2014 : rien ne va plus ?

En lisant The Economist, je me demandais si 2014 ne pouvait pas voir quelques bouleversements sérieux. Et si l’Inde élisait un homme dangereux ? « Un populiste avec un passé inquiétant et un bon bilan économique. » Le rodéo politique italien se poursuit. Je me demande s’il ne reproduit pas notre troisième République. En tout cas, on semble vouloir s’acheminer, comme chez nous, vers le bipartisme. (Ce qui me semble une idée antidémocratique.) Aux USA, Républicains et Démocrates se sont enfin entendus sur un budget fédéral. Apparemment en jouant sur les mots pour masquer leurs concessions réciproques. Le libéralisme allemand serait en berne, il ne correspond pas à une tradition du pays. Le président turc s’en prend aux forces religieuses modérées. L’Ukraineest toujours aussi incertaine, le peuple (une minorité occidentalisée ?) est dans la rue, mais, pour le reste, cela semble une bataille entre oligarques. Étrange Thaïlande : d’un côté, un parti, représentant le petit peuple, a le pouvoir de gagner les élections, d’un autre, l’opposition a la force de renverser le gouvernement. En Syrie, le démantèlement du stock d’armes chimiques serait un succès, mais la sortie des dites armes dépend de la capacité de M.Assad à dégager des routes, et à gagner des guerres… Finalement, Israël est « désorienté ». « les jeunes Israëliens ont oublié le projet commun des pionniers (…) idem pour les entrepreneurs qui ont fait des fortunes dans les glaces et l’électronique. » Le nouveau dictateur nord coréen fait regretter son père. 
Le peuple chinois ne veut pas des OGM, mais son gouvernement a décidé qu’ils étaient bons pour lui. Résultat de la crise ? Brutalement des négociations de libre échange se dégèlent. Le « Doha round » de l’OMC d’un côté (démarré en 2001), Europe Mercosur de l’autre. Curieusement, les entreprises utiliseraient un prix (coût) du carbone dans leurs calculs d’investissements. Et il serait beaucoup plus élevé que celui des marchés – qui, par ailleurs n’arrivent pas à se mettre en route. (L’entreprise meilleure pour notre santé que la démocratie ? Ou que le marché ?) Tom Enders veut faire d’EADS une entreprise normale, qui ne suit que son intérêt et pas celui des gouvernements qui l’ont financée. Et les dits gouvernements vont le laisser faire. Gaz de schiste et USA, phénomène curieux. Le pays n’est pas capable d’écouler le type de pétrole produit (le marché n’est pas équipé pour l’exploiter), du coup son prix baisse, ce qui menace sa production… Pourquoi les fusions et acquisitions échouent-elles ? Parce qu’elles échappent à la rationalité. Il faut gagner à tout prix.

Science. La nouvelle science de l’épigénétique montre que l’alimentation du père peut avoir une conséquence sur la constitution de l’enfant. Les journaux scientifiques appliquent d’autres critères de sélection que ceux de la qualité de la recherche. Mais, d’une manière générale, l’homme, qu’il soit ordinaire, scientifique ou autre, n’est pas rationnel, il tend à « interpréter les artefacts d’une certaine façon ». Et les requins pourraient savoir ce qu’ils font quand ils attaquent l’homme. 

