La fin des banlieues moches ?

Changement à effet de levier : si l’on voulait amener de la joie dans nos vies, par où commencer ? 

Notre société est devenue moche. Et cela la rend triste. Pourquoi ? La machine, probablement. La main de l’homme n’a plus le droit de cité. Les maisons sont faites par des machines. Et même quand l’homme est là, il suit des procédures, il est une machine. Il y a pire. On aurait bien du mal à dire ce qui est « esthétique », mais il est certain que l’Education nationale détruit en nous tout ce qui peut ressembler à un sens de l’esthétique. Quand l’enseignant a passé, rien ne repousse. 

Comment changer, quand on ne sait pas où l’on va ? Commencer par un petit domino. 

Un designer urbain propose de s’en prendre à la tristesse des espaces publics, en leur apportant de la couleur (mais pas des tags moches). Un espoir ?

Effet de levier involontaire

 J’ai peut-être réalisé un changement sans le savoir. 

Actuellement, je mène une enquête. J’interviewe des dirigeants. J’ai fait un article sur un logiciel. Son éditeur y travaille depuis une décennie. Quand ses commerciaux ont vu que quelqu’un qui ne connaissait rien à leur métier pouvait comprendre ce que j’avais écrit, en même pas une heure, ils se sont convaincus qu’il avait un marché ! L’entreprise est en effervescence, semble-t-il. 

Illustration de « l’effet de levier » de la systémique ? Le changement est complexe, mais, paradoxalement, il ne demande aucun moyen, et est immédiat. 

Violences policières

On parle de violence policière. Le policier est accusé par certains, et défendu par d’autres. 

Et si la violence policière ne tenait pas à la nature du policier ? J’entendais l’autre jour une émission de radio dire qu’elle venait, simplement, d’un changement de tactique. Avec les mêmes hommes on peut contenir aussi bien (mieux ?) les manifestations, sans violence…

Qu’attend-on pour changer ?

Daniel Costantini

Daniel Costantini est un entraîneur qui parle de changement. La domination mondiale de l’équipe de France de Handball, c’est aussi lui. Nous avons fait une conférence ensemble il y a des années. Curieusement les participants ont cru que nous étions des comparses, alors que nous nous étions rencontrés dans le TGV. Car, nos expériences ont beaucoup en commun. Une en particulier. Voici ce dont je me souviens. Il a gagné ses premiers titres en étant un dictateur. A un moment, il se rend compte qu’il doit modifier équipe et tactique. Mais ça ne marche pas. A la suite d’une défaite ridicule. Il montre une vidéo d’une succession d’erreurs grossières à son équipe et lui demande, menaçant : expliquez-vous. Réponse : « je me suis demandé ce que le coach ferait »… Il part furieux. Et revient : qu’est-ce qui ne va pas ? La star de l’équipe se tourne vers les joueurs : je sais ce que vous me reprochez… Tout le monde a déballé ses faiblesses, puis le groupe s’est demandé comment y remédier. Cette expérience a transformé Daniel Costantini. Au lieu d’assaillir son équipe d’ordres, il lui a laissé libre cours, n’intervenant qu’à quelques moments critiques. Et la France s’est remise à gagner. 
Morale ? D’ordinaire, on change d’entraîneur, parce que l’entraîneur est incapable de changer. Car, comme on le voit ici, le changement est un phénomène complexe. Il emprunte un chemin mystérieux pour se faire brutalement ! La raison est, aussi, impuissante dans le changement. Les conseils dont chaque téléspectateur bombarde nos équipes ne servent à rien. Mais, entre le changement par la casse, et la changement par la raison, il y a une troisième voie. C’est jouer sur les mécanismes humains qui font que le groupe se transforme comme un seul homme. C’est en cela, à mon avis, que Daniel Costantini est un champion.

Le changement vu de Cambridge

Port Moresby parliament building front, by Steve Shattuck.jpg
« Port Moresby parliament building front, by Steve Shattuck »
by 
Steve Shattuck from Canberra, Australia – Shattuck_11266.
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CC BY 2.0 via Wikimedia Commons.

Étrange. Alors que le gouvernement décrète le changement, qu’il y a des experts du changement partout, l’université de Cambridge s’interroge sur la question. Comment se fait-il que les choses changent brutalement ? Mystère. Il existe des mécanismes qui font que le changement est brutal et imprévisible. Interview de 5 spécialistes, de différentes disciplines. 
Le plus inquiétant est « le biochimiste ». Les bactéries « sentent » si elles sont en force ou non. Dès qu’elles ont une masse critique, leur comportement d’individuel devient collectif. Et le système immunitaire de la proie est submergé sans avoir vu arriver l’attaque. 
Le plus amusant est probablement l’anthropologue. Du jour au lendemain, une ethnie de Papouasie-Nouvelle Guinée a abandonné sa religion pour le protestantisme, et a transformé sa population en pasteurs. Ce qui lui a permis de conserver la position sociale dominante qu’elle avait toujours eue. 
Le psychologue parle du rôle déterminant des leaders d’opinion. Le sociologue explique que nous n’avons pas de croyance bien chevillée au corps. « Quand la marée change, c’est parce que les gens ont trouvé un moyen d’expliquer le changement d’une façon qui transforme et convainc, à peu près« . L’historien montre le rôle du doute. Dès qu’il parvient à se répandre, le changement n’est pas loin.
Il se trouve aussi que « de récentes recherches ont montré qu’une zone du cerveau (…) régit particulièrement fortement à l’influence sociale et joue donc un rôle critique dans notre capacité et notre désir de conformité« .
(Taylor Whiffen, Peter, The turning tide, CAM, n°75.)

