Gaia, ou la terre comme système (fragile ?)

L’hypothèse « Gaia » dit que la terre est un « système » (au sens « dynamique des systèmes ») qui fournit des conditions idéales de vie pour l’homme. L’intérêt d’une terre système est qu’elle tend à nous pardonner nos erreurs, de même que le thermostat, exemple type de système, maintient une température constante.

La terre serait faite d’un certain nombre de mécanismes de régulation, qui permettent, par exemple, la répartition sur la planète des pluies ou de la chaleur. Comme il est courant en systémique (c’est l’effet de levier dont parle régulièrement ce blog), ces mécanismes peuvent changer brutalement, sans que l’on sache trop pourquoi. Plus curieux, ils pourraient être tous liés les uns aux autres. L’espèce humaine pourrait-elle disparaître en un claquement de doigts ?

En tout cas, cette théorie semble dire que la nature (écosystème) n’est pas indépendante de l’homme. L’homme doit entretenir un environnement favorable à sa vie. Donc, il ne permet pas à la nature de faire ce qu’elle veut. D’une certaine façon, il a intérêt à bloquer son évolution. 

Face cachée de l'effet de levier

Adepte de l’effet de levier depuis l’éclairage de Christophe FAURIE, voici une illustration intéressante tirée d’une lecture récente (Freakonomics de S.D. LEVITT et S.J.DUBNER).

En 1995 un éminent criminologue, James Alan Fox, remet un rapport décrivant le ras de marée inévitable de la criminalité imputable aux adolescents, aux USA pour les 10 prochaines années. Il évoque 15 à 30 % d’augmentation! L’ensemble des politiques, des criminologues et des prévisionnistes lui emboîte le pas, jusqu’au président Clinton, lui-même.
Tous les fonds d’exception étaient alors alloués au combat contre la criminalité. Et c’est alors que les courbes au lieu de grimper se sont effondrées. La diminution de 50 % de crimes dus aux adolescents étonnait dans son ampleur et chacun de louer la reprise économique, les nouvelles stratégies policières, au contrôle des armes.

Tout ceci était logique rassurant de « bon sens » mais probablement faux! Car en réalité c’est le battement d’aile du papillon qui avait provoqué le cataclysme positif.

Ce battement d’aile s’appelait Norma McCorvey. Une jeune femme pauvre et sans diplôme alcoolique et droguée, enceinte pour la troisième fois à 20 ans. L’avortement était illégal à cette époque et des personnes avisées se sont emparées de son cas et en on fait l’icône d’une procédure collective visant à légaliser l’avortement. Le 22 janvier 1973, les juges se sont prononcés en faveur de McCorvey et l’avortement a été légalisé sur tout le territoire.

Or les études ont montré que les adolescent criminels étaient issus de ces milieux défavorisés auxquels appartenait Norma McCorvey. En légalisant l’avortement, on a éliminé un ferment de la criminalité. Ceci explique bien qu’à partir des années 95, date de prévision catastrophique de Fox, la criminalité baissa. Ces adolescents en âge de rentrer dans la criminalité n’étaient toujours pas nés! Le vivier des criminels en puissance s’était amenuisé et la criminalité avec…

Changement et systémique : comprendre l’effet de levier

Si vous pensez qu’il faut des moyens colossaux pour transformer la France, c’est que vous faites fausse route. La caractéristique du changement est d’être à « effet de levier ». C’est ce que les Chinois ont compris il y a 2500 ans, au moins (mais oublié depuis). (Illustration.)

Les effets sont-ils pour autant immédiats, comme le pensent les gourous de la dynamique des systèmes du MIT?

Non. Parce que l’effet de levier signifie simplement la prise de conscience que vous vous en preniez à la falaise. Désormais bien orienté, il vous reste à traverser l’Atlantique. Il en est de même de l’entreprise ou la nation.

Comprendre qu’elles sont piégées par un cercle vicieux n’est pas tout, il faut aussi conquérir les nouveaux espaces qui s’ouvrent lorsqu’on en sort. Et là, on entre dans un autre type de changement : l’apprentissage. 