L’aéronautique en changement

Tom Enders va-t-il torpiller l’aéronautique européenne ? me suis-je demandé. A la réflexion, le problème est plus complexe que je ne le pensais.
Il me semble qu’EADS a été créé comme un champion qui doit faire vivre le tissu industriel européen. En lui-même EADS n’était supposé être rien. De même, Arianespace a pour objet de fournir du travail à des entreprises françaises m’a expliqué un de ses anciens directeurs de la stratégie.
Il me semble aussi qu’EADS veut être maintenant une entreprise « normale ». Il y a rupture implicite d’un contrat tout aussi implicite. En outre, la dévaluation permanente du dollar amène EADS à vouloir s’installer en zone dollar, et à y chercher ses sous-traitants.
Cela pose plusieurs questions :
  • Le tissu industriel aéronautique a l’air d’être constitué de sortes d’ateliers d’EADS, totalement dépendants et peut-être protégés par des contrats à très long terme (durée de vie d’un avion : vingt à 30 ans). On est très loin de l’équipement automobile, même des temps préhistoriques. En particulier, il ne doit y avoir aucune fonction commerciale. En revanche, ayant pu se concentrer longtemps sur une spécialité étroite, il est possible qu’ils possèdent des savoir-faire rares (usinage…) mais totalement méconnus par un donneur d’ordre de moins en moins technicien.
Comment « conduire le changement » ? Peut-être par consolidation des ateliers. En leur apportant les savoir-faire manquants (gestion grand compte, gestion de grands projets, internationalisation…), tout en sauvegardant leurs compétences. Et cela en marche forcée. Cette consolidation périlleuse doit se faire avec EADS et l’Etat.
  • Ce n’est pas fini. Ce nouvel équipementier se trouverait alors face à un problème curieux. Il n’a que deux clients potentiels ! Peut-il travailler pour les deux à la fois ? Mais il y a beaucoup plus grave. Le vrai client est le programme (par exemple l’A380). Ce qui fait l’équilibre de l’équipement automobile, c’est qu’il y a beaucoup de modèles, Faurecia gère plus d’une centaine de programmes. Du coup, cela permet d’en perdre quelques uns et d’en gagner d’autres. Ou de perdre de l’argent sur quelques acquisitions. Les équipementiers aéronautiques ne vont-ils pas se retrouver avec une poignée de contrats, d’où guerre des prix suicidaire, mais aussi arrêt cardiaque en cas de programme en dépassement de coûts ?

Tom Enders peut-il couler Airbus ?

La Tribune dit :

Tom Enders, le président du groupe aéronautique et de défense, prépare une révolution grandeur nature. Celle-ci touchera aussi bien l’organisation que l’esprit pionnier qui a toujours prévalu depuis la création d’EADS et d’Aerospatiale. La rentabilité sera désormais le maître-mot de la maison.

En outre, il voudrait se débarrasser des Etats actionnaires qui ont financé le succès de la société. Ils lui imposent des contraintes qu’il juge inacceptables.

N’est-il pas dangereux de se priver de ce qui a fait sa réussite ? Il est certainement utile de faire entrer la dimension financière dans l’esprit des ingénieurs, mais n’y a-t-il pas danger qu’elle tue la prise de risque qui est le facteur clé de succès d’un avionneur ? Étrangement, Tom Enders semble s’inspirer de Boeing, alors que Boeing est fortement aidé par l’Etat américain, et qu’il a suivi une politique gestionnaire qui a failli lui être fatale.

Pourquoi achetons-nous des drones ?

L’armée achète ses drones aux USA alors que nous sommes particulièrement gâtés en termes d’industrie de la défense. Qu’est-ce qui a pêché ? La Tribune montreune grande confusion. L’Etat hésite beaucoup ; il cherche à faire travailler ensemble des gens qui ne s’entendent pas ; on veut faire des programmes européens, alors que les armées européennes n’ont pas les mêmes besoins…

Je n’y connais rien, mais plusieurs choses me frappent dans cette histoire.
  • Les drones sont des sortes de maquettes évoluées : un des architectes du programme américain a conçu  dans son garage des équipements à la fois efficaces et peu coûteux . Pourquoi personne n’a-t-il développé un programme sur fonds propres ?
  • Pour cette même raison, quelle était la logique de chercher à fusionner les projets de Dassault et d’EADS ? Pourquoi n’avoir pas fait jouer la concurrence ?
Et si nous étions victimes d’une sorte de ritualisme ? L’Etat, techniquement incompétent, ne rêve que de fusions industrielles glorieuses et de projets européens ; les industriels, techniquement compétents, ne savent qu’attendre les ordres de l’Etat pour mieux l’essorer ? 

France désemparée, Inde libérale, Chine belliqueuse, calotte fondante…

The Economist félicite la France. Finies les fanfaronnades, son gouvernement embrasse la raison économique. Encore faut-il qu’il passe à l’action immédiatement. Mais peut-être avec un peu moins de brutalité qu’au Portugal, qui se révolte contre la rigueur. L’Inde, aussi, se libéralise. Moins de subventions pour le diesel, les investissements étrangers sont autorisés, la grande distribution internationale va rationaliser le marché indien. Des myriades de petits boutiquiers inefficaces vont mordre la poussière. (On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs ?)

