Monde quantique

La découverte de la mécanique quantique aurait produit une transformation du monde bien supérieure à la révolution industrielle. Car nous sommes quantiques : il n’y aurait pas de laser, d’électronique, donc de smartphone, d’ordinateur, d’Internet et de numérique, sans mécanique quantique.

Je n’en avais pas conscience.

D’ailleurs, c’est un paradoxe. Car la mécanique quantique nous reste toujours en travers de la gorge. L’émission qui m’a fait écrire ces phrases (la science cqfd, de France culture) faisait entendre Louis Leprince-Ringuet qui disait, d’ailleurs, que ses élèves polytechniciens avaient beaucoup de difficultés avec la mécanique quantique, alors qu’ils n’en avaient pas avec la relativité.

Autre paradoxe : les découvertes ont immédiatement conduit à des applications. Ce qui montre peut-être que nous sommes avant tout pragmatiques.

C’est Einstein qui semble personnifier le mieux le trouble que suscite le quantique. Planck a eu l’idée de proposer une modélisation quantique pour résoudre une énigme. Einstein a pensé qu’il y avait une réalité derrière cette modélisation. Ce qui lui a permis d’expliquer le phénomène photo-électrique. Du coup, il a montré la voie à la physique. (Ce qui ferait de lui le véritable père de la physique quantique. Avec, de surcroit, la découverte de la dualité corpuscule – onde.) Mais, au même moment, il s’est dit que ce qu’il avait trouvé était impossible, sans quoi le monde serait absurde.

Einstein

Einstein a-t-il inventé la relativité ? En lisant Richard Feynman, j’en suis venu à douter.

Les principes que l’on qualifie de « relativité » semblent avoir pour origine Poincaré et Lorentz. (i.e. si l’on ne regarde pas dehors, on ne peut pas savoir si l’on se déplace, en ligne droite et à vitesse constante, ou non.)

In our time de BBC4 consacrait une émission à Einstein. Mais le sujet n’a pas été éclairci. Au moins ai-je entendu qu’Einstein était particulièrement aimé des journalistes. Aurait-il été une création des médias, comme Lawrence d’Arabie ?

En fait, ce qui semble vraiment surprenant dans ses travaux n’est pas tant la relativité en elle-même que ce qui semble être nommé « relativité générale ». Elle vient d’une idée toute bête : l’accélération de la gravitation a le même effet que l’accélération tout court. Appuyer sur le champignon donne le même résultat que l’attraction terrestre. Du coup, cela produit plein d’effets bizarres. Et l’on découvre que la géométrie de notre espace n’est pas euclidienne. La masse courbe l’espace.

Comment cela se vérifie-t-il ? Simplement. Il suffit d’appliquer la géométrie euclidienne pour constater que ses prévisions ne sont pas vérifiées. Pour avoir une idée de la raison, il suffit de s’imaginer ce que donnerait le tracé d’un triangle sur la surface d’une sphère.

Gauss semble avoir été le premier à entrapercevoir cette possibilité. Seulement, il ne l’avait pas liée à la question de la masse.

(Mon savoir, peut-être pas très bien assimilé, vient de Richard Feynman, qui parvient à faire des miracles avec des outils d’une grande simplicité.)

E=MC2, ce n'est pas Einstein ?

E=MC2. Avant Einstein, la formule était dans l’air. La science mondiale cherchait à établir un lien entre la masse et l’énergie. Et trouvait des formules proches. Poincaré est, d’ailleurs, le premier à l’établir. Mais pour un cas particulier. Quant à Einstein, il l’énonce mais sera incapable de la démontrer, et ce en dépit de quarante ans d’efforts. (Article de Scientific American.)
Comme quoi, en science comme ailleurs, c’est le marketing qui gagne. Mais aussi cela confirme une observation du sociologue Robert Merton : c’est la société qui trouve, bien plus que l’homme providentiel. Toutes les découvertes que nous attribuons à Newton, Darwin ou d’autres étaient dans l’air à leur époque. 
Il semble qu’il y ait ici une sorte de prévision auto réalisatrice. Nous sommes une société individualiste, alors nous avons besoin de croire que ce sont des individus qui la font avancer. Que la science est portée par des épaules de géants. La Chine classique avait une vision des choses différente. Pour elle, c’était la tradition qui comptait. Alors, lorsqu’on faisait une découverte, on se débrouillait pour expliquer qu’elle était déjà connue…

Einstein et l'université

Jeudi matin, Etienne Klein parlait d’Einstein (France culture). Einstein semble le contre exemple de ce que l’on nous dit être le bon chercheur. Quelqu’un qui s’épuise à publier, et qui travaille dans une université. Einstein s’occupait de brevets, à Berne. L’étude des brevets stimulait sa créativité. D’autant qu’ils semblent avoir beaucoup parlé de la synchronisation électrique d’horloges. Ce qui lui aurait donné l’idée que quelque-chose ne tournait pas rond dans la théorie électromagnétique.

Et si nous asséchions nos chercheurs ?

L’économie n’est pas une science

Il y a 3 ans, le Groupe des 17 de l’Insead discutait de la difficile relation entre la France et l’entreprise. Un professeur de l’Insead avait commencé son intervention en nous disant qu’il était un économiste. Ce qui signifiait, je crois, qu’il détenait la vérité. Ses conseils : « Les grands gagnants sont européens », Irlande, Luxembourg, Angleterre et Finlande ; pour rénover la France, « il faut regarder en Europe ». D’ailleurs, l’égalité de chances (modèle américain) était préférable à l’égalité de conditions (modèle français). Mais l’économie est-elle une science ? Qu’est-ce qu’une science ?
  1. Mark Blaug se pose la question. Il penche pour la théorie de Karl Popper : on ne sait jamais si ce que dit la science est vrai, mais, quand c’est faux, on peut le prouver. Elle est « falsifiable ». Ainsi, si une masse courbe la lumière, il suffit d’avoir une planète et un rayon de lumière pour comparer ce que prévoit Einstein et ce que fait la nature. Si ça ne correspond pas, la théorie est invalide.
  2. Malinowski reprend les théories de Freud et montre qu’il y a plus simple pour expliquer ce qu’il a observé : le conflit entre culture et instinct. Et il reproche à la psychanalyse de s’être enfermée dans un petit monde clos. Pourquoi ne s’est-elle pas intéressée à l’ethnologie ? La première étape de la démarche scientifique est de rassembler les connaissances humaines et d’essayer de les mettre en cohérence.
Le professeur propose une autre définition de la science : sanctification des valeurs d’une communauté. La science économique telle qu’il la pratique, c’est le monde des commerçants. Elle modélise la vie comme s’il s’agissait de l’échange de marchandises. C’est pour cela que l’homme y maximise son intérêt à court terme : c’est ce que fait un marchand dans une foire.
Compléments :
  • L’économie jugée par mes deux critères: il y a toujours un moyen de montrer qu’une prévision économique est juste ; l’économie n’aime pas les autres sciences : par exemple, elle a rejeté la sociologie (Utilitarisme).
  • BLAUG, Mark, The Methodology of Economics: Or How Economists Explain, Cambridge University Press, 1992.
  • MALINOWSKI, Bronislaw, Sex and Repression in Savage Society, Routledge, 2001. Malinowski a étudié une société qui considère que l’enfant n’est pas le résultat des rapports sexuels, et où il appartient à la famille de son oncle maternel, son père étant une sorte de grand frère. Les complexes n’y sont plus ceux de Freud.
  • L’idéologie est respectable : GEERTZ, Clifford, The Interpretation of Cultures, Basic Books, 2000.
  • Applictaion des idées du marchand : Consensus de Washington.