Communication et changement : effet de levier et déchet toxique

Communication et changement. Après les mésaventures Sarkozy, le succès Delwasse… 
Serge Delwasse doit redresser une entreprise qui va mal. Il a peu de temps. Diagnostic éclair : ce n’est pas une question de chiffre d’affaires. Ouf, ça va être facile. Eh bien non. L’entreprise n’arrive pas à respecter ses engagements et ses coûts. Et rien n’y fait. Un jour, il a une illumination. Il enlève les portes intérieures de la société. Ses équipes sont offusquées. Vous pensez que nous ne travaillons pas ensemble ? C’est faux. Et pour lui prouver son erreur, elles collaborent. Et l’entreprise devient rentable.

L’effet de levier est dans le déchet toxique 
Serge Delwasse a un esprit systémique. A chaque mission, il procède de même. Il identifie le déchet toxique. Et il l’attaque frontalement. Il sait que c’est là que se trouve le levier du changement. Et voilà le secret du changement d’ordre 2 ! Tant que, comme nos gouvernants ou dirigeants, vous ne pratiquerez pas l’attaque du déchet toxique, vos changements rateront. 
Mon prochain billet explique comment faire du Delwasse, sans être Delwasse…

Isaac Asimov peut-il sauver l’espèce humaine ?

Dans Fondation, Isaac Asimov imagine qu’un savant est capable de prédire les moments où l’espèce humaine va être sur le point de disparaître. Tout dépendra alors d’une décision. Cela ressemble à un enseignement de systémique. Notre « éco-système » permet la vie humaine. Mais les systèmes changent à « effet de levier »… (Tout le débat sur l’effet de serre se retrouve ici : il est possible que nos émissions de carbone fassent basculer le système terrestre, et que la vie humaine ne soit plus possible après le basculement.)
Et si l’on parvenait à prévoir ces changements, pour éviter qu’ils ne tournent mal pour nous ? Rassemblant mes deux idées du moment, l’une sur la relance de l’économie par la recherche et l’Etat, l’autre sur la banalité du mal, je me demande s’il n’y a pas ici une solution commune. Et si la recherche mondiale combinait ses efforts pour suivre les conseils d’Isaac Asimov ? Si nous arrivions à mieux comprendre les mouvements de la nature, à nous y insérer comme jadis les chasseurs cueilleurs, peut-être que nos changements sociétaux deviendraient beaucoup moins douloureux pour l’individu ? 

Enrico Letta : enfin un leader pour l’Europe ?

Enrico Letta tente un changement. Il cherche à faire basculer la politique européenne de la rigueur à la relance. Et, de loin, il semble utiliser les règles de l’art.

  • Il bâtit une coalition d’alliés. Il a commencé par se rapprocher de Mariano Rajoy, son opposé politique. 
  • Il cherche à ne faire perdre la face à personne. S’il réussit, Mme Merkel pourra affirmer que c’est grâce à sa politique à elle.

Changer la France, sans effort

L’université est-elle le miroir de la France ? Les salaires des enseignants tendent à s’aligner sur ceux de leurs équivalents américains. Or, les écarts sont colossaux. Cette inflation est incompatible avec un enseignement gratuit. Il me semble aussi voir cette même inflation dans l’entreprise. Les salaires des managers supérieurs n’ont-ils pas beaucoup progressé depuis 30 ans ? Alors, et si notre crise actuelle venait d’un conflit entre le modèle social anglo-saxon qui cherche à s’imposer et nos valeurs traditionnelles ?


La grande transformation
Le modèle anglo-saxon ressemble à celui qu’avaient en tête les Allemands d’avant guerre lorsqu’ils parlaient de « civilisation » : des individus liés par des contrats. Un modèle « a social », qui va main dans la main avec l’économie de marché. 
Ce modèle est une utopie : il disloque les structures sociales nécessaires à l’homme. (Même les élites anglo-saxonnes ne se l’appliquent pas.) C’est pour cela qu’il suscite de plus en plus de mouvements de rejet, partout dans le monde.  

Changement à effet de levier
Face à ce changement, nos gouvernants ont réagi par la révolution culturelle. Les noyaux durs de M.Balladur voulaient un capitalisme à l’allemande. Mme Aubry et ses 35h en appelaient au rite des acquis sociaux. M.Sarkozy désirait probablement imposer le modèle anglo-saxon, victorieux, par la méthode Thatcher. Maintenant on rêve du Mittlestand allemand.
Mais avaient-ils bien compris les Chinois ? Les Chinois combattent l’influence étrangère, incompatible avec leur culture, en s’appuyant sur cette dernière, mais en utilisant les armes de la première. (Avec plus ou moins de bonheur.)
C’est une forme d’effet de levier systémique. Faire le contraire de ce que nous faisons. Autrement dit, cesser d’avoir honte d’être français. C’est ainsi que l’on retrouvera la motivation et les ressources de se remettre en piste.