Les banques centrales ont fait ce qu’attendait d’elles le marché, à savoir exprimer clairement leurs intentions. La FED attaque le chômage, et la BCE défend l’euro. Mais le journal n’est pas satisfait des gouvernants européens. Ils se sont embarqués dans la construction d’une Europe utopique, alors qu’ils devraient se préoccuper des besoins immédiats de l’économie. Et ce n’est pas mieux aux USA. On s’insulte entre prétendants à la présidence, ce qui ne présage rien de bon quand au désamorçage de la bombe budgétaire de fin d’année. Et Romney fait gaffe sur gaffe. Mais cela affecte moins l’électorat que la santé de l’économie. (Je m’interroge : ne serait-il pas utile de chercher une explication à ses gaffes : travestit-il la réalité pour faire plaisir à son public du moment ? Est-il idiot, ou incapable de préparer un dossier ? Demain, prendra-t-il des décisions sans comprendre ce qu’il fait ?…)

La Chine et le Japon vont-ils entrer en guerre pour des îlots inhabités ? Parallèle avec l’Allemagne d’avant guerres, puissance montante et revancharde ?

Grand chambardement dans l’industrie du transport. Internet a remplacé la voiture dans la culture occidentale. Ce n’est plus la bagnole qui fait l’homme. Les émergents continueront à s’équiper, certes, mais vont vite suffoquer sous les embouteillages d’un monde hyperurbanisé. Bref, l’avenir serait à la voiture sans chauffeur, au partage, au vélib et au transport en commun.

EADS va-t-il s’unir à BAE ? Cela dépend des gouvernements européens. Pour ma part, je me demande si ce n’est pas un marché de dupes. Et si le patron d’EADS voulait surtout devenir gros ? Et si, pour cela, il absorbait un BAE vacillant et survalorisé ? D’ailleurs, qu’un si gros morceau de l’industrie aéronautique européenne soit entre les mains d’une seule entreprise n’est-il pas dangereux ? Et si elle faisait faillite ?… Ici, comme pour sa politique économique, notre gouvernement semble désemparé. Se fait-il rouler dans la farine ? En est-il réduit à adopter les idées de ceux qui en ont ? Patrons ici, économistes libéraux, là ?

Pour finir, la calotte glacière bat tous les records de fonte estivale. Le climat mondial pourrait en être bouleversé. Mais rien ne s’est encore passé. L’économie va-t-elle profiter du dégel ? Le comportement des éléments est trop incertain pour cela.  

