louis XIV. Depuis lors la France essuie défaite sur défaite. Et pourtant son ridicule ne meurt jamais.

Et si notre mal était « l’aristocratie », « l’élite » ? Celle de Louis XIV a fasciné son temps. Depuis nous ne cessons de la réinventer. A chaque fois, un processus de sélection qui leur fait croire qu’ils sont des génies porte au pouvoir des arrogants sans expérience pratique.

Au moins, Louis XIV avait-il une armée qui savait se battre, mais aujourd’hui, tout le monde se croit élite.

Comment modifier cette organisation sociale ? Et, peut-être aussi avant de commencer, faudrait-il se demander quelle en fut la contrepartie pour le peuple ? Une formation à l’impuissance ?

Nobel de la classe moyenne

Acemoglu invite les démocraties à cesser de s’appuyer sur un personnel politique déconnecté et sur une bureaucratie qui produit des technocrates sophistiqués mais enfermés dans des certitudes intangibles. Le changement qu’il appelle de ses vœux consiste à cesser de produire des politiques dont le but, souvent inavoué, est de servir les désirs des élites et des entreprises. Autrement dit, il s’agit de reconnaître que les citoyens ont de bonnes raisons de se sentir ignorés, voire méprisés.

Article

Nouvelles des derniers prix Nobel. Selon une de mes thèses, ils sont d’actualité. Et, curieusement, cette actualité semble être l’opinion de ce blog…

Là où il peut y avoir divergence, c’est sur la façon de mener le changement. Mais cela est une autre histoire.

Faible constitution

Je ne suis pas le seul ! me dis-je. Je lis les travaux d’un spécialiste de la constitution. Comme moi, il estime que seul le référendum devrait pouvoir changer la constitution.

Pourquoi n’est-ce pas ou plus le cas ? Mon hypothèse, très « théorie du complot », est que nous sommes dirigés par une « élite » qui veut faire, comme tout élite, notre bien contre notre volonté. S’il y a « élite » cela ne signifie-t-il pas que la masse est animale ?

L’ère du PDG

The Economist observait, il y a déjà quelques années, que M.Clinton avait exercé une véritable fascination sur les hommes politiques occidentaux. C’était le modèle du président PDG, qui vit dans le faste des multinationales, entre deux avions, et qui devient extrêmement riche.

Je soupçonne que ce modèle du PDG salarié est celui qui s’est imposé. L’après-guerre a vu la prise de pouvoir sur la politique et l’économie par le diplômé de « sciences » administratives. Comme toute aristocrate, il s’est inventé une histoire qui justifiait sa supériorité génétique. Il était « l’élite ». Il avait été sélectionné par l’école (qui entre-temps avait singulièrement réduit son niveau et l’étendue de son recrutement). Comme le noble, il se « montrait », pour impressionner la populace par sa prestance.

(Responsable mais pas coupable ? Je soupçonne que l’on est « pensé » par la société. Notre responsabilité est de la faire évoluer de façon à ce qu’elle évite l’erreur ?

J’en suis arrivé à croire que le « libre arbitre » ne veut rien dire, de même que le déterminisme. En revanche, tout va mieux si l’on est persuadé que l’on a une responsabilité, et si l’on nous juge pour des responsabilités que nous n’avons pas assumées.)

Manifestons ?

La France suit l’exemple américain. On y occupe des universités. Qui sont les manifestants ?

une contagion qui touche la plupart des Instituts de Sciences Po, et d’autres universités comme la Sorbonne, Toulouse, Lyon, Strasbourg, Saint-Etienne et Rennes ; cette mobilisation est concentrée sur des établissements de sciences humaines et d’élite, mais les grandes écoles dans leur ensemble (écoles d’ingénieurs et de management par exemple) n’ont pas rejoint le mouvement.

Quant au pays ? Globalement, il ne sait pas quoi penser.

57% des sondés sont neutres ou se disent pas assez informés vis-à-vis d’Israël comme État, 52 % le sont vis-à-vis de l’Autorité palestinienne, et 43% le sont vis-à-vis du Hamas. Globalement ce dernier est largement rejeté (3% de sympathie pour l’ensemble des sondés, 54% d’antipathie) alors qu’Israël bénéficie d’une image plus favorable (28% de sympathie, et 15% d’antipathie).

L’article parle de la « force des images ». Serait-ce ce qui régit nos démocraties ?