Mortelle éducation

In Rewilding Education, Professor Hilary Cremin argues that modern schooling is defined by an obsession with standardisation and outdated thinking, while it fails to nurture creativity, critical thought, or the physical and mental health of students and teachers.

Rewilding Education challenges the ‘myth of social mobility’, arguing that education functions more as a sorting mechanism than a levelling force. High-performing school still admit disproportionately few disadvantaged young people, and poverty remains the strongest available predictor of student outcomes.

Article

L’enseignement anglais semble ressembler au nôtre.

L’auteur du livre cité propose un grand bouleversement. Un enseignement qui permette à l’enfant de s’épanouir et de développer un sens critique.

Il ressemble étrangement à celui qu’a voulu imposer 68. Et qui, en France, a produit la destruction d’un système éducatif qui était, pourtant, l’élément central du projet républicain. D’où la situation décrite ci-dessus.

Comment traduit-on Yakafocon en anglais ?

Conservatoire

Il y a trente ans, le conservatoire de musique de Paris avait deux cents ans. (Emission de France culture.)

Le conservatoire est mon école favorite. Le modèle que devrait suivre toutes les écoles, si l’on veut bien me croire.

Pourquoi ? On y a de véritables maîtres : les virtuoses y enseignent. Et l’on reçoit une excellente formation générale.

Je pense que cela tient à ce que la musique classique nourrit mal son homme. Même le virtuose doit travailler dur, c’est un artisan, et le succès est précaire. Cela le rend humble. La condition nécessaire du génie ?

Surtout, le peu de gloire refroidit le candidat. La mauvaise monnaie ne chasse pas la bonne.

Mal français

Pourquoi nous traite-t-on d’arrogants ? Le Français donne l’impression de tout savoir, tout en ne sachant rien ?

D’où cela pourrait-il venir ?

Anecdote révélatrice ? Un investisseur en puissance s’épuise à expliquer à un entrepreneur ce qui, en termes techniques, s’appelle les bases du marketing. Peut-être, lui dit-il, auriez-vous besoin d’une formation ? Comment ! Mais j’ai suivi les cours de M.X de l’université de Y !

Je me demande si cela ne tient pas à notre éducation. Nous pensons que connaître la bonne formule veut dire savoir l’appliquer. D’où l’importance du diplôme pour le Français. Paradoxalement, au moment où l’on se lamente de l’incompétence des enseignants (généralement traités de ratés n’ayant pu réussir une carrière !), jamais celui-ci n’a eu plus d’importance. A tel point que l’on n’arrête pas d’en acquérir toute sa vie, coaching, intelligence artificielle, programmation « zero code », administrateur indépendant…

Mais un métier s’apprend… Voilà ce que l’on devrait enseigner à l’école ?

Portrait de l’artiste enfant

Un privilège de l’âge est d’avoir pu observer le développement de l’homme, et peut-être surtout les relations entre générations et leurs conséquences.

Par exemple, il est surprenant de constater que ce qui pourrait paraître une petite particularité amusante de l’adulte peut avoir comme impact sur l’enfant. C’est ainsi que le parent découvre souvent que son enfant lui en veut « à mort », alors qu’il n’a rien vu venir.

Est-ce étonnant ? Les parents sont inexpérimentés. Ils sortent de l’enfance. Jusque-là on ne les prenait pas au sérieux. Ils étaient « mineurs ». Et, soudainement, on leur confie des êtres humains sans défense, sur lesquels ils ont droit de vie ou de mort. On peut difficilement imaginer changement plus violent. Cela ne peut que produire un cercle vicieux : au lieu de chercher le « juste milieu », l’enfant devenu adulte adopte l’opposé de ce qu’il croit avoir reçu, selon la fameuse formule : « je te donne ce que je n’ai pas eu ».

Or l’enfance et l’âge adulte sont extrêmement différents. L’âge adulte est une sorte de redoublement permanent : la vie fait du surplace. L’enfance au contraire est un moyen-âge de l’humanité où tout est merveilleux. Un monde de contes de fées, plein d’histoires. Où tout incident prend des dimensions fantastiques.

Ce qui amène à prendre conscience d’un mystère : la façon dont on devient homme. L’homme est le fruit d’une quantité d’influences, d’expériences, de hasards. Il y a certainement de l’inné dans sa constitution, mais il peut en sortir une infinité de solutions. Il semble donc illusoire de rêver d’une humanité douée de raison. Il faut s’attendre aux surprises de la diversité.

Comprendre

De fait de mon travail, je dois beaucoup communiquer. Or, je constate systématiquement que l’on me pose des problèmes dont j’ai donné la solution il y a longtemps. Et je peux répéter, rien ne change.

En fait, tout change parfois. C’est lorsque la personne se trouve en situation de « responsabilité ». Son « anxiété de survie » se met en marche. Et cela semble déclencher son cerveau. Elle est inquiète. Elle ne sait plus rien. A la façon de la personne qui se noie, elle cherche à se raccrocher à quelque perche des environs. Et elle redécouvre ce que je m’évertuais à lui dire. Mais elle le fait à sa manière, comme si je n’avais jamais existé.

C’est probablement aussi comme cela que j’ai appris. J’ai commencé par penser que les figures d’autorité que l’on me donnait en exemple étaient incompréhensibles, jusqu’à ce que je me trouve dans la situation qui les avait amenées à concevoir leurs idées. Le principe d’une pédagogie digne de ce nom ?