Fédéralisation de l’Europe, instable Moyen-Orient, nébuleuse Chine et autres

Des nouvelles du monde. Mon interprétation de The Economist de cette semaine.
  • The Economist se réconcilie avec l’Europe. Elle fait preuve de bon sens : elle se dirige vers le fédéralisme. Les juges de la cour suprême allemande ne remettent pas en cause les accords européens du pays;  M.Draghi fait un nouveau tour de prestidigitation ; et les Hollandais ont élu un gouvernement stable, et écarté leur extrême droite. (Je m’interroge : amorce de reflux de l’extrême droite européenne ?) Par ailleurs, la découverte de ce qu’est une fédération se poursuit. Nouveau résultat : elle doit avoir un budget suffisant pour être un stabilisateur anticyclique. Le budget fédéral américain représente 24% du PIB des USA, pour la Suisse, ce chiffre serait de 12%. Il est de 1% en Europe… M.Moscovici aurait proposé que l’Europe se charge en partie de l’assurance chômage. (Un premier pas vers une uniformisation des systèmes de sécurité sociale, qui retirerait aux Etat la tentation de s’affronter sur ce terrain ?)
  • Quand au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Egypte, de la Lybie ou de la Palestine, sa situation est incertaine. Les extrémistes musulmans cherchent à en profiter pour happer le pouvoir. Mais ce que veulent les populations locales n’est pas plus d’Islam, mais moins de pauvreté. Il y a là un moyen pour l’Occident, et pour les USA, de se rendre utiles. (Ce qui explique que les dits islamistes cherchent tous les moyens pour monter les populations locales contre eux ?) Malheureusement, ces derniers tendent à se payer de mots.
  • La Chine est, décidément, impénétrable. Ses leaders politiques disparaissent mystérieusement, et les chiffres de son économie sont douteux. (Mais pourquoi leur appliquer les grilles de lectures occidentales ?)
  • Les aléas climatiques créent une pénurie mondiale de céréales. Elle est amplifiée par la production de biocarburants. Les pays cherchent à protéger leurs populations des fluctuations de prix. Ce protectionnisme a l’effet inverse de celui qui est souhaité. (Drame pour les populations urbaines pauvres.) Commentaire personnel : dangers du protectionnisme, ou démonstration que la vie des hommes ne peut pas être laissée au bon vouloir des marchés ?
  • La banque d’investissement serait au plus mal. En grande partie du fait des nouvelles réglementations. D’ailleurs la City aurait éliminé 100.000 personnes sur 354.000 (2007). Va-t-elle perdre sa place au centre du monde ? s’inquiète The Economist. La finance mondiale va-t-elle retrouver la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter ? se demande ce blog.
  • BAE et EADS vont-ils s’unir ? Pour EADS l’équation serait plus de stabilité = diversification dans la défense, le service et la maintenance + dilution des rôles des Etats. (Mais que serait-il sans les dits Etats ?) Début de concentration de l’industrie de la défense ? Que vont faire Thalès, Dassault et leurs confrères européens ?
  • Apple, est comme une bicyclette. Quand il n’avance pas, il tombe ? Est-ce ce qui lui arrive avec l’iPhone 5 ?
  • Et j’achève avec Bernard Arnault. Il a bâti sa fortune sur la France, sa culture, sa tradition et son image (et a tiré bien des profits des malheurs du Crédit Lyonnais, dit un ancien numéro du Canard Enchaîné). Mais à chaque arrivée de la gauche au pouvoir, il part à l’étranger. La dernière fois c’était aux USA. « Cette fois, au moins, M.Arnault a choisi un pays proche, et qui parle, en partie, français.« 
  • Mais, j’avais oublié un débat sur la circoncision. 1/3 des hommes seraient circoncis, dont 50% d’Américains. Difficile de trancher la question… Les scientifiques avancent des arguments pour ou contre. Quel impact sur l’enfant ? Et sur certaines sociétés, si l’on remet en cause cette coutume ? S’est-on posé cette question pour l’excision ? Car quid des droits de l’homme ?… 

Rafale : aventures en Inde

Contrairement à ce que j’avais cru comprendre des premières informations sur le sujet, Rafale n’a pas gagné le contrat indien. Eurofighter va procéder à une surenchère. Question de prix, mais aussi de transfert de savoir-faire. (Les deux ont-ils été correctement chiffrés ?)
Plus curieux : Eurofighter est construit par un consortium dirigé par EADS, qui possède 46% de Dassault… (Source : Fighter jets: Bomb bays to Delhi | The Economist)
Bienfaits d’une concurrence fratricide ? 

EADS

Changements chez EADS (Peace on the Rhine) :
  • Sa gouvernance aurait évolué, lui permettant d’éviter désormais un affrontement franco-allemand.
  • La société chercherait à diversifier ses revenus, essentiellement liés à une aéronautique civile cyclique. La défense (pourtant mal en point) serait son nouveau marché, plus généralement la « sécurité » (y compris web), et les services « à marge élevée ». Elle devrait installer ses usines aux USA, histoire de s’y faire des amis dans la politique. 

Hélicoptère révolutionnaire

Il y a quelque temps, j’ai découvert l’existence d’une nouvelle génération d’hélicoptères, aux USA (le X2 de Sikorsky). Ils ont plusieurs rotors et peuvent atteindre 460km/h. Je me suis demandé ce qu’avait fait EADS en attendant.
Réponse : pareil. Il vient de présenter un hélicoptère à hélices (le X3 !), qui promet les mêmes performances que son concurrent (mais qui semble moins original, et les tests paraissent moins avancés).
Une fois de plus, l’innovation apparaît à plusieurs endroits à la fois. Phénomène social, dans lequel le génie individuel a une place mineure ?