Ecole de voile

La France domine les grandes courses à la voile. Cela n’a pas toujours été le cas. La gloire de Tabarly est d’avoir ébranlé le joug anglais sur la Transat. Idem en Handball. La France semble devenue invincible, alors qu’elle n’était rien il y a une trentaine d’années.

La théorie du « cluster » s’oppose à celle du marché. La créativité est une question d’écosystème pas de concurrence brutale. Copions-nous ! Piquez des idées à l’autre, profitez gratuitement de son savoir. L’autre se repaiera en récupérant ce que la fauche a suscité d’idées neuves chez vous. Le tout  crée une dynamique stimulante. C’est comme cela qu’a avancé la recherche scientifique.

Comment lancer le phénomène ? Pour la voile, il y a eu Tabarly, pour le Handball, un entraîneur, Michel Costantini. Il semble qu’il y ait toujours une figure marquante. Dans les deux cas, on a une personne qui a duré, qui a gagné, exceptionnellement longtemps. Car il faut, aussi, avoir le temps de susciter un mouvement d’entraînement qui survive, et permette de créer l’infrastructure qui va former les nouveaux champions. Il y a eu des champions de tennis en Suède, en Allemagne, en Espagne ou en France, mais il n’y a pas eu création d’une école durable. Finalement, l’interventionnisme est à manier avec précaution. En protégeant son industrie de la machine-outil, une des meilleures du monde, la France l’a tuée. Et elle s’est ruinée en plans calculs ou autres. Bref, mystère.

Changement, écosystème et chaos

Comment se reconstitue un écosystème après une explosion nucléaire ? C’est imprévisible. Le hasard a le dernier mot. Sauf, si les conditions sont très hostiles. Alors, il arrive qu’il n’y ait qu’une solution possible. Un autre article conclut aussi qu’à conditions identiques, résultats différents. Et là, sans explosion nucléaire. On retrouve les résultats de la théorie du chaos. 

Comme quoi, le hasard joue un rôle infiniment plus grand dans notre vie que nous ne le pensons. Et la composition d’un écosystème est beaucoup moins fixe qu’on ne le dit. 

La grève, arme absolue du capitalisme ?

Caricature (ancienne) de The Economist. Le capitalisme est dangereux. Mais bien moins que tous les régimes qui ont voulu le remplacer.
Cela rappelle ce qui s’est passé au Venezuela. L’industrie pétrolière s’est opposée à l’Etat. L’Etat a licencié ses cadres. Depuis, elle ne fonctionne plus. Tocqueville avait noté le phénomène en 1848. Le peuple est plus fort que tout. Mais il est incapable de gouverner. Il n’a pas été formé pour.
Curieusement, une société a besoin de ceux qui « font le mal » pour « faire le bien ». Et c’est ce qu’ils exploitent. Car, plus ils sont injustes, plus ils suscitent de réactions violentes qui, faute d’eux, donnent des cataclysmes totalitaires. Que le capitaliste fasse grève, et c’est le bain de sang. Cela va bien au-delà des théories d’Ayn Rand !
Solution ? Le problème vient de la division des tâches. Il faut un autocontrôle social. L’individu doit pouvoir être remplacé par la société, combinant ses forces. 

Ecosystème et liberté

L’écosystème joue un rôle déterminant dans la liberté individuelle, ai-je dit. Ma définition d’écosystème n’est pas habituelle.

Définition. Selon moi, un écosystème est un ensemble d’individus dont chacun a un savoir unique, mais qui peut être remplacé par la combinaison des autres. 

Corollaires
L’écosystème a un moteur. La course de l’individu « contre » le reste de l’écosystème. L’individu fait face au risque d’obsolescence. L’écosystème à celui de la dépendance.
Chaque individu doit donc se cultiver, et, surtout, bien connaître les autres membres de l’écosystème, et ce, paradoxalement, de façon à pouvoir être indépendant de chacun d’entre eux. (Je t’aime, moi non plus ?) Il faut du contact, de l’échange.
Reste la question de l’éducation du nouvel homme (enfant). Comment faire qu’il devienne être libre ? Le modèle de Maslow me semble s’appliquer : son écosystème doit apporter à l’individu les moyens de donner ce qu’il peut être le seul à donner.
  • Je crois que le plus gros du problème est résolu si l’écosystème traite la question en sa qualité de groupe (non plus d’individus). Alors, il va chercher une solution qui est bonne pour le groupe. Donc, probablement, à aider l’enfant, plutôt qu’à l’asservir.
  • Ensuite, l’enfant doit être équipé pour une vie d’écosystème. Il doit apprendre à remettre en cause les idées reçues (étonnement qui est la base de la philosophie). Pour cela, il doit apprendre à tisser des écosystèmes. Et à identifier et développer ses compétences.
Résumé. Un écosystème digne de ce nom a deux conséquences sur l’individu : il l’aide à développer une compétence unique (autoréalisation de Maslow) ; il lui apprend à penser et agir collectivement (plus une idée de Kant que de Maslow ?). 

