L’open innovation revisitée

Open innovation ? Je me méfiais de ce terme, que j’associe à la mode, hautement artificielle et spéculative, des start up.

Eh bien, il se pourrait que je me sois trompé :

« L’hybridation des espaces, comme des organisations, est une tendance qui tend à se développer au-delà même des tiers-lieux. Les tiers-lieux en constituent ainsi un signal faible. Il s’agit finalement de la suite logique de la démarche d’open innovation initiée ces dernières années : développement de collaborations multi-acteurs (privés / publics, grands groupes / PME, associations et entreprises), dans toute leur diversité, mixant et mutualisant les secteurs et savoir-faire. L’hybridation permet de mélanger et mettre ensemble des métiers, des personnes, des usages, des compétences qui semblent différents mais qui, ensemble, créent un nouvel usage, un nouveau produit, etc. Ce phénomène est corrélé au besoin de recréer du lien et de favoriser l’intelligence collective par plus de transversalité et de pluridisciplinarité, afin de relever les défis considérables qui nous attendent. »

Effectivement. Je constate qu’il y a une tendance « sociétale » à « l’hybridation ». Tout ce que nous fabriquons est maintenant un mélange de technologies qui, jusque-là, ne se connaissaient pas. Voitures, bicyclettes, électroménager, téléphone, animaux… On rêve même d’équiper les enfants de capteurs. La création devient « écosystémique »… Après un temps où l’autiste digital était roi, « l’intelligence relationnelle » va-t-elle prendre sa revanche ?

Ecosystème européen

L’Europe, en partie le monde, semble illustrer ma théorie sur les écosystèmes. Cette théorie dit qu’un écosystème digne de ce nom est résilient par nature, et qu’il doit cette résilience à sa capacité à remplacer un de ses membres. Il y parvient parce que, ensemble, les autres membres de l’écosystème ont les moyens de se répartir les fonctions que le membre remplacé a.

Aujourd’hui, une partie de l’humanité cherche à se réorganiser pour se passer de la Russie. 

(Ce qui me rappelle ce que j’ai lu sur les Vikings : chez eux la peine capitale n’était pas la mort, mais l’ostracisme.) 

Le carnivore réservoir de maladies

Le carnivore d’élevage serait un porteur sain de maladies. Et ce, paradoxalement, du fait d’un déficit de système immunitaire (serait-ce une bonne chose d’avoir un faible système immunitaire ?). Bref, gros danger pour l’homme. (Université de Cambridge.) 

Cette épidémie est-elle en train de nous amener à découvrir les effets imprévus de nos pratiques contre nature ?

hacking et écosystème

L’innovation change ! Pendant longtemps, on nous a dit qu’elle était une question de « hacking », de piratage. Maintenant on pense qu’elle est le fait « d’écosystèmes ». La créativité qui « casse la baraque » est un travail de groupe bien choisi. (Article.)

Est-ce l’innovation qui change ou la société ? Dans une « société d’individus », l’innovation débarrasse l’homme des liens qui l’entravent. Dans une société solidaire, l’union fait la force ?

Eloge de la différence

J’aide beaucoup de monde. C’est un trait quasi génétique. Un phénomène qui me surprend toujours est le « réflexe totalitaire ».

Quelqu’un qui souffre tend, paradoxalement, à vouloir renverser l’ordre des choses, en s’affirmant comme le meilleur. Par exemple quelqu’un qui est désorganisé va dire que la désorganisation est mieux que l’organisation, ou quelqu’un qui souffre de la hiérarchie des diplômes en France va affirmer que le sien est meilleur que celui de polytechnique.

Aristote s’est penché sur cette question. Il explique que l’envers d’un vice est un autre vice. La bonne réaction au vice, c’est le « juste milieu » entre lui et son opposé. Juste milieu à chercher au coup par coup.

Ici, je crois que le juste milieu, c’est la différence. Le monde est comme un écosystème naturel, il s’enrichit de la diversité. En revanche, il crève du totalitarisme ?

Un écosystème ne se préserve pas

Le fait que les cimetières soient pleins de gens indispensables en dit long sur les écosystèmes. (Billet précédent.)

Si une espèce disparaît « l’écosystème » se reconstitue avec ce qu’il a. (Cela tient probablement à ce que l’écosystème, dans son ensemble, a les moyens de remplacer la fonction perdue.) Ce n’est pas le même écosystème.

Conserver les écosystèmes n’a donc probablement pas beaucoup de sens. Pour autant, les exploiter comme nous le faisons (avec sa conséquence en termes d’épidémies) n’est probablement pas meilleur. Il faut trouver un moyen intermédiaire : en tirer partie, en y participant ?

