M.Trump, société et égoïsme

M.Trump a avoué avoir demandé au président ukrainien d’enquêter sur les affaires du fils d’un de ses possibles concurrents à l’élection présidentielle.

Cela ressemble fort à du détournement de bien social, à l’échelle de la nation la plus puissante au monde. Et cela illustre une des failles d’une des théories les plus en vogue. Celle de l’égoïsme ou du libertarisme. Cette théorie dit que chaque homme doit pouvoir faire ce qu’il veut, suivre ses intérêts. Cela ignore le fait que nous ne vivons pas dans le vide. Nous sommes une société. Certains d’entre nous dirigent des multinationales ou des nations, d’autres sont aux commandes d’armées, ou de centrales nucléaires…

Altruistes de tous les pays unissez-vous ?

Un dirigeant d’agence de développement local me disait avoir dû affronter politiques, et services de l’Etat. Paradoxal. Ne sont-ils pas au service de l’économie ?

Mais logique. Exemple : une chambre de commerce dépendant pour son financement de l’implantation d’entreprises, va chercher à les faire venir sur son territoire, quitte à aller contre des intérêts supérieurs.

Qu’a-t-il fait ? Il est parti d’en bas. Petit à petit il a tissé un réseau d’entreprises qui se sont mises à s’entraider. Ce réseau s’est étendu au delà de son territoire, et même à l’étranger. Puis il a trouvé des alliés dans les services de l’Etat, et chez les politiques. Si bien, qu’à la fin, l’ensemble du territoire s’est mis à parler d’une même voix. Certes, la contribution de chacun n’est pas identique, et les coups de Jarnac surviennent encore, mais l’édifice est résilient.

Cette histoire m’a rappelé une théorie de Chester Barnard. Pour lui l’entreprise est construite sur une colonne vertébrale « d’executives » (en anglais), dont la caractéristique est d’être mus par l’intérêt général. Les autres membres de l’entreprise sont des égoïstes.

Et si, ce dernier demi siècle, les égoïstes avaient pris la place des altruistes ? Et si le changement en cours était un retour des altruistes à leur poste de combat ? Altruistes qui se cherchent à tâtons ?

Egoïsme et société

Trop de confiance en soi peut être dangereux. J’ai observé ceci chez une jeune personne :

Systématiquement, elle suit son impulsion. Que ce soit en maths, vis-à-vis de la fermeture des volets, ou de la passoire à thé. Cela ne marche pas. J’ai raison ! Injustice et révolte.

Je me demande s’il n’y a pas là le principe directeur de notre société. Cette société a créé les conditions de l’égoïsme. Quoi qui me passe par la tête, j’ai raison ! Ce qui explique que le type de techniques du changement dont parle mes livres n’intéresse pas. Pour changer de changement, il faut commencer par changer l’état d’esprit de la société, ce qui signifie changer les conditions qui provoquent cet état d’esprit ?

Les paradoxes de l'espoir

Est-ce parce que je vieillis ? Je sens du désespoir dans la génération qui me précède. Celle qui dépasse les quatre-vingts ans, en bonne santé.

Les personnes âgées, dans ma jeunesse, n’étaient pas dans ce cas me semble-t-il. Pourquoi ?

Paradoxe de l’égoïsme ? La génération d’après guerre mettait le « devoir » au dessus de tout. Quand on doit quelque chose, on a toujours un objectif. La vie n’a pas de fin. La situation est différente, lorsqu’il s’agit simplement de profiter de la vie : plus ça va, et moins c’est possible.

Les paradoxes de l'écologie

Nous disons aux Brésiliens : parce que nous émettons beaucoup de CO2, vous ne devez pas toucher à l’Amazonie. Vous seriez Brésilien, que répondriez-vous ?

L’écologie ne gagnerait-elle pas en crédibilité, si elle commençait par balayer devant sa porte ? Deux idées :

  • Faire chez elle, ce qu’elle veut faire-faire aux autres. (Ne pourrait-on pas développer un peu d’Amazonie, ailleurs qu’en Amazonie, dans des pays riches ?)
  • Aider les dits autres à atteindre leurs objectifs : c’est à dire atteindre le niveau de vie des écologistes. 

Moteur de l'évolution ?

Condorcet était un « mouton enragé ». Il était convaincu qu’une formule simpliste, issue de sa raison, rendait nul le fruit de toute l’expérience humaine. Jean-Baptiste Fressoz semble dire que la conquête de la société par la science est le fait de gens comme lui. Leur conviction a déplacé, en grande partie à tort, des montagnes. Il a nommé cela « L’apocalypse heureuse ».

Cette lutte des classes entre la raison pure et l’expérience commune s’est peut-être combinée à un phénomène très anglo-saxon : une sorte de haine de l’humanité (qui résulte de l’amour de soi, propre à cette culture ?). L’individu qui en a les moyens utilise tout ce qui est à sa disposition, la science en particulier, pour réduire en esclavage l’humanité. En cela, il ne fait que réaliser une conviction : celle d’être un surhomme ?

