Energie renouvelable : attrape gogo ?

Je reçois un mail – tract m’informant que « l’olien ne produit pratiquement rien« . En effet, du fait de son imprévisibilité, l’énergie générée est perdue. Bref, le contribuable se fait arnaquer au profit d’opérateurs privés.
Seulement, je suis tombé sur une vidéo d’EDF, qui explique, ce qui m’a surpris, que ses centrales sont capables de réduire ou d’augmenter radicalement leur production. De ce fait, elles peuvent s’adapter au renouvelable.  
Décidément, EDF a un problème de communication ?

Vie des centrales

Il est question d’allonger la vie des centrales nucléaires. De trente à quarante ans. Je pensais qu’on allait constater qu’on avait fait un peu trop appel au principe de précaution lorsque l’on avait calculé leur durée de peremption. Et qu’elles pouvaient bien tenir dix ans de plus. 
Mais, en allant sur le site web d’EDF, j’ai découvert que le passage de trente à quarante correspond à un programme de changement des équipements des centrales. Je ne suis pas capable de juger de sa pertinence. Seulement, je constate que j’étais victime de préjugés, et qu’EDF communique fort mal.

La libéralisation de l'économie expliquée

La libéralisation de l’économie expliquée :

A partir des années 90, la Commission européenne exige des États membres de libéraliser de vastes secteurs de leur économie, notamment celui de l’énergie. L’objectif était de casser les monopoles verticalement intégrés afin de faire jouer la concurrence. EDF est donc contrainte, de l’amont à l’aval, d’opérer une séparation juridique entre ses activités (création d’ERDF et de RTE). L’État « stratège » opérant un pilotage de long terme des différentes entreprises de l’énergie laisse progressivement place à un État « neutre », c’est-à-dire gardant l’actionnariat par sécurité sans imposer sa vision aux entreprises.

Autrement dit, la libéralisation du service public, c’est, pour l’Etat, conserver la propriété, sans rien contrôler de ce qui est décidé ? Cela me rappelle l’histoire (vraie) d’un dirigeant à qui son oncle avait dit de ne pas « déléguer la signature ». Du coup, il donnait à son comptable des chèques signés, à remplir… 
Notre élite intellectuelle serait-elle adepte de la pensée magique ?
(En tout cas, le résultat, en ce qui concerne EDF, est désastreux. A tel point que l’on en appelle à un retour du Colbertisme.)

Borloo PDG de Veolia, ou le retour de l’Ancien régime ?

Il semblerait que le patron d’EDF, ami de notre président, ne soit pas content que son successeur chez Veolia mette en cause la stratégie d’expansion qu’il avait décidée pour le groupe. Il voudrait le faire renvoyer. M.Borloo pourrait le remplacer. (Jean-Louis Borloo pressenti pour Veolia – LeMonde.fr)

La France est fameuse pour parachuter des hauts fonctionnaires à la tête de ses multinationales. Beaucoup pensent d’ailleurs que c’est de là que vient l’inefficacité de son économie.

Cependant, il y avait une logique dans le système français. Les dits fonctionnaires étaient supposés avoir des QI exceptionnels, et appliquer la politique de l’État à une entreprise qui n’en était que le prolongement.

Y a-t-il un changement de modèle ? La présidence de la multinationale devient elle une « charge » ? Suffit-il d’être un favori du prince pour la recevoir ? Retour à l’Ancien régime ?

Compléments :

Démocratie verte

Hier, j’entends dire que, en accord avec les verts, le programme du PS annonce la disparition de 24 centrales nucléaires, mais que l’intervention d’un ami du patron d’EDF a évité que le dit programme ne lui soit encore plus défavorable.

Est-ce cela la démocratie ? Le problème infiniment complexe de l’énergie est réglé en 5 minutes par des manœuvres d’arrière cuisine, ayant pour seule rationalité l’idéologie d’intérêts particuliers ? C’est cela le dialogue avec les parties prenantes dont le développement durable parle tant ?

Pas joli-joli ?

Champions nationaux

Après l’ère libérale, nous en sommes revenus à une politique industrielle, une forme de protectionnisme.

Curieusement, il semblerait que beaucoup de nos champions soient nos ex services publics (EDF, FT, RATP, SNCF) ou une combinaison privé public (GDF Suez).

Nos précédentes expériences dans le domaine n’ont pas connu que des succès : FT, Crédit Lyonnais… Sans parler des multiples « plans » (cf. le « plan calcul » qui devait nous transformer en silicon valley…).

