La mémoire de l’eau

D’où vient l’eau que l’on trouve sur terre ?

Premier fait : on trouve de l’eau partout dans l’univers. Ensuite, deux théories s’affronteraient : soit l’eau aurait été contenue dans la terre depuis sa création, et aurait été libérée ensuite, par une sorte de « dégazage », soit elle viendrait d’un bombardement extra-terrestre.

Pour essayer de trancher les choses on utilise le rapport « D/H » (rapport entre deutérium (isotope de l’hydrogène) et hydrogène contenus par l’eau). Est-il le même dans les comètes (par exemple) que sur terre ?

J’en retiens que l’on fait preuve de trésors d’ingéniosité, mais que l’on ne sait pas. (La science cqfd, de France culture, sur l’origine des océans.)

Ce qui me semble un grand changement par rapport à mon enfance. Car alors, on n’était que certitudes. Aujourd’hui la science est devenue humble (sauf en ce qui concerne le réchauffement climatique et les vaccins !). Ce qui est la condition du génie ! Voilà qui « ré enchante le monde », redevenu complexe et fascinant, dirait peut-être Max Weber.

Guerre de l’eau

Plus grave que le réchauffement climatique ? Nous pourrions manquer d’eau. Cela tient essentiellement à la démographie galopante et au « progrès », qui en consomme de plus en plus.

Du coup, les pays qui se trouvent en amont des fleuves, assèchent ceux qui sont en aval. Situation d’autant plus explosive que les assécheurs sont souvent alliés aux anticolonialistes, Chine et autre Russie.

Pour autant, il y a aussi des miracles de responsabilité : l’Inde et le Pakistan auraient des accords entre eux qui sont respectés quoi qu’il arrive.

(D’après Affaires étrangères de France Culture – avec, comme d’habitude un décalage de deux semaines.)

L’Etat à l’eau

Rapport de la Cour des comptes. Il parle de la « différence entre les logiques administratives (régions, départements) et hydrographique (bassins versants ou sous-bassins versants) », ayant pour résultat que « 56 % des masses d’eau de surface et 33 % des masses d’eau souterraines ne sont pas en bon état au sens de la directive communautaire sur l’eau ».

Paradoxe d’un Etat surpuissant ? Il a cru qu’il commandait aux éléments ? D’où un délire de directives politiques créant un « mille feuille » d’organismes qui ne sont plus responsables de rien ? Ce qui lui a fait perdre de vue l’intérêt général, la bonne administration de l’eau ?

Cas particulier d’un problème général ? Comment amener l’Etat à prendre à nouveau conscience de ce que doit être son rôle ? De sa Responsabilité Sociale ?

