Printemps arabes : leçon de négociation ?

Je cite une étude qui s’étonne des printemps arabes. Pourquoi l’Occident a-t-il lâché des régimes qu’il avait soutenus pendant des décennies, alors qu’ils n’avaient rien fait de neuf ?

La raison est peut-être évidente : l’URSS. L’URSS disparue, ces régimes ne servaient plus à rien. Et ils avaient deux vices : leurs valeurs n’étaient pas occidentales ; ils refusaient le marché. On dit parfois que l’Amérique a soutenu des dictatures, mais elle l’a fait à contre-coeur ? Ce n’était pas dans sa nature ?

Cette histoire illustre les théorie de négociation en situation de conflit de Thomas Schelling, économiste. Les dictateurs pensaient qu’ils étaient utiles à l’Occident : ils étaient un rempart contre l’islamisme (ou nom plus adapté). Ils se croyaient donc inattaquables. Mais un tel atout n’est utile, dit T. Schelling, que lorsqu’il est perçu. Or, les élites, farcies d’utopies, qui dirigent l’Occident ne le voyaient pas. D’où la tactique de M.Assad : il a utilisé ce que W. Ury appelle le « non pédagogique ». Il a vidé ses prisons de leurs terroristes pour que l’Occident apprenne par l’expérience qu’il avait plus à gagner en jouant avec lui que contre lui. Celui qui remporte une négociation conflictuelle est celui qui est prêt à se suicider.

Le problème avec les dictateurs

Samedi, j’entendais parler de Sadam Hussein. En sous-main, il aurait encouragé certains courants extrémistes, ennemis de ses ennemis. On les retrouverait aujourd’hui.

C’est curieux. C’est aussi vrai de Bashar el Assad, qui a relâché les pires fanatiques de ses geôles, de façon à apparaître comme un rempart face au chaos. Et il en était peut-être de même avec M. Kadhafi. Il semblait penser que l’Occident ne prendrait pas le risque de le liquider, puisqu’il contenait Al Qaeda.

Les changements que l’Occident a tentés en Orient ont raté. Que ce soit le dictateur, la démocratie (parfois par la force, comme en Iraq) ou les bombes (qui se préparent). Et s’il était temps de se demander s’il n’y a pas d’autres solutions, un peu moins théoriques, qui tiennent compte de la nature des cultures concernées ?

Une France de croisés ?

Les opposants au mariage pour tous se sont reconvertis dans l’opposition à une intervention en Syrie, dit le Monde. Leur motivation serait la défense de la minorité chrétienne (orthodoxe), actuellement protégée par M.Assad. M.Poutine serait leur héros.
Ce qui est un peu étrange, historiquement parlant. En effet, les orthodoxes ont été traditionnellement les ennemis des catholiques romains. Et les derniers ont organisé des croisades spécifiquement contre les premiers. Les chevaliers teutoniques en furent les champions. Et ce sont probablement bien plus les croisades qui ont abattu Byzance, que les Ottomans. Or, Byzance c’était ce qui survivait de l’empire romain…
Apparemment, pour ces activistes, il y a deux types d’hommes. Les bons chrétiens et les autres, qui peuvent crever. Pour sauver les premiers ils sont prêts à pactiser avec M.Assad. Or, pour répondre au mécontentement de ses concitoyens, il a choisi la force. Non seulement ce choix a produit plus de cent mille morts, mais c’est aussi lui qui est à l’origine de la présence d’Al Qaeda dans ce conflit. Car, c’est lui qui a fait sortir ses membres de ses geôles. L’aide de la Russie et de l’Iran n’aurait-elle pas pu lui servir à autre chose qu’à acheter des armes ? D’autres pays ont connu des troubles, aucun ne les a réglés à la manière Assad. M.Assad ne commence-t-il pas à sentir un peu le soufre ?
Comment justifier cette position ?  Une frange de la population française se sent attaquée par les valeurs du libéralisme, anglo-saxon ? Un individualisme dont le cheval de Troie est une certaine idée des droits de l’homme (voir billet précédent) ? Certes. Mais cela n’excuse ni l’irresponsabilité, ni la lâcheté. 

Faut-il intervenir en Syrie ?

Que l’Occident peut-il apporter à la Syrie ? Encore plus de chaos ? Et même un chaos qui devient régional ? Mais The Economist a peut-être raison…
Quelques idées sur le sujet :
  • M.Assad défie les USA. Ils ne peuvent pas ne pas agir sans perdre la face.
  • Surtout, il me semble que c’est le moment d’affirmer quelque chose qui mériterait d’être une valeur de l’Occident. A savoir qu’un conflit ne se règle pas par la force, et la mort d’êtres humains, mais par la discussion. J’avoue être assez mal à l’aise avec une doctrine des droits de l’homme militante. Elle me semble n’être rien d’autre qu’une forme d’impérialisme culturel. En revanche, comme dans les théories de Richard Dawkins, je crois qu’il peut être bon de proposer quelques nouvelles idées à la sélection naturelle des idées mondiales, et de se battre pour elles. Si elles apportent quelque-chose à l’humanité, elle les retiendra. Mais, pousser cette idée signifie quelque-chose d’important pour l’Occident. Il doit acquérir un savoir faire nouveau. Devenir un donneur d’aide mondial. Une force capable d’amener des différends entre groupes sociaux à une issue pacifique. Union européenne et pas guerre d’Irak, en bref.
  • Une frappe forte en Syrie peut montrer à M.Assad que l’Occident ne le laissera pas gagner. Bien entendu, cela peut le pousser à la folie. Ce qui conduirait à une explosion locale. Mais, de toute manière, si le conflit s’éternise, c’est ce qui arrivera.  

