L’individualisme est un mauvais calcul

Mon travail avec les interpreneurs me montre des PME qui souffrent du « syndrome de Peter Pan ». Même lorsqu’elles en ont l’occasion, elles ne veulent pas grandir. Pourquoi prendre des risques ?

Du coup, notre économie est faible et le pays est gravement endetté.

Ce qui me fait penser qu’être individualiste, c’est vivre au dessus de ses moyens. Car, notre train de vie correspond à une société dans laquelle tout le monde donne le plein de son talent.

L’individualiste fait un mauvais calcul pour une autre raison. L’esprit d’équipe : il y a du bonheur à partager.

Ere de l’altruisme ?

J’ai commencé une nouvelle série de portraits d’entrepreneurs de start up industrielles.

Au début je pensais qu’ils étaient des idéalistes. De plus en plus, je constate qu’ils ne sont peut-être bien que l’avant garde de la transformation de l’entreprise et du pays.

Il n’y a pas que les jeunes qui recherchent du sens. Parfois à coups de RSE, qui semble devenir bien plus qu’une mode superficielle, le dirigeant paraît, lui aussi, avoir envie de faire « autre chose », quelque-chose qui soit intéressant, faute de meilleure expression : « qui ait du sens ».

Peu ou prou, consciemment ou non, il semble que notre aspiration à tous soit de transformer le monde. Celui dont nous avons hérité est, tout bêtement, irrespirable ?

Après le libéralisme décomplexé, le retour irrésistible de l’altruisme ? 

Fier de l'Europe ?

Qui l’eut dit ? L’Europe se mobilise pour défendre l’Ukraine. L’Allemagne, qui a le plus à perdre, fait de gros sacrifices. Et l’on s’organise pour héberger les ukrainiennes et leurs enfants. 

On ne sait pas où tout cela nous emmène. Mais on y va. M.Poutine nous parle même d’arsenal nucléaire… Pour le moment, ce qu’il a réussi à tuer, c’est notre égoïsme. A moins que ce ne soit l’effet du courage des Ukrainiens ?

« Je suis fier de » n’arrête-t-on pas de lire à droite et à gauche. Déplaisant comme toutes les formules toutes faites, traduites de l’anglais. Mais, pour une fois, ne serait-elle pas appropriée ? 

Le monde selon Trump

Biden, Trump, même combat ? Voilà ce que l’on entend. Conséquence des sous-marins australiens. 

Question d’hommes ou de principes ? Et si le principe américain était le rapport de force ? Protégez-moi de mes amis… Et ce rapport est plus facile à appliquer vis-à-vis de quelqu’un qui a confiance en vous que vis-à-vis d’un ennemi. 

Si je suis milliardaire, c’est parce que j’ai travaillé dur pour cela. Vous n’en fûtes pas capable, obéissez, maintenant. On retrouve ce raisonnement partout. Je me souviens d’une interview par France Culture d’une démocrate américaine qui disait que la classe moyenne blanche devait ses conditions de vie à ce qu’elle ne voulait pas s’adapter à la modernité : qu’elle ne vienne pas se plaindre ! La « méritocratie » est une justification de la domination des intellectuels. Ces thèses ne sont pas qu’américaines, bien sûr. 

Notre société est constituée de patrons et d’intellectuels, des Chinois et des Suisses. Comment faire que des individus n’utilisent pas le rôle que leur donne la société humaine pour détruire cette société ? La question que nous pose M.Biden ? Comme quoi l’égoïsme myope peut avoir des mérites ?

Qui sont les perdants du changement ?

Il n’est pas juste de dire que la « classe moyenne » a souffert. Certains de ses membres se portent mieux que jamais. Par exemple certains retraités forment une nouvelle « leisure class ». Il y a longtemps des études américaines disaient déjà qu’il était difficile de trouver un profil type des perdants du changement. Par exemple, un nombre significatif était dans les classes les plus éduquées, alors qu’elles sont supposées avoir le vent en poupe. 

Je me demande si la solution à ce paradoxe n’a pas quelque chose à voir avec le mot « mérite ». Les dominants attribuent leur succès à leur « mérite ». Nous vivrions en « méritocratie ». Or, pour commencer, si le « mérite » semble toujours être associé aux mêmes formations, le moyen d’y accéder n’a plus rien à voir avec ce qu’il fut encore il y a trente ans. 

Et, surtout, et si les perdants étaient ceux qui avaient le réel « mérite » ? Chester Barnard explique que la colonne vertébrale d’une entreprise est faite de ceux qui poursuivent l’intérêt général. Il appelle ces gens des « exécutifs ». Les autres suivent leur intérêt égoïste. « Exécutif » = méritant ?

