Cumul

Les députés auraient perdu toute crédibilité. Le spectacle qu’ils viennent de nous donner en serait la cause. En revanche, les sénateurs et les « élus de terrain » jouiraient de la considération générale. C’est ce que l’on m’a dit.

Il est possible que tout cela résulte d’un changement malencontreux. Un temps, il était de bon ton chez les intellectuels bien en cour de dénoncer le « cumul des mandats », qui faisait que les députés n’avaient pas de temps à consacrer aux intérêts de la nation.

Il y a quelque temps on m’a conseillé de contacter un député. Lorsque j’ai regardé son CV, j’ai constaté qu’il avait quitté un poste de professeur au MIT pour se faire élire. Une exception, comme Cédric Villani ? Ou une règle : ces gens sont venus pour nous imposer des idées qu’ils avaient pêchées dans l’espace interstellaire ?

Voilà à quoi servait le cumul des mandats : à mettre le député de plein pied dans la réalité ? Acceptons la nature humaine telle qu’elle est ?

On refait le match

Cette dissolution aura eu au moins un intérêt : elle m’a fait m’intéresser à la politique.

Il est amusant de jouer les commentateurs politiques. Je comprends la joie des fans de football, vautrés dans leur canapé.

Observations ?

  • J’ai toujours tort. J’ai cru les sondages. Lorsque je regardais les résultats de ma circonscription, il me semblait que le candidat de gauche allait gagner haut la main (le candidat présidentiel, ancien député, arrivé 3ème s’étant désisté), ce qui me laissait croire qu’il en serait de même partout, mais on me disait que « selon des rumeurs », ce pourrait être le contraire. J’avais fini par croire que je devais être, contrairement à ce que je pensais, dans une banlieue bobo.
  • De l’importance du mode d’élection. Dans le système anglais « first past the post » (en un tour), le FN serait largement majoritaire (près de 300 députés). D’ailleurs, il a obtenu, aux deux tours, autant de voix que les travaillistes en Angleterre, dont la victoire est « historique ». Or, il a moins de députés que le Front Populaire, qui a moins de voix que lui.
  • La France est unique en ce qu’elle dit à un tiers de sa population qu’elle est l’incarnation du mal. Ailleurs, on peut employer le mot « immigration » sans être condamné à l’indignité nationale. Par exemple tout le personnel politique britannique l’utilise.
  • Le niveau d’impréparation du FN était stupéfiant. Dans ma commune sa représentante n’avait même pas droit à une photo. On me demandait de voter pour Mme Le Pen et M.Bardella. Et, il n’avait visiblement pas de ministre sérieux à aligner.
  • Il se pose la question de la signification du politique. Ma ville, qui vote d’ordinaire massivement centre droit, a, cette fois-ci, voté assez massivement à gauche, pour un candidat appuyé par la tendance dont elle ne veut pas pour sa mairie.
  • Pour le reste, il se pose la question de la cohabitation, ainsi que je l’écrivais récemment.
  • J’entendais la BBC dire que la cohabitation serait douloureuse et que nous devrions voter de nouveau dans un an. Nos politiques ont-ils un an pour nous faire bonne impression, s’ils veulent avoir un avenir ?

M.Macron aurait-il réussi à mettre une classe politique irresponsable depuis qu’elle existe (un siècle et demi) en face de ses responsabilités ?

Ce blog répète « rien ne va plus ». Mais cela semble encore plus le cas que d’habitude. Possibilité à la fois de paralysie et d’un changement brutal, le monde politique n’étant plus structuré par rien ?

Les raisons du diable

Alors, pourquoi ces arguments, que je ne suis certes pas le premier à évoquer, percolent-ils si médiocrement dans le public, de gauche en particulier ? On l’aura deviné à la lecture, c’est que quatre de ces six points (l’international, l’économie, les institutions, et de manière partielle l’écologie) sont plus ou moins communs avec la gauche radicale, qui a pour l’essentiel fait passer ses vues dans le programme du Nouveau Front Populaire. Ce n’est que sur l’immigration que les divergences éclatent vraiment. Il est donc plus simple d’inventer un « RNbis », mythifié, ectoplasme aisé à pourfendre. On se fait plaisir, mais c’est tragiquement inefficace.

Article.

Pourquoi dit-on que le RN c’est le diable ? Parce que ce que son programme a de réellement dangereux est présent dans celui de l’extrême-gauche, et que c’est l’extrême gauche qui fait la politique du front anti RN.

Avec un raisonnement aussi subtil, comment être étonné que nos gouvernants se soient auto proclamés « élite » ?

Présidentielles

Je lisais que M.Attal disait que l’on en était revenu à la 3ème République. Désormais, on élit un premier ministre.

Peu rassurant : la 3ème République fut la période de l’instabilité. La France fut risible. A moins que ce soit une façon élégante de faire oublier son triste sire de président ?

Il est aussi dit que les programmes extrêmes pourraient provoquer un chaos financier. Ce qui semble d’autant plus vraisemblable que l’économie du pays est une bombe à retardement. (Il est étonnant qu’autant de monde veuille le diriger, d’ailleurs. Le politique est un optimiste increvable ?)

Un scénario d’avenir pourrait donc être une nouvelle présidentielle. Dans ces conditions un enjeu de cette élection pourrait-il être de faire la meilleure impression possible, afin de gagner la prochaine ?

Double tour

La presse étrangère semble penser que le premier tour de nos législatives permet d’exprimer son mécontentement, et le second la raison.