La Birmanie s'ouvre au monde, et l'Europe est toujours aussi désespérante

The Economist encourage M.Obama à réformer ses régimes sociaux. Il propose des mesures qui dépassent mon entendement limité. Mais il me semble qu’il sera difficile de réformer à un moment où les finances des USA semblent s’améliorer miraculeusement.
En Europe, comme d’habitude, tout va mal. L’Espagne est dans une mauvaise passe. Elle a pourtant réformé ferme et l’électorat se laisse faire. Elle commence même à attirer les entreprises d’autres nations de l’UE. Mais elle dépend de ses exportations dont deux tiers vont vers une euro-zone en pleine dépression. The Economist voudrait plus de réformes. Mais cela va être difficile à avaler. The Economist a enfin compris la ligne directrice de M.Hollande : l’ambiguïté. (Il ne lui reste plus qu’à lire Hannah Arendt.) En tout cas, le journal est inquiet pour la France qui « pourrait couler l’Europe ». L’Europe, aurait, comme l’Espagne, besoin de réformes, mais « les gouvernements ont dépensé tellement de capital politique à promouvoir l’austérité, qu’ils pourraient être trop affaiblis pour libéraliser leurs économies ». « L’infortuné » M.Hollande a peut être raison : « il serait erroné de penser que l’euro peut survivre sans un plus important partage de risques ». Mais l’opinion de la France ne pèse pas lourd, ces temps-ci.
L’économie anglaise irait apparemment un petit peu mieux. Ce qui permettrait de réutiliser la planche à billets sans effet adverse.
La Birmanie s’ouvre brutalement au monde, après un demi-siècle d’isolement. C’est un (des rares) succès pour la politique asiatique de M.Obama. Le pays pourrait profiter d’une situation géostratégique exceptionnelle (entre l’Inde et la Chine, notamment). Mais il est constitué d’une multitude d’ethnies. Ce qui le rend extrêmement fragile. Cela explique peut-être l’importance que l’armée a joué dans son gouvernement. Elle était nécessaire pour le conserver en une seule pièce. On se prépare à négocier avec M.Assad. Car on a peur que les islamistes profitent de sa chute. Mais l’armée de M.Assad ayant l’avantage, il n’a pas grand intérêt à lâcher quoi que ce soit. Ce qui inciterait l’Angleterre et la France à donner des armes à ses opposants. L’Amérique chercherait, elle, à gagner du temps. « Mais pour quoi ? »
Les grandes entreprises vont-elles payer plus d’impôts ? On en parle beaucoup, les « entreprises américaines ont amassé de l’ordre de 1900 md$ à l’étranger, protégés du percepteur américain »,  mais il y a peu de chances que cela se fasse. Les intérêts de pays comme la Grande Bretagne, l’Irlande ou le Luxembourg s’y opposent. Yahoo achète 1,1md$ Tumblr, qui gagne 13m$. Ce type d’acquisitions devrait se multiplier : « les géants du Web nagent dans l’argent ». C’est aussi le cas dans d’autres secteurs. Et c’est pour cela que les fonds d’investissement « activistes », se préparent à lancer l’assaut.
Il n’y a pas que les Chinois qui utilisent Internet pour l’espionnage industriel. L’Inde, et bien d’autres, s’y mettent. Pour vendre des armes, il faut proposer à l’acheteur des projets qui aident son économie. Curieusement, ce serait une forme de subvention déguisée à certains secteurs du pays acheteur que le dit pays paierait au prix fort. La pratique aurait son origine aux USA. « Ils avaient forcé l’Allemagne à acheter des armes américaines pour compenser le coût du stationnement de troupes en Europe ». Elle aurait de beaux jours devant elles. En effet, les industries de l’armement de l’UE et des USA ont besoin de nouveaux marchés.
Il semble que l’on puisse corréler les mots que nous employons avec les caractéristiques de notre comportement. Une bonne nouvelle pour le marketing. Ces temps-ci la recherche découvre que l’être est un écosystème. Dans cet épisode on apprend que certains virus peuvent constituer une sorte de système immunitaire. 

Chronique d'un monde en panne ?

Ce que j’ai lu de The Economist.
Le chômage des jeunes n’en finit pas de croître. Parmi les raisons classiques, une qui l’est moins : les entreprises ont plus de mal qu’avant à trouver des personnels qualifiés, parce que, contrairement à ce qu’elles faisaient, elles ne les forment plus… Peut-on à la fois désirer la dislocation de l’Etat et s’attendre à ce qu’il donne un enseignement à vos employés ? me suis-je demandé.

