Faut-il voter pour voter ?

Quelle abstention ! Démocratie en danger ? 

Quels sont les enjeux de cette élection ? Pour commencer, en dehors des sortants, il n’y avait que des inconnus. Même le FN ne fait plus le spectacle, depuis qu’il recrute des mercenaires venus de partis traditionnels. Ensuite, une nouvelle équipe régionale aurait-elle fait mieux que l’ancienne ? En tout cas, dans la grande tradition française, elle serait, par principe, repartie de zéro, sans même prendre la peine de tirer de conclusions de l’expérience passée. On a évité un changement.

Vous voulez que l’on vote ? Donnez-nous envie de nous déplacer ? dit le Français ?

Le biais de confirmation remporte les élections ?

Plus facile d’interpréter que de prévoir ! Que penser des dernières élections ? Peu de votants, cela semblait prévisible. Effet covid ?  Quant aux résultats, la surprise semble le relatif faible score du FN (tout de même souvent second). 

Pour le reste, ceux qui ont gagné sont ceux qui dirigeaient, et qui ont fait leur travail pendant l’épidémie. C’est ainsi que mon homme politique local, fort peu charismatique par ailleurs, obtient à chaque élection des scores dignes d’une république soviétique. L’idéologie perdante des élections ?

Paradoxalement, bon pour M.Macron ? Lui aussi était aux commandes pendant l’épidémie. Mauvaise affaire pour les partis traditionnels ? « Biais de confirmation » : il doit maintenant y avoir une bonne dizaine de personnes qui se sentent appelées par la France pour la gouverner ?

L'invention du centre

Article d’analyse des régionales. « L’analyse de l’offre électorale pour ce premier tour des régionales confirme trois points : (1) la perte de centralité du PS à gauche, maintenant concurrencé par EELV ; (2) l’émergence d’un pôle centriste gouvernemental ; (3) le maintien d’un affrontement à droite entre l’alliance LR-UDI et le RN« .

M.Macron est-il le représentant de la mondialisation heureuse, comme on le lit, ou a-t-il fait renaître « le centre » ? Doit-on y voir la réapparition d’une caractéristique nationale propre, qu’elle se soit appelée radicalisme ou gaullisme ? Quant au RN, il semble un amalgame nouveau. Le camp des mécontents ?

Le nationalisme a tout de même gagné

Le nationalisme a-t-il perdu les élections ? Quand il est français, oui, mais, pas quand il est corse ! Les nationalistes sont premiers en Corse (35,6%). Le FN, significativement ?, y fait un faible score (9%).
Que penser de cette curieuse nouvelle, qui semble laisser tout le monde indifférent ? Quel est le programme des nationalistes corses ? Article des Echos :
Notre démarche, qui va bien au-delà des nationalistes, est de montrer que ce pays est bien davantage qu’une simple circonscription administrative mais une nation.
Plus précis : 
  • « Renaissance économique. » Cela ressemble fort à de l’autarcie : « maîtriser les transports, donner la priorité à l’agriculture, à la pêche et au tourisme de qualité, tendre vers l’autonomie énergétique et investir dans la recherche et l’innovation« . 
  • « Sur un plan plus dogmatique, ils revendiquent la « corsisation des emplois », la préférence corse aux emplois à compétences égales. »

Est-il significativement moins « diabolique » que celui du FN ?…

(PS. Un chroniqueur de France Culture, le 15 décembre matin, a fait une véritable déclaration d’amour au dirigeant nationaliste : à y perdre son latin ?)

    Le FN progresse

    Le Front National me semble encore avoir progressé. Et pourtant, il a quasiment tout ce qui a un pouvoir d’influence contre lui. Qu’est-ce que cela signifie ? Ses électeurs sont-ils porteurs du mal, comme l’affirment nos élites dirigeantes, ou des êtres humains ? Jusqu’à quand une partie de la population peut-elle être privée de voix ? Jusqu’à ce qu’elle soit la majorité ? Je me demande si nous ne ferions pas bien de sortir de l’idéologie et du prêt à penser, pour, simplement, écouter ce qui se passe. 
    Je m’interroge. Est-ce que cette forme d’incommunicabilité ne vient pas d’une « fracture sociale » qui se serait encore accrue depuis J.Chirac ?
    Dans cette histoire, il y a quelque chose d’extrêmement préoccupant. Les procédés de nos gouvernants sont de moins en moins démocratiques. Peut-être devraient-ils réfléchir à deux fois, avant de scier la branche sur laquelle ils sont assis ? Si nos politiques ne croient pas à la démocratie, qui y croira ? Peut-être devraient-ils se dire qu’elle doit avoir, si l’on cherche bien, les moyens de résoudre tous les problèmes ?

    (PS. J’ai lu après avoir écrit ce billet que le FN avait eu 6,6m de votants.)

    FN révélateur d'un besoin de changement ?