Le danger de l’opération est, outre le risque du « too big to fail » (FT), une croissance externe déraisonnable (FT, Crédit Lyonnais), combinée à un monopole national qui essorerait le petit peuple.

Le facteur clé de succès est probablement une croissance interne, à l’allemande, c’est-à-dire la capacité à investir à bon escient. Pour cela il faut des dirigeants qui comprennent le métier et le marché de l’entreprise, des entrepreneurs.

Compléments :

  • La politique industrielle consiste à développer les compétences naturelles du tissu économique national, pour qu’il acquiert un avantage qui lui permette de décourager les offres concurrentes. (Ce qui n’est pas forcément répréhensible : le système mondial atteint un équilibre sain, si chaque nation parvient à développer des compétences à elle.) LIST, Friedrich, Système national d’économie politique, Gallimard, 1998.

Japon, nucléaire et danger

Tremblement de terre au Japon, tsunami dévastateur, et centrales nucléaires dont les circuits de refroidissement n’arrivent pas à redémarrer et qui doivent relâcher des effluves radioactives pour éviter l’accident.
Le nucléaire est-il aussi sûr qu’on le dit ? Est-il suffisamment protégé ?…
Quid de notre cas ? Nos centrales sont vieilles, mal entretenues ?, et ce n’est plus le service public qui intéresse EDF, et encore moins la France, mais son expansion internationale (et la fortune de ses actionnaires ?).
Compléments :

Réseau électrique français

Notre réseau électrique n’aurait pas été entretenu.
Effet inattendu de la transformation d’un service public en une entreprise en situation de monopole ?
Pourtant le livre d’économie pour débutant explique que le monopole n’innove pas, il exploite son marché.
Est-ce la raison qui a poussé à la déréglementation des services publics, et, surtout, à la façon dont elle a été menée ? « On n’a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le ciel » ?

Changement sexiste

Discussion sur le changement organisée par des élèves de Sciences U. Cécille Etrillard raconte son expérience (remarquable) de changements chez EDF. Au passage, elle fait une remarque qu’elle dit sexiste : la conduite du changement est art de l’influence, les femmes ont donc un avantage décisif. Je suis d’accord. Voici quelques caractéristiques favorables, ou non, au changement, selon moi.

  • Résultat préliminaire (qui explique la suite) : savoir conduire le changement, c’est savoir utiliser les lois invisibles de la société.
  • Les femmes ont une approche sociale du monde, alors que l’homme donne de la tête contre les murs.
  • Les nations individualistes (Anglo-saxons, pays nordiques, la France dans une moindre mesure mais tout de même en haut de classement mondial) tendent à être nettement moins douées pour l’animation du changement que les pays communautaires (Maghreb, Asie…). J’ai été très impressionné, par exemple, par la capacité à conduire le changement d’étudiants marocains et algériens. De même, j’ai noté lors d’un rappel à l’ordre des élèves d’un Master, la différence de réaction des participants. Une étudiante Biélorusse, et une autre d’origine chinoise ont répondu immédiatement : « qu’avons-nous fait », « comment pouvons nous nous tirer de cette affaire ». Les Français ont cherché un coupable. Par contre, les communautaires tendent à manquer de cap, de méthode. Les techniques « individualistes » (schémas directeurs) leur sont d’une grande utilité.
  • Ceux qui ont une vision, mais pas le pouvoir officiel de la mettre en œuvre, tendent à découvrir les leviers cachés de la société. Ils deviennent des leaders naturels. Ceux qui font bouger les organisations sont bien plus souvent en leur sein qu’à leur tête. « Il faut bien que je les suive, je suis leur chef » aurait dit La Fayette.
  • L’Éducation nationale, par son obsession de la rationalité, de l’équation, de l’unicité de la vérité… produit des personnels incapables de conduire le changement. Ce que n’arrange pas le fait que l’élite universitaire tend à avoir immédiatement du pouvoir (cf. point précédent). En termes de conduite du changement, l’autodidacte a un avantage colossal.
Compléments :

EDF

« Faute d’investissements suffisants, le réseau de distribution d’EDF est en piteux état. Particulièrement en zone rurale. Pis, son mauvais entretien le rend de plus en plus vulnérable aux aléas climatiques »

A périmètre et change constants, l’activité recule de 1,6 %, en raison d’une baisse des prix de l’électricité et du gaz à l’étranger. En France, le chiffre d’affaires progresse au contraire de 1,4 %, la demande ayant été stimulée par un climat rigoureux.

Était-il judicieux d’accumuler autant de dettes pour un tel résultat ?