Que signifie être libre ?

Selon les Lumières, nous devons apprendre à utiliser notre raison. Qu’est-ce que cela signifie ? D’abord, un objectif, disent les Lumières : être capable de mettre en cause les idées reçues, les idéologies que la société cherche à nous imposer, dans l’intérêt de certains. Mais comment procéder ?
Il me semble, pour commencer, qu’il faut toujours « pédaler ». Lorsque l’on est « en roue libre », c’est que l’on est emmené par l’intérêt de quelqu’un d’autre. On est sur un tandem. Notre éducation nous a appris qu’il était agréable d’être obéissants. Voilà, peut-être, un signal d’alarme.

Conséquence importante. Il faut aimer l’aléa. Il faut être optimiste au sens de Martin Seligman. C’est-à-dire voir le pépin comme une chance de s’améliorer, de se transformer. Autre définition de résilience.
Pour être résilient, il faut être armé. Je ne crois pas que l’on puisse se sortir seul des idéologies, c’est trop compliqué. Le moyen d’exploiter l’aléa est d’appartenir à un écosystème de gens intelligents. Ils doivent nous aider à réfléchir et à en mettre en œuvre ce que nous avons trouvé (les pragmatistes parlent « d’enquête »).
D’où un autre impératif pour l’individu. Pour faire parti d’un écosystème, il doit lui être utile. Pour ce faire, il doit développer une compétence unique. C’est le « travail ». Un travail utile à la collectivité.
Je soupçonne que cette question de travail est critique, comme le dit Hannah Arendt. Mais qu’elle a mal traité la question. Pour commencer il y a deux façons de voir le travail. Une bonne, celle dont parle le paragraphe précédent. Une mauvaise, qui fait de l’individu soit un parasite qui se cultive sans que cela n’apporte rien au groupe (l’ermite ?), soit, au contraire, une « bête de somme » décérébrée (la définition d’Hannah Arendt).
Mais il y a mieux. Cette question du travail montre le danger d’une certaine forme de pédalage. Celui qui confond liberté et mise en question permanente, rébellion, ne fait que papillonner. Il n’accumule rien. (Contrairement à Hannah Arendt, qui a passé sa vie à transformer la philosophie mondiale en outil de combat.)
Résumé. Être libre, c’est choisir ses chaînes. Mais pouvoir les casser à tout instant. 

Comment construire une société d’hommes libres ?

Comment créer une société de gens libres, sachant que la liberté individuelle tend à être interprétée comme signifiant l’esclavage de l’(autre) homme ? Suite de deux billets précédents sur la liberté.

Les Lumières semblaient penser que c’était la société qui assurerait la rédemption de l’homme, naturellement porté au totalitarisme. Elle lui donnerait une raison « humaniste ». Mais les solutions proposées par les Lumières ne me semblent pas fonctionner. Montesquieu, par exemple, prônait une société dysfonctionnelle. Les forces susceptibles d’écraser l’homme se contrebalancent les unes les autres (exécutif, législatif et judiciaire). Or, cela laisse de la place à l’oppression locale, en particulier celle de l’enfant par une éducation malfaisante. En outre, comme l’a montré la 5ème République, ces pouvoirs peuvent être asservis. 
Une meilleure idée me semble être l’écosystème. Autrement dit éviter le contact direct (long) de l’homme avec l’homme. Toute relation passe par la médiation de la société vue comme un écosystème. La société doit elle-même être « équilibrée » au sens de Montesquieu, de façon à aider l’individu à apprendre à être libre. C’est-à-dire à utiliser correctement sa raison.
Je vais développer cette idée dans deux prochains billets.  
(Une précision concernant l’idée principale de ce billet. Le contrôle de la société doit se faire de manière « micro », par le lien social, et non « macro » – pouvoirs qui se contrebalancent – comme dans le modèle de Montesquieu.)