Changement et systémique : faire changer un système humain

Un billet précédent donnait un exemple de système et de la façon dont il change.En fait, si les organisations sont des systèmes, elles ne sont pas des systèmes mécaniques. Un exemple analysé dans un de mes livres :

Plus l’entreprise X (additifs de fonderie) réduit ses coûts (en supprimant des produits et des unités non rentables) plus elle va mal. Solution ? Commercialiser des produits peu rentables. Miracle ! (Et effet de levier.)

Cercle vicieux ? Les décisions étaient prises en fonction de la « marge brute » d’un produit. Seulement, en éliminant le produit, la base de répartition des frais généraux de l’entreprise se réduit, et la rentabilité des produits restants se dégrade.

Comment peut-on être aussi bête ? disent mes amis professeurs de contrôle de gestion. Parce que cette modélisation ne traduit pas la réalité.

Un système humain n’est pas une équation

Dans une ruche, c’est le battement des ailes des abeilles qui maintient constante la température. Il en est de même dans l’entreprise : c’est la combinaison des comportements individuels qui fait le comportement collectif. Le mode de décision de cette entreprise est commun aux entreprises innovantes : elles ont des ressources limitées, et elles doivent les utiliser au mieux en ne les dédiant qu’à ce qui leur rapporte le plus.

Si l’on peut représenter ce comportement par une formule mathématique (la « marge brute »), cette formule ne sert à rien pour mener le changement, car pour changer le comportement du système, il faut en recoder toutes les abeilles.

Comment transforme-t-on un système humain, alors ? En le plaçant dans un environnement qui donne un avantage à ses caractéristiques propres, non en essayant de les modifier.   

Changement et systémique : exemple pratique

Systémique, théorie mathématique compliquée, éloignée de la vie ? Que nenni.

Il y a longtemps, j’ai eu le problème suivant. Mon appartement était envahi par l’odeur désagréable que l’on sent les soirs d’hiver dans les rues de Paris, et ma salle de bain par l’odeur de gaz d’échappements. J’en parle à mon syndic qui m’explique que c’est une vue de l’esprit. L’architecte de l’immeuble est dépêché, il me dit de colmater quelques fentes, envoie un message triomphal au syndic, mais ne donne plus de signes de vie quand je lui indique que je sens aussi une odeur de cigarette (qui ne peut venir que du veilleur de nuit du parking).
Ne trouvant personne pour m’aider, y compris chez mes amis du BTP, je finis par me rappeler que j’ai été directeur du marketing d’une entreprise de contrôle technique. J’y identifie un spécialiste des bâtiments qui vient analyser mon système de ventilation. Effectivement, elle fonctionne à l’envers de ce qui est prévu : mon appartement aspire l’air du parking.
J’obstrue l’orifice incriminé, ce qui me permet à nouveau d’ouvrir la porte de ma salle de bain. Or, dans les vieux immeubles, l’air est aspiré par les fentes des fenêtres et est évacué par les pièces de service. (D’où le danger d’installer du double vitrage, sans revoir le système de ventilation.) Ce qui rétablit plus ou moins l’aération de mon appartement, et élimine l’odeur désagréable.
Ce n’est pas tout. J’ai aussi compris pourquoi mon appartement aspirait l’air du parking. Ses ventilateurs créent une dépression qui permet à l’air de l’immeuble de circuler de haut en bas. Or, pour des raisons de fatigue des dites machines, il a été décidé de les ménager (plutôt que de les remplacer).
Morale de l’histoire

La régulation d’air de mon appartement est un système. Ce système s’est déréglé quand la ventilation des parkings a été modifiée. En bouchant une des aérations je l’ai à nouveau transformé (changement). Exemple « d’effet de levier » : le changement est immédiat et ne demande aucun moyen.
Cette histoire montre aussi qu’il n’y a pas que la systémique dans la vie. En effet, j’ai mis un temps fou pour trouver la cause du problème, et je n’ai pas été loin de me faire insulter par mes copropriétaires, qui ne m’ont épargné aucun sophisme (y compris un numéro de mécanique des fluides d’anthologie). De l’irrationalité de l’individu, et de l’effet de la culture (française).