L’eau

GALLAND, Franck, L’eau, Géopolitique, enjeux, stratégies, CNRS éditions, 2008. Dominique Delmas s’inquiète du manque d’eau et des malheurs qu’il pourrait entraîner. Il m’a envoyé ce livre qui analyse la question sous l’angle géostratégique. Souvenirs :
  • D’ores et déjà la situation est déplorable. 1,1 md de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et 2,6md à un assainissement. 4md pourraient être sous stress hydrique en 20025, 90% du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord souffriraient alors de pénurie d’eau. Un milliard de personnes pourraient émigrer faute d’eau. L’agriculture est le gros consommateur d’eau, 70% en moyenne, 82% chez les pays à faibles revenus. Dommage que le livre n’ait pas approfondi la question (une simple meilleure gestion des pertes et de l’évaporation pouvant régler les problèmes du monde).
  • De même, j’aurais aimé que F.Galland creuse deux autres remarques curieuses : un kilo de bœuf demande 15 fois l’eau nécessaire à un kilo de blé. 1 litre de biocarburant demande 1000 litres d’eau ! Étrangement, ce bilan apocalyptique n’a pas de conséquence dans la suite du livre, qui laisse entendre que le retraitement d’eau, et Veolia (pour lequel travaille l’auteur), sauveront la planète.
  • L’eau est devenue une arme. Par exemple, l’industrie israélienne de l’eau est en partie dirigée par d’anciens généraux. La Turquie et la Chine sont des « hydropuissances » qui utilisent leurs fleuves pour servir leurs objectifs géopolitiques.
  • Le cas de la Chine est particulièrement intéressant, comme d’habitude. Le pays donne l’impression d’un très dangereux apprenti sorcier. D’une part il est sous la menace d’une pollution monstre, d’autre part, il manque cruellement d’eau. De surcroit son désir d’exploiter le Xinjiang et le Tibet, et leurs richesses naturelles l’amène à déplacer beaucoup de monde dans des zones arides. Du coup il en est venu à reconcevoir son hydrographie, en alimentant certains fleuves vides avec le cours d’autres, et en utilisant le Tibet, Château d’eau de l’Asie, pour ses besoins. En fait, la Chine est en train d’asservir certains voisins (Birmanie, Laos, Cambodge), et de s’aliéner les autres (Vietnam, Inde), qui s’inquiètent de cet impérialisme. Mais la Chine est un pays fragile. Le mécontentement de ses populations polluées est une redoutable menace à l’ordre public. En termes d’eau, la seule bonne nouvelle vient de Chine. Afin de dominer l’industrie mondiale du secteur, elle veut utiliser les compétences qu’elle doit acquérir pour nettoyer le désastre écologique qu’elle a créé .
  • Plus généralement, le manque d’eau a transformé ceux qui en étaient affectés, notamment Singapour (qui dépend de la Malaisie avec qui il est fâché, et qui exploite donc de plus en plus eaux usées et de pluie) et Israël, sont devenus des champions du traitement d’eau.
Compléments :
  • J’ai préféré à ce livre l’article que cite A boire !

A boire !

ROGERS, Peter, Facing the Freshwater Crisis, Scientific American, août 2008. Décidément, on parle beaucoup de changement ces temps-ci. Sujet de l’article : Effet de serre, croissance de la population et de son niveau de vie : en 2025, même la très chanceuse France consommera beaucoup plus d’eau qu’elle n’en produit ! Heureusement il y a des solutions :
  • Inde et Chine vont être frappées les premières et vont bien devoir en trouver.
  • Augmenter le prix de l’eau, réduire les fuites des systèmes d’irrigation (10% de la consommation pour irrigation = autres emplois de l’eau !), désaliniser… Rien de compliqué. 120$ par personne et par an.

« La communauté internationale peut réduire les risques de crise de l’eau si elle applique son esprit collectif à ce défi. Nous n’avons pas à inventer de nouvelles technologies. Nous devons accélérer l’adoption de techniques existantes pour préserver et augmenter l’approvisionnement en eau. Résoudre le problème de l’eau ne sera pas facile, mais nous pouvons réussir si nous commençons dès maintenant et si nous nous y tenons. Sinon le monde va avoir soif.« 

Commentaires :

  • La crise favorise le changement, parce qu’il ne peut y avoir changement sans Anxiété de survie. C’est pour cela qu’il commence souvent trop tard. Il lui faut, pour se mettre en jambes, quelques drames. Ils sont d’autant plus efficaces qu’ils touchent ceux qui ont les leviers du changement (la Chine et l’Inde dans cet exemple).
  • Changement = solidarité. Une communauté face à un changement doit modifier les règles qui gouvernent son comportement collectif. Pour cela, il doit y avoir une sorte de travail en commun. Une fois les règles revues, chacun peu à nouveau vaquer à ses affaires, comme si les autres n’existaient pas. Il suit les règles communes, et c’est tout ce qu’on lui demande.
  • La croissance en marche forcée caractéristique de l’histoire occidentale puis mondiale de ces derniers siècles consomme les ressources naturelles, elle les transforme. Puisque nous détruisons les bases de notre société, nous devons sans arrêt les réinventer. D’où changements fréquents et solidarité internationale nécessairement de plus en plus étroite, une sorte de fusion internationale. De plus en plus d’hommes suivent de mêmes règles. Amorce de culture mondiale. Manifestation la plus évidente : la langue anglaise n’a plus de frontières.

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