Paix perpétuelle
Ce n’est pas un appel au nationalisme. Pour bien utiliser nos forces, nous devons comprendre les règles du jeu mondial. C’est ce que l’Allemagne de la seconde guerre mondiale n’a pas réussi. Elle a voulu imposer sa culture au monde. Ou, du moins, lui faire une place de choix, par la force. (D’ailleurs, était-ce sa culture, ou une culture fantasmée ?)
Il ne faut pas s’arrêter là. Le rejet du modèle anglo-saxon, confondu avec celui de l’Occident, est lourd de conflits et de repli identitaire. Pour éviter un âge des ténèbres, il faut, probablement, en appeler à la paix perpétuelle de Kant. C’est-à-dire, faire un monde où l’on ne cherche pas à détruire ce qui est différent, mais à s’en enrichir. Pour cela, il faut peut-être arriver à une forme de dialogue entre cultures, en étayant celles qui ont le dessous, et en endiguant les autres.

Comment éradiquer la pauvreté : Poor Economics

Afficher l'image d'origineComment éradiquer la pauvreté ? « Laisser faire » le marché ou aider le pauvre ? Deux économistes du MIT, enquêtent. Ils testent ces idées sur des populations témoins. Résultat ? Les pauvres ne font pas ce qui paraît évidemment bon pour eux. Pourtant, leur comportement a une logique impeccable. Et dans des circonstances comparables, nous ferions comme eux. Les pauvres ne sont ni des paresseux, ni des martyrs. Ce sont des gens comme les autres, mais qui font face à des circonstances exceptionnelles. Ce que je retiens :
  • Vues les ressources disponibles, les pauvres pourraient manger à leur faim. Mais leur manque d’espoir en l’avenir fait qu’ils recherchent des consolations qui les privent des moyens de satisfaire des besoins, apparemment, fondamentaux.
  • La santé est une question trop complexe pour être laissée à l’entendement du seul individu. Il faut créer une infrastructure / un système, dans lequel l’homme tende naturellement à prendre des décisions favorables à sa santé.
  • Pour que le système éducatif fonctionne, il faut des enseignants devant réaliser une mission claire et simple : enseigner les connaissances essentielles.
  • Pourquoi les pauvres ont-ils de grandes familles ? Pour assurer leurs vieux jours. Pour réduire la taille de la famille, donc augmenter son aisance, il faut un système de sécurité sociale.
  • Ce qui caractérise la vie du pauvre, c’est un niveau de risque colossal. Un incident et c’est la spirale de la destruction. Les pauvres ont développé des mécanismes d’assurance remarquablement sophistiqués. Mais ils ne sont pas parfaits et ils ne prennent pas en charge la santé. Il est difficile pour un assureur privé d’approcher ce marché : sans institutions adéquates, les contrats ne peuvent être respectés. Seuls peuvent être assurés des risques incontestables, donc majeurs. Le plus efficace semble la subvention qui permet de réduire le coût d’achat d’une assurance. Ce n’est pas de la charité, mais un investissement de l’État
  • La microfinance n’est pas le miracle que l’on croit souvent. Elle repose sur l’autoncontrôle exercé par une communauté, qui permet de réduire le coût du crédit. Ce coût s’explique à la fois par le nécessaire suivi du débiteur, et par la flexibilité qu’il demande. La microfinance ne convient qu’à une minorité de pauvres, et pas à l’entrepreneuriat.
  • Le pauvre vit dans un état de dépression tel qu’économiser lui demande d’aller contre sa nature (chercher des consolations). Lui donner un peu d’espoir aurait un impact direct sur sa capacité à économiser.
  • Les pauvres ne sont pas des entrepreneurs par nature, mais par nécessité. Leur rêve est d’être fonctionnaire. Et leurs affaires ont une très faible capacité de développement. En fait pour qu’elles se transforment significativement, il faut franchir un cap, qui demande un énorme investissement (et peut-être même une réorganisation de la société : dans un même village, il y a une multitude de commerces identiques). Pour qu’ils puissent prospérer, il faut leur donner un « bon emploi » salarié stable. La stabilité apporte la confiance nécessaire pour envisager et construire son avenir.
  • Les pauvres ne seront pas sauvés par de grandes théories, mais par des formes de micro actions. Si l’on comprend la logique du problème particulier dans lequel se trouve une population pauvre donnée, on peut l’aider à en sortir, en utilisant de très faibles moyens. En la maintenant ainsi à flots, on rendra supportable l’attente du décollage (éventuel) de son économie nationale, qui l’extraira définitivement de la pauvreté.

(Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo, Poor Economics, PublicAffairs, 2011.)