    France Culture s’interroge sur les raisons des succès électoraux du FN. Voici comment je modélise ce que j’entends :
    Thème
    Le problème
    La solution FN
    Autre solution
    Intégration
    Société en jachère, désœuvrée, no future, guerre de tous contre tous, d’où constitution de communautés en conflit.
    Rejet Islam / immigration
    Une société « normale », où chacun a une place, un rôle, un emploi… (La mission de l’Education Nationale était traditionnellement d’assurer cette intégration.)
    Europe
    Impose le modèle social ci-dessus, qui cause le désordre. Impose l’intérêt de lobbys.
    Rejet de l’Europe
    Utiliser l’Europe pour promouvoir les intérêts de ses constituants.
    C’est un rejet du « libéralisme » entendu au sens de « laisser-faire ». Définition de gauche : la société opprime l’individu, elle ne doit plus rien lui imposer. Définition de droite : chacun pour soi, logique du marché qui veut la concurrence.
    C’est aussi une inversion du mouvement du changement. Après avoir été imposé du haut vers le bas, le bas veut se faire entendre.
    La transition est périlleuse. En effet le haut, « les intérêts spéciaux », risque de prendre peur. Or, il a un formidable pouvoir de nuisance.

    • Les forces de la pensée (intellectuels, presse) diabolisent tout ce qui ne dit pas comme elles, faisant ainsi le jeu des extrêmes en empêchant la recherche de politiques durables. 
    • La finance est internationale, et elle abat les contrevenants.  
    Mais tout ce monde n’est pas idiot. Il peut comprendre, comme il l’a déjà fait par le passé, qu’il vaut mieux lâcher un peu, voire ce qui n’a aucune valeur pour lui, que tout perdre, en jouant à l’apprenti sorcier. 

    Rejet d'Europe

    Pourquoi en veut-on tant à l’Europe, partout en Europe ? Stéphane Rozès disait hier qu’on lui reprochait « l’illusion » d’avoir cru que l’on pouvait fusionner, en force, les peuples européens soit par « l’économie« , soit par la « gouvernance« , la technocratie. Sans compter que ces politiques seraient perçues comme servant les intérêts de « minorités agissantes« . D’où réaction : refus de la « contrainte extérieure« , désir d’un destin national, surtout ?, d’une « volonté politique« . 
    Nicolas Sarkozy et François Hollande auraient parfaitement compris la nature du malaise du pays. Mais ils auraient été incapables de se faire entendre par l’Europe. Marine Le Pen aurait donc un sacré vent en poupe : loin de représenter une clique de moutons fachos, elle serait porteuse d’un projet largement partagé. Jeanne d’Arc ?
    (Cela signifierait aussi que l’argumentation actuelle du gouvernement ne viserait pas tant à montrer que le programme du FN est dangereux qu’à justifier sa propre impuissance. Cela rendrait même contre-productif l’argumentation du Medef et de certains titres régionaux selon laquelle un vote FN rendrait la France infréquentable par les investisseurs étrangers : c’est donner raison à l’argument de l’impuissance politique et des « minorités agissantes« .)

    FN et élections régionales

    Pour une fois les sondages ont marché. Ce qui dit peut-être que le FN repose maintenant sur du solide. Là où il n’y a pas eu de changement : il semble que ce soit, encore une fois, plus l’opposition qui ait été sanctionnée que le gouvernement. 
    Où cela nous mène-t-il ? La situation a tout d’un blocage systémique. 
    J’ai jeté un bref coup d’œil aux réseaux sociaux. J’ai vu une caricature de moutons envisageant de voter pour le loup, afin de faire réfléchir le berger et un tweet de Jean Quatremer disant qu’il y avait « 30% de fachos en France ». Voilà la façon dont le Français considère le Français : soit comme un facho, soit comme un mouton, de préférence les deux ? Quant au berger, va-t-il vouloir entendre un mouton facho, ou lui donner ce qu’il paraît demander : un loup ? En outre, n’est-il pas une illusion de croire que la sanction fait réfléchir le politique ? Un homme politique est un survivant, du fait même de la sélection naturelle qui l’a porté au pouvoir. Plus il est en difficulté, plus il s’accroche ?
    Un tel cercle vicieux peut-il avoir un terme ? Si un des partis de gouvernement, ému par ses revers électoraux, remplace son leader par quelqu’un qui ne considère pas les Français comme des moutons fachos ? 

    Élections régionales (fin)

    Avant d’aller voter, j’ai lu les dépliants des candidats. Comparaison UMP / PS :

    Découverte. Les régions sont riches (4,5md de budget dit l’UMP) et ont une impressionnante capacité d’intervention (le PS parle d’investir un md€ pour la santé), y compris en appui de l’économie (le PS veut investir dans des PME, l’UMP annonce un « plan de relance »). Tout cela aurait dû donner un débat passionnant : pour une fois, il est question de sujets qui nous concernent tous les jours (par exemple la ligne 13 du métro, repérée par PS et UMP). Pourquoi n’a-t-on rien entendu ?

    L’UMP semble proposer pas mal de choses en commun avec le PS, mais plus vague, plus brouillon, moins de chiffres, tentation de jouer sur la crainte (vidéo protection) ? Surtout une brochette d’extraterrestres, des « people » parachutés de ministères ou de secrétariats d’État (qu’ils occupent pour une raison difficile à saisir).

    Je me suis demandé si l’UMP avait parié sur la communication, plutôt que sur le fond.

    Compléments :

    • Un de mes anciens collègues, qui vit aujourd’hui à Montpellier, m’a dit que l’immense force de Georges Frêche était de croire en sa région, d’avoir de grands projets pour elle.
    • Je ne suis pas sûr que le poids des régions soit pris en compte dans le fonctionnement du pays. Quid du bon usage, et du contrôle démocratique, de leurs ressources énormes ? De l’articulation des actions nationales et régionales ?…