Aux USA, la discrimination positive pourrait disparaître. (Qu’en penser, alors qu’il y a encore peu on nous disait d’imiter l’Amérique ?) L’Angleterre vit d’expédients. Pour améliorer les comptes de cette année, l’Etat veut vendre ses dernières participations. La bourse de Londres semble aussi s’être laissé aller. Elle a coté des entreprises kazakhs et indonésiennes douteuses. Pendant ce temps, Ed Miliband se prépare à prendre le pouvoir. Cela effraie The Economist : c’est le retour à une gauche anté Thatchérienne, qui ne croit pas que « les millionnaires créent la richesse ». L’Italie a un nouveau gouvernement. Apparemment jeune et de centre gauche. Apparemment une défaite pour 5 étoiles. L’Europe et les USA parlent d’un traité de libre échange. Des deux côtés on est poussé par un désir désespéré de croissance.

Histoire de la Tchétchénie. Compliquée. Les Tchétchènes sont déplacés par Staline. Puis ils décrètent l’indépendance en 1991. D’où guerre avec la Russie, en 1994. Plus de nationalisme, mais arrivée de l’Islam, Soufisme contre Salafisme. Le premier est choisi par le gouvernement pro russe, ce qui amène une réaction du second, qui conduit le susdit gouvernement à accepter un Salafisme atténué. Mais M.Poutine ne veut pas en entendre parler : il pourrait vouloir se substituer à l’Etat russe. En Syrie, Bashar el Assad aurait utilisé des armes chimiques afin de tester le désir d’intervention des USA.
La NASA loue les fusées du secteur privé. Apple rachète ses actions, pour plaire à ses actionnaires, mais ne sort toujours pas de produit révolutionnaire. Le transport aérien à bon marché est un métier d’Hommes. Le succès dépend de paris sur le futur prix du pétrole. Car il détermine le choix de modèles d’avions, et 10md d’investissements. (Et en plus il y a le risque de surcapacité…) L’annonce que Barack Obama avait été victime d’un attentat a affolé les ordinateurs boursiers, mais seulement l’espace de quelques minutes. Robustes systèmes d’information ? Quant aux gestionnaires de fonds d’investissement, ils modifient leur portefeuille trop souvent. Ce qui coûte cher. Ils seraient moins efficaces que l’investisseur amateur, qui achète et vend avec plus de modération.

Un article sur Daniel McFadden, un économiste qui a fait entrer les sciences humaines dans sa discipline. Un autre sur la capacité des insectes (au moins les bourdons) à apprendre les uns des autres. Déclin de la pensée libérale ?  

Comment aider la Syrie ?

Ce qui se passe en Syrie est d’autant plus préoccupant que l’on voit mal comment cela peut se terminer.

Le mécanisme semble le suivant : Bachar el Assad (ou ses proches) se serait lancé dans une vague de répressions qui aurait pour but de provoquer une réaction de son opposition, et une guerre civile entre communautés syriennes, qui justifierait a posteriori son action et son rôle.

Cela n’aurait pas réussi. Son pouvoir pourrait se fragiliser du fait du mécontentement de composants de la société qui lui sont utiles (par exemple les commerçants).

Mais peut-il être remplacé par un régime stable ? Le fait que les communautés syriennes ne s’entredéchirent pas est un signe positif. Cependant l’opposition politique est divisée et paraît incapable de gouverner. En outre, la Syrie est une pièce de l’équilibre local entre Sunnites (poussés par les Saoudiens) et Shiites (poussés par les Iraniens).

Comment manœuvrer dans ces conditions et déboucher sur un édifice viable ? Ce qui ne semble pas avoir été très bien réussi, dans des cas bien plus favorables, à la fois en Égypte, en Tunisie et surtout en Lybie (dont on ne parle plus !?).

Compléments :

La Syrie, après l’Afghanistan et l’Iraq ?

Nous voyons le régime syrien appartenant à « l’axe du mal ». Mais que se passera-t-il s’il disparaît ? Bashar el Assad n’a personne auquel parler. Les révoltés ne sont pas organisés.

La façon dont les affaires du monde sont menées est un peu inquiétante. Le chaos semble s’installer partout : Iraq, Afghanistan, Pakistan, Moyen-Orient…

Et si l’Occident commettait l’erreur de croire que la démocratie faisait des miracles ? Mais où en est la démonstration ? La France est une monarchie en CDD, et l’Amérique est bloquée…

Un pays doit avoir une infrastructure qui lui permet un minimum de calme, qui rend la vie prévisible (d’où la côte de l’Islam au Moyen-Orient). C’est probablement ce qui est fondamental. Ensuite, cette structure doit être adaptée pour répondre aux aspirations de la population, notamment à la liberté d’expression.

En tant qu’intervenant extérieur, nous devrions donc veiller à ce que le chaos ne puisse s’installer, mais à ce que l’organisation du pays s’adapte aux évolutions sociétales.

En écrivant ces mots, je viens de comprendre que je répétais ceux d’Aristote… Décidément, la vie est un éternel recommencement…

Compléments :