Tout cela serait le fruit de la « division des tâches », de la spécialisation à laquelle nous soumet la société. Elle nous donne des rôles qui vont avec des convictions (fausses). L’évolution de la société est le résultat de ces convictions. Par action et réaction, elles nous font avancer.

Serait-il possible de bâtir une société dont le principe ne serait pas la haine ?

Inégalités salariales

Lorsque j’ai fini mon MBA, j’ai découvert que l’on me proposait deux fois mon salaire, pour un poste qui était deux étages au dessous de celui que j’occupais. Je venais de rencontrer le système de rémunération américain.

Depuis, il a gagné la France. Le salaire des couches supérieures du management a connu une inflation colossale. Curieusement, alors que l’on nous vante les mérites de l’entrepreneuriat, les économistes disent que la richesse n’est pas chez l’entrepreneur, mais chez le « working rich », le salarié riche.

L’explication me semble simple. Si l’on part du principe que celui de la société est l’enrichissement personnel, l’entreprise exploite une position de (quasi) monopole pour s’approprier la part du lion de la masse monétaire. Dans un second temps, il y a répartition interne. Les grands se liguent contre les petits.

(C’est le modèle de l’économiste Mancur Olson. Seulement, il n’avait pas pris en compte, dans ce modèle, que la société est structurée, et non faite d’électrons libres.)

Un prochain billet va expliquer que cet état de fait n’est pas obligatoire.

Esprit du temps

Le psychologue Robert Cialdini dit qu’une des lois implicites d’une société est « tu me donnes, je te rends ». Cela semble évident : la société est construite sur un échange équilibré de dons et contre dons. Comme on peut le constater, ce n’est plus le cas. Pas besoin d’évoquer le bien et le mal pour l’expliquer. Quand une société a pour principe l’égoïsme, « si tu me donnes, c’est que cela te rapporte ». D’ailleurs, tout est gratuit sur Internet, et pourtant on y fait des fortunes sans précédent. Curieusement, c’est la charité chrétienne, à l’envers : ce que l’on donne à l’indigent est remboursé au centuple par Dieu.

Il est possible que nous revenions vers un peu plus de solidarité. Cependant, les pionniers du mouvement feraient probablement bien de prendre en considération d’où ils partent…

(L’Etat providence aurait-il été un, le ?, facteur favorable à l’émergence de l’égoïsme ?)

Egoïsme durable

Histoire. Une personne malade. Sa maison ne désemplit pas. A celui qui s’émerveille de tant de gentillesse, elle répond : j’ai beaucoup donné. Sénilité ? Non. Il faut en arriver à la réalité : il y avait bien rapport marchand.

L’égoïsme n’est pas ce que l’on voudrait nous faire croire ? Le mal. Plutôt un principe de vie, en quelque sorte durable ? L’égoïsme comme échange immédiat. Mais qu’achète-t-il ? N’achète-t-il pas de l’affection ? Dans notre cas, c’est peut-être de puissance qu’il est question. C’est faire ce que l’on veut des gens. Ils échangent leur liberté contre de l’argent.

Plus curieux. La malade avait peur des réelles manifestations d’affection.

Morale de l’histoire ? Quand la personne a cru qu’elle n’aurait pas les moyens d’acheter les services dont elle avait besoin, elle a mis fin à sa vie. Le risque de l’amour fut au dessus de ses forces ?

Du son dans mon salon

Du son dans mon salon. Drôle de nom. C’est le projet d’un homme des Beaux arts. Il invite dans son salon, effectivement, des musiciens. Il enregistre un morceau. Il les interviewe. Et, tout ceci est bénévole. Pourtant, le concept pourrait être celui d’une chaîne TV : un Chancel ou Drucker aurait pu créer un salon sur un plateau télé des années 80. Pour recevoir de jeunes artistes. En outre, la qualité de la réalisation est aussi bonne, voire meilleure, que ce que l’on voit à la télé. (Site.)
Vus ses invités, qui ont une forte notoriété sur YouTube, l’émission est probablement une étape du parcours promotionnel de l’artiste français montant. Le Jean-Louis Foulquier du web ? 
Evolution de la société, aussi ? Alors que, d’un côté, il y a une classe qui fait de l’argent avec de l’argent, il existe tout un monde du gratuit. On y vit d’amour (de l’art) et d’eau fraiche. Et de système D.

(Mais, comme chez la Boétie, c’est peut-être ce qui se trouve entre ces deux univers qui est le plus intéressant. Ce sont les salariés de l’industrie de la culture, privée ou publique. Ils arguent de leur manque de moyens, et de l’inhumanité du capitalisme, pour ne pas payer le talent de leur prochain.)