Notre cerveau nous abuse

Face à une décision difficile, notre cerveau choisit l’illusion (CultureLab: Our deluded minds are just trying to make us happy).
Cette observation est à l’origine de mes travaux sur le changement. Pourquoi est-ce que les organisations préfèrent s’enfoncer dans l’abîme alors qu’un renouveau triomphant ne demandait presque rien (« effet de levier ») ? Une réflexion de quelques heures ? Parce que réfléchir est effroyablement difficile.
Complément :

Activ'way et dématérialisation

Pourquoi les projets de dématérialisation (on disait « Gestion Électronique des Données » dans ma jeunesse) ratent-ils ?
Parce qu’ils font appel à une technologie simple et éprouvée. On les croit des non événements techniques. Et on demande à une équipe de techniciens (juniors !) de les mettre en place.
Mais ils bouleversent le travail de l’organisation, du coup, ils provoquent un cercle vicieux. L’équipe projet, par son discours technique, sème la panique, et le management, au lieu d’arrêter l’incendie, projette ses inquiétudes sur ses collaborateurs. Il s’ensuit une désorganisation qui heurte de plein fouet le service rendu au client.
Une fois de plus, selon l’expression de Paul Watzlawick, le problème est dans la solution ? Il n’est pas technique mais humain : si l’on montre au personnel comment l’innovation lui simplifie la vie, avec ses mots, l’affaire est dans le sac.
Compléments :
  • C’est ce que Michael Beer, et d’autres probablement, appelle une démarche « task oriented » (qui vise à aider l’utilisateur à faire son métier, et non à le gaver de technique).
  • C’est aussi un exemple d’effet de levier, la remise en cause d’un a priori fatal, qui conduit à un changement réussi, sans coût supplémentaire sinon un peu de réflexion au bon moment.

Effet de levier de Daniel Pennac

Daniel Pennac raconte qu’un de ses enseignants, surpris par la complexité des histoires qu’il inventait pour ne pas faire ses devoirs, lui a demandé d’écrire un roman. De cancre il l’a transformé en bon élève, en écrivain à succès et en professeur. (Flight path)

C’est cela la vision qu’a ce blog du changement : pour le réussir, il faut comprendre la nature de ce l’on veut changer, et inscrire le changement dans sa logique. Il se fait alors à « effet de levier ». 

La baïne et le changement

La baïne est une petite piscine qui se forme sur les plages du sud ouest de la France. À marée haute ou basse cette baïne produit des courants forts. Le nageur qui s’y fait prendre a le réflexe naturel de chercher à rejoindre la plage le plus vite possible, en ligne droite. Le courant étant plus fort que lui, il s’épuise et se noie. Au contraire, dans cette situation, il doit se laisser emporter. Le courant ramène à la plage, et lorsqu’on flotte on peut s’agiter et se faire repérer par les sauveteurs.

Pourquoi dit-on que le changement est « à effet de levier » ? Parce que ce qui le permet ou l’empêche est un blocage. Il vient de ce que nous sommes « programmés » pour associer un moyen à une fin. Le changement fait que l’association ne marche plus. Malheureusement, comme elle est enfouie dans notre inconscient, au milieu de beaucoup d’autres, elle est malaisée à identifier.
Notre vie est faite de baïnes. Nos réflexes inconscients nous y noient. 

Effet de levier

Certains peuples de paysans pauvres dépensent l’argent de leur récolte au lieu de le conserver pour acheter de l’engrais pour leur prochaine récolte. Mais s’ils en achètent après leur récolte, ils le conservent. (Untying the knot)
Exemple d’effet de levier : il faut inscrire le changement dans les règles culturelles d’un groupe humain, alors il se fait immédiatement.