Coronavirus du SARS : une explication

Opportunément, en cette période d’épidémie de coronavirus, France Culture diffusait un cours sur le coronavirus du SARS du début de notre siècle : « le virus venu de nulle part« .

Voici ce que j’en retiens.

Ce fut un virus qui se communiquait par relation de proximité (par éternuements). Ce sont les hôpitaux qui ont répandu la maladie. Les personnels hospitaliers ont été sévèrement touchés. Paradoxalement, les enfants étaient épargnés, et tout le monde n’était pas aussi sensible au virus. 10% des personnes infectées mourraient. L’épidémie s’est arrêtée en été. Le virus était une mutation venue de la chauve-souris à l’homme en passant par la civette. Il semble que ce soit le mode de vie chinois qui soit à l’origine de l’épidémie : le Chinois mange quasiment tous les animaux, et ceux-ci, qui ne devraient jamais se rencontrer, sont mélangés dans des marchés. L’amélioration du niveau de vie du Chinois a augmenté sa consommation. Dans le cas du SARS, la croissance de la demande en civettes a amené l’apparition d’élevages industriels de civettes, favorables à l’évolution et à la dissémination d’un virus.

En écoutant ce cours, j’ai pensé que la nouvelle épidémie avait probablement une origine similaire. Toutes les grandes épidémies semblent avoir la même cause : le « progrès » amène l’humanité à des pratiques « contre nature ». Ce qui produit une conséquence imprévue : l’épidémie, comme résultat de déséquilibre de l’écosystème.

Mais, qui ne tue pas renforce, dirait Nietzsche. Jouer avec le feu n’a pas que des désavantages…

Création d'emploi : Dunkerque et l'effet écosystème

Les entreprises s’installent à Dunkerque. Pourquoi ? « Accompagnement des collectivités locales » (par exemple facilité pour trouver des terrains pour étendre son usine), « triangle de capitales » à proximité, « troisième port de France », et une population qui a la « culture de l’industrie ».C’est ce que l’on appelle un « écosystème » favorable. Il n’est pas certain que nos hommes politiques aient pensé à le cultiver, ces derniers temps.

Mais il y a un changement. Car, ce que cette vidéo a de curieux est que ce qu’on y voit n’est pas écologique. Ce n’est pas culturel, non plus. C’est de l’industrie lourde et polluante. Seulement cette industrie fournit de l’emploi. Et l’emploi redevient, mais un peu tard ?, une préoccupation de nos dirigeants ?

Ecosystème et auto-régulation sociale

Les grèves nous montrent que notre société n’est que monopoles, qui peuvent la paralyser. Ce n’est pas uniquement le cas des services publics. Il en est de même de tout. De la médecine, par exemple. Conséquence imprévue de la division des tâches ? Comment y remédier ?

La concurrence ! diront les libéraux. Mais, de la concurrence émerge l’entente, l’oligopole. Toutes les entreprises d’un même secteur font la même chose au même moment. Idem pour le personnel politique. (C’est logique : c’est en s’entendant que l’on a le plus à gagner.)

L’écosystème. Dans l’écosystème, il y a spécialisations, mais pas monopoles. Vous parvenez à vous soigner, même lorsque votre médecin est en vacances, SOS médecin ne se déplace pas et les urgences sont en grève. C’est ainsi que le système maintient le « spécialiste » sous pression. Mais c’est aussi comme cela que le « spécialiste » (et nous en sommes tous) a la garantie d’une rémunération juste : on le paie pour ne pas avoir à faire son travail, de même que j’appelle un jardinier pour tailler ma haie.

(Ce système est résilient : un spécialiste peut disparaître, sa perte sera compensée, et, peut-être, à long terme, un nouveau spécialiste apparaîtra, mais il ne sera pas forcément identique au premier. En fait, tout l’écosystème aura évolué : la période de remplacement aura modifié la spécialisation de chacun de ses membres.)

Le marché comme écosystème

Discussion avec un des commerçants d’un marché. Ce qui l’inquiète n’est pas tant le manque de clients que les vacances de ses collègues. L’un des marchés dans lequel il pose son étal n’a plus de vendeurs de volailles. Ils sont tous en vacances. Ennuyeux : même s’il y a peu de clients, ils sont fidèles ; et un client qui change d’habitudes, c’est un client perdu. Pour tout le monde.

Changement d’état d’esprit, me dit-il. Avant c’était un pour tous, maintenant c’est chacun pour soi. Jadis, quand un vendeur avait eu un pépin et arrivait en retard, ses collègues l’aidaient à s’installer. Aujourd’hui, c’est fini. C’est à qui prendra la meilleure place de parking, quitte à gêner tous les autres.

Et si la logique du marché n’était pas, comme le disent les économistes nobélisés, celle de la concurrence, mais celle de l’écosystème ? L’individualisme tue le marché ?