Et si l'innovation était une question d'alliances ?

Et si une entreprise analysait ses alliances comme son portefeuille de produits, avec une sorte de « matrice BCG » ? Intérêt ? Avoir des alliances diverses permet, en les mélangeant, d’innover par codéveloppement. Exemple Toyota contre Peugeot. Toyota, alliances équilibrées. Peugeot, recherche quasi exclusive de la réduction de coûts…

L’article, venu de l’Insead.

Mes idées d’écosystème seraient elles en passe de gagner du terrain ?

(Un autre graphique fameux : les 5 forces de Porter, en VO.)

Ecosystème d'idées ?

Un article disait que les écosystèmes naturels n’étaient pas stables. Leurs espèces constitutives variaient. J’ai l’impression qu’il en est de même pour les idées. Par exemple, le FN défend maintenant les pauvres et les droits de l’homme, alors que la gauche leur préfère les discriminations. De même, les homosexuels sont passés de droite à gauche. Quant au mariage, on se l’arrache, alors que la gauche me semblait jadis lui préférer l’union libre.

L’écosystème est-il une girouette ? Et si, au contraire, il avait une identité, et que celle-ci cherchait à s’adapter aux circonstances en modifiant les espèces qui la composent ? De même qu’une équipe de foot est modifiée, lorsqu’elle a des difficultés, ou qu’elle change de division. Par exemple, la gauche n’est-elle pas le parti du « bien » (par opposition au « mal ») ? Le FN, celui de la nation ?

Quelle est « l’identité » d’un écosystème naturel ?

Rendre une société résiliente

Je poursuis ma réflexion sur la résilience. Cet épisode : comment constituer une société résiliente ? (Le précédent : croissance et résilience.)

J’en arrive à penser que c’est une question d’écosystème. Caractéristique clé ? N’importe lequel de ses membres est remplaçable. Pas par un autre mais par la combinaison de tous les autres. D’où résistance au choc et au parasitisme. Comment y parvenir ?

  • Cela demande formation mais aussi travail de groupe pour se connaître. Il faut avoir de la curiosité pour les autres. Vouloir faire plus que son travail. Anti division des tâches.
  • Cela interdit l’autisme mais pas une forme de spécialisation. Au contraire. Elle permet de concentrer tout un savoir dans un seul lieu, et de le faire évoluer rapidement. Elle force le reste de l’écosystème à s’adapter de manière à pouvoir assumer cette fonction, si elle vient à manquer. Sorte de course entre l’individu et le groupe, l’un étant enchaîné à l’autre.

D’où la question de la solidité du lien. Trop fort, il assomme l’individu, et provoque le repli (Asie ?), trop faible, il fait exploser la société (Ouest ?). Probablement, il n’existe pas de méthode de dimensionnement de la dite solidité. Mais, un homme averti en vaut deux ?

(L’exemple qui m’inspire ces idées.)

Interrogation sur le développement durable

Nous découvrons aujourd’hui que l’homme est un écosystème. Or, la révolution pastorienne a consisté à détruire une partie du dit écosystème. Il n’est pas impossible que cela finisse par nous coûter cher. Mais, d’un autre côté, nous ne pouvions peut-être pas faire autrement, car l’invention de l’agriculture a créé tout un tas d’épidémies qui nous décimaient.

Ce n’est pas que le capitalisme qui fonctionne par destruction créatrice, mais la civilisation elle-même, me semble-t-il. Son principe paraît être « ce qui ne tue pas renforce ». Nous agressons la nature, qui nous le rend (au centuple ?), ce qui nous force à évoluer, dans la douleur. La science de l’ingénieur est une illustration de ce principe. C’est l’art de l’approximation. Quant à ses conséquences, elles seront payées par nos descendants.

Mais ce processus peut-il se poursuivre éternellement ? Et si, au prochain match retour, la revanche de la nature était d’une brutalité dont notre espèce n’arrive pas à se relever ? Ne serait-il pas temps de réfléchir à un mode de développement qui remplace l’agression aveugle par une forme de coopération ? Est-ce cela le développement durable ?

(Sur ce thème, voir les travaux de Spencer Wells. Prolongement de mon billet sur croissance et résilience.)