Or, son insistance sur l’intérêt collectif n’est-elle pas un obstacle pour l’ambitieux ? Une raison de mise au chômage pour « résistance au changement » ?

(C’est ce qui semble être arrivé en Russie : ceux qui faisaient avancer le pays ont été les premières victimes de son virage libéral des années 90, qui a vu l’émergence des « oligarques ».)

La prise de pouvoir des intermédiaires

L’expert ne sait pas se vendre, ai-je dit. Je crois que c’est ce qui explique pourquoi ces dernières décennies ont vu une prise de pouvoir, et un notable enrichissement, des intermédiaires.

En effet, au lieu d’expliquer le talent des autres, ils ont trouvé plus rentable d’affirmer qu’ils possédaient le dit talent.

Le temps que l’on se rende compte que ce n’était pas le cas, ils avaient pris leur retraite. Et l’on en a déduit que le monde n’était fait que de charlatans. Les bases de la théorie du complot ?

L'esprit du droit

Un avocat m’expliquait que nous avons une idée fausse du droit. Nous pensons que la loi défend « nos » intérêts, ce qui produit, naturellement, le conflit. Or, le rôle du droit, c’est le « contrat social », c’est-à-dire articuler les relations entre hommes, pour réaliser le projet collectif. Ce qui produit, naturellement, l’entraide.

Paradoxalement, ce second sens réalise mieux les objectifs du premier qu’une lecture littérale ne pourrait le faire croire : en effet, il sous-entend que chacun va recevoir une part juste du travail collectif. « Mes droits » sont donc respectés, et, en plus ils valent plus que si j’en avais eu une compréhension égoïste !

(Est-ce la même dérive qu’ont subie les droits de l’homme, ce qui fait que l’on parle de « droit de l’hommisme » ?)

Les urgences peuvent-elles être en grève ?

France Info, il y a quelques jours, interviewait un urgentiste du 15. Selon lui, il était honteux que le ministre de la santé ait dit aux populations inquiètes du coronavirus chinois d’appeler le 15, car il était débordé. La médecine n’avait pas de moyens, et lui-même était en grève. Et, d’ailleurs, pourquoi faisait-on autant de bruit avec ce coronavirus, alors que la grippe tue quinze mille personnes par an ?

Le coronavirus est-ce la même chose que la grippe ? Tout le monde peut être atteint par le coronavirus, et il tue une proportion importante de ceux qu’il touche. Le seul moyen de s’en protéger est de s’isoler. C’est un peu comme s’il y avait un tueur fou dans la ville.

Il y a, surtout, quelque-chose de curieux dans ces déclarations. Ne choisit-on pas la médecine par dévouement, par amour de l’humanité ? C’est un sacerdoce. On peut protester quant à ses conditions de travail, mais l’intérêt général est premier. D’ailleurs, c’est ce que l’on attend du médecin : si vous tombez à côté de lui, il doit vous prêter secours sans se préoccuper de ses intérêts.

Que la médecine fasse passer ses intérêts avant ceux de la population est un grand changement.

Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque. (Serment d’Hippocrate.)

L'égoïsme est-il un parasitisme ?

J’ai cité une théorie de Chester Barnard, tirée de ses observations : les altruistes constituent la colonne vertébrale de l’organisation. Le reste est fait d’égoïstes.

L’égoïste est-il nocif ? Peut-être faut-il en appeler à Adam Smith. L’égoïste apporte son énergie au dispositif. Seulement, contrairement aux idées d’Adam Smith, qui veulent que l’égoïsme soit canalisé par le marché, c’est l’altruiste qui a cette fonction.

Une société ne fonctionne plus quand les égoïstes pensent pouvoir se passer des altruistes.

Une théorie…

Brexit : on touche l'absurde ?

La cour suprême anglaise a jugé qu’empêcher le parlement de faire son travail dans une démocratie parlementaire était anticonstitutionnel. Ce à quoi un ministre de M.Johnson a répondu que la cour avait fait un coup de force anticonstitutionnel.

D’autres accusent M.Johnson de bien pire. Abus de faiblesse. Il a induit en erreur la Reine.

L’Angleterre a été en pointe dans le changement de notre temps. Il était naturel qu’elle soit la première à le pousser à l’absurde. Elle détruit son modèle en disant lui rendre sa grandeur. A tel point que Boris Johnson est allé jusqu’à se faire passer pour une réincarnation de Churchill.