Seulement, il n’y aura plus beaucoup de monde au second tour. En particulier, le parti présidentiel pourrait en être quasiment absent. Le camp « non FN » risque d’être remarquablement hétéroclite.

Alors, le président peut démissionner. Ou, semble-t-il, exercer l’article 16 de la constitution, et prendre les pleins pouvoirs comme lors de la guerre d’Algérie.

Les caprices de Marianne ?

Depuis l’élection de 2017, un problème m’a semblé insoluble : celui du député présidentiel. Un président doit avoir une majorité à l’assemblée nationale. Or, les députés de M.Macron n’avaient aucune légitimité. Ils formaient un groupe hétéroclite, création spontanée d’une opportunité. 

Ce qui m’a surpris, c’est que M.Macron n’a rien fait pour résoudre cette question : il n’a jamais consenti aucun effort pour courtiser les élus de terrain. Il est même probable qu’il ait fait tout le contraire : alors qu’ils se lamentent de la « désertification » de leur territoire, il ne rêve que de leur couper un peu plus les vivres, au nom de l’équilibre des finances de l’Etat. 

Entre temps, il y a eu d’étonnants rebondissements. M.Zemmour est survenu. On a cru un temps qu’il allait ébranler Mme le Pen et faire réussir Mme Pécresse. C’est le contraire de ce qui s’est passé. Mme Le Pen a été « dédiabolisée », et elle a saisi le sujet qui, justement, ne concerne pas M.Macron : le sort de ce que l’on appelle maintenant la « France périphérique ». Puis il y a eu un sursaut. M.Macron a été élu. Alors M.Mélenchon, manoeuvre géniale !, s’est emparé du podium et a phagocyté la gauche. Mais, une fois de plus, il y a eu plus de chaleur que de lumière. 

Eh bien, ce feu d’artifice de surprises n’a rien changé. Pour une fois, je n’ai pas eu tort. M.Macron n’a pas de majorité à l’assemblée. 

M.Mélenchon, par Delacroix

Habile M.Mélenchon. Après avoir absorbé la gauche, il éclipse Mme Le Pen. 

Son programme ? Aussi vieux, et aussi efficace, que nos révolutions. C’est l’affirmation de principes. L’éthique de la conviction, et non l’éthique de la responsabilité, dirait Max Weber. Le paradis émerge de ruines fumantes. M.Mélenchon, en liberté guidant le peuple, façon Delacroix ?

Mais cette liberté présente une nouveauté. Ce qu’elle promet, c’est l’écologie. Si, dans le tableau de Delacroix, M.Mélenchon a remplacé la liberté, le Bobo pauvre, lui, a remplacé le peuple ?

Et si cela faisait les affaires de M.Macron ?

Troisième tour ?

Que vont donner les élections législatives ? me demandé-je, bien avant les péripéties de l’élection présidentielle. 

Rebondissement : je lisais que des candidats LR refusent le combat. 

Le député est l’âme de la démocratie. Il est nous, il est le représentant du peuple. Or, aujourd’hui, il n’est plus que le représentant du candidat qu’il sert. Il est M.Macron, Mélenchon ou Madame Le Pen. Il n’a plus aucune personnalité propre. Curieux renversement, dont la systémique a le secret. Voilà un changement dont on parle peu, malheureusement. 

Le problème, est-ce le troisième tour, ou le sens même de notre démocratie ?

Chambre des députés : à réinventer ?

Curieuse situation. Notre président a probablement de bonnes chances d’être réélu. Mais il n’a pas de parti. Au lieu d’élire un président il faut remplir la chambre des députés d’inconnus dont le seul mérite est de lui permettre de présider. 

Il y a un double problème, probablement. L’électeur ne se reconnaît plus dans un certain type d’homme politique. On « n’est » plus communiste, comme on « est » supporter de l’OM. D’autre part, l’histoire récente a montré que nos gouvernements étaient gouvernés par des modes, en outre venues de l’extérieur. Les deux questions sont évidemment liées : ces gens sont des girouettes.

Mme Merkel est « pragmatique ». Elle a beaucoup changé de cap. On pourrait la croire sans conviction. Mais elle a un objectif, qui est probablement l’intérêt de son pays, la défense de ses valeurs, et elle louvoie pour parvenir à son but. Idem pour nos élus locaux. Maires et sénateurs, en majorité, se confondent avec l’identité de leurs terroirs. Ils font bien plus que défendre leurs intérêts, ils croient en eux. Ils n’aspirent pas au pouvoir, pour le pouvoir.

Conclusion ? Il faut réinventer une fonction pour le député. Une fonction qui fasse qu’il soit si heureux d’être député, qu’il n’ait pas d’autre ambition ?

Anxiété de survie

Elections législatives. Le parti de M.Macron a une grosse majorité, mais pas celle attendue. Je me demande si cela n’illustre pas une théorie d’Edgar Schein. 
Le changement est une question d’anxiétés. Anxiété de survie (est-ce que cela compte pour moi ?), Anxiété d’apprentissage (est-ce que je sais comment aborder le changement ?). 
Dans ce cas, il est possible que ce soit un problème d’anxiété de survie. Au premier tour, l’électorat était soucieux d’avoir un gouvernement stable. Une fois celui-ci assuré, la motivation à voter n’y était plus. M.Macron ne déplace pas les foules.

(Les ajustements ne sont pas exceptionnels : il me semble que c’est ce qui est arrivé à M.Sarkozy, il y a dix ans. Comme quoi, notre démocratie laisse une marge de manoeuvre à l’électeur, qui lui permet d’exprimer un message un peu nuancé.)