Du diplôme

Le diplôme sanctionne-t-il une quelconque supériorité ou n’est-il là que pour imposer une division artificielle de la société ? Apporter une légitimité au dominant ?

Curieusement, c’est la question que je me pose en écoutant les histoires policières de la BBC. Dans la hiérarchie des mérites, les policiers ne sont pas loin d’être considérés comme la lie de la société, et pourtant, ils font des miracles. Et sans eux il n’y aurait pas de société…

D’ailleurs la plupart des grands artistes d’après guerre ont eu un physique, avant d’avoir un talent. Désormais pour jouer la comédie ou réaliser un film, il faut être diplômé. Qu’y avons nous gagné ?

La « pénurie RH » du moment a fait prendre conscience au recruteur que ce qui comptait était la motivation : quand on veut, on peut, en quelque-sorte.

(Pour le reste, il est possible que ce que le diplôme apportait jadis d’avantages se soit diffusé dans la société, via l’enseignement pour tous, aussi mauvais qu’il soit, la littérature, Internet…)

Apprentissage

Grand débat concernant l’apprentissage, en Angleterre. Les opinions qui s’affrontent semblent les mêmes que celles que l’on entend en France.

D’un côté, il est dit que l’apprentissage est utile, qu’il correspond à des emplois que l’on ne parvient pas à remplir, et qu’il permet d’éviter à une partie de la population chômage et pauvreté, de l’autre, on répond que ce n’est pas noble, c’est une discrimination.

La particularité de la France est, probablement, l’hypocrisie. On fait, mais on ne dit pas. L’apprentissage gagne de plus en plus de terrain.

Peut être ferait-on bien de regarder la vérité en face ? Nous sommes discriminés de naissance. Le système actuel ne fait que renforcer cette discrimination. Il y a aussi des différences de talent et d’aspirations. Et la société, en prétendant nous dire ce qui est bien et mal, ne fait pas notre bien.

Une fois que l’on voit la vérité, il est possible d’agir. Il y a des « déclassés », et leur mal est le chômage. L’apprentissage est une solution. Ils peuvent aussi avoir un talent pour les études dites supérieures. A défaut de l’ascenseur scolaire de la 3ème République, le « numérique » donne accès à des moyens de se former tout au long de sa vie. Quant aux classes privilégiées, leurs rejetons doivent comprendre que l’on peut bien mieux être heureux en travaillant de ses mains qu’en perdant son temps dans des études pour lesquelles on n’est pas fait.

Mauvais genre

Le gouvernement anglais envisagerait d’interdire aux enseignants de parler de « genre » aux jeunes enfants. (Nouvelles de la BBC.)

La raison ne me paraît pas claire. Serait-ce parce que ce type de cours s’apparente au « harmful online content » qu’il essaie aussi de combattre ?

En fait, ce sont le « offline content » qui est surtout « harmful ». C’est pour cette raison que l’on a cherché à protéger l’enfant.

Mais peut-on véritablement le protéger ? D’ailleurs, n’est-il pas entre les mains de ce qu’il y a de plus « harmful » : des parents dangereusement inexpérimentés ?

Education

Déception. Je pensais écouter une émission sur l’éducation, alors qu’elle se demandait seulement comment faire entrer ses enfants dans la « bonne » école.

Mais est-ce que les écoles réputées sont bonnes pour les enfants ?

Il me semble qu’il y a des fondamentaux à acquérir, mais que l’éducation est avant tout une question de détection de talent. De « réalisation » de soi, selon l’expression de Maslow. En cela, je suis probablement proche des protestants.

Je constate aussi que ce qui fait défaut au monde anglo-saxon, et, de plus en plus au nôtre, qui le copie, c’est que l’on n’y a plus la tête pour les mathématiques. Si bien qu’on doit aller la chercher chez les Indiens.

Pour autant, les Anglos-saxons ont l’avantage sur nous de former, au moins ce qu’ils considèrent comme des « élites », à la pensée et au débat. Curieusement, nous eûmes aussi de grands orateurs, mais ils ont disparu. Notre élite moderne est littéraire sans avoir les vertus des littéraires. C’est certainement pour cela qu’elle s’auto proclame « élite » : ce n’est pas un terme qu’on lui associe spontanément.

D’ailleurs, la notion d’élite est probablement mauvaise pour la santé. On tend à l’isoler dans des universités où elle est supposée se cultiver loin des influences délétères de la société. C’est exactement le projet de l’abbaye de Thélème. Or, c’est un environnement qui crée des intellectuels, ou, selon l’expression de Dostoievesky, des « possédés ».

Les Grecs avaient certainement raison lorsqu’ils pensaient que la vie de l’intellect devait succéder à celle de l’action. Ce dont Montaigne est l’exemple.

L’art d’être grand père

« Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » (Oscar Wilde.)

J’ai remarqué que les grands parents sont généralement de meilleurs parents que les parents.

Je me demande si cela ne tient pas essentiellement à ce que me disait quelqu’un qui était parvenu à installer un ERP, ce qui, à l’époque, était rare : « on a réussi parce que l’on avait connu un premier échec ».

(PS. Depuis que j’ai écrit cet article, j’ai testé sa thèse. Une personne consultée à ce sujet m’a dit qu’elle avait le sentiment d’avoir réussi ses enfants, et qu’elle n’était pas impatiente d’avoir des petits enfants…)