Julien Duvivier

Lointaine émission. Julien Duvivier raconte sa vie. Humour un peu grinçant. Tout semble facile. Les films s’enchaînent.

Vraiment ? Il évoque, mais brièvement, quelques difficultés. Comme les malédictions qui semblent s’être abattues sur lui et son équipe lors d’un tournage d’un film ayant pour sujet la malédiction.

Alors, que reste-t-il de son oeuvre ? Des fils « datés » ?

Il a dû changer la fin de « La belle équipe », pour qu’elle soit heureuse, ce qui a donné un succès, mais vidait l’oeuvre de son sens. Et s’il en avait été ainsi pour tous ses films ?

Marie Octobre

Film de Julien Duvivier, de 1959. Huis clos. Un réseau de résistants se retrouve 15 ans après la fin de la guerre. L’un d’entre-eux est un traitre. Mais qui ? 
Comme souvent, un film est l’occasion de faire passer des messages subliminaux. Ce réseau est un échantillon représentatif de la société française. Du tenancier de maison semi-ouverte au financier, en passant par l’avocat ou le fonctionnaire… La guerre a uni ce que la société oppose. Mais, ces résistants ne sont peut-être pas si bien que cela. Y compris leur chef, mort en martyr. Ne serait-ce que, pour pouvoir résister, il fallait être accepté par la société, donc, au moins un peu, collaborer. Et ils étaient tous fauchés, comment se fait-il qu’ils soient riches, maintenant ? Où ont-ils trouvé leur argent ? Comment se fait-il, aussi, qu’ils se déchirent, alors qu’ils étaient prêts au sacrifice ? 

La tête d’un homme

Film de Julien Duvivier, 1933.

Décidément, je n’arrive pas à comprendre comment l’on peut dire qu’Harry Baur fut le plus grand acteur d’avant guerre. Ici, il joue un Maigret d’une mièvrerie caricaturale et d’une bien pensance étonnamment moderne. Que fait-il ? Rien. Il observe avec un air bête et entendu. Précipite-t-il le dénouement ou la catastrophe ?

Quant aux criminels, ils ont des gueules de cinéma muet. Dommage qu’ils n’aient pas eu une plus grande place.

Pépé le moko

Film de Julien Duvivier, 1936.
Deux pauvres qui ont voulu faire fortune découvrent qu’ils sont passés à côté de l’essentiel.
D’ailleurs les riches sont moches.
Film à la gloire de la stabilité sociale ?
Toujours est-il que l’image de la colonisation n’est pas celle que nous avons aujourd’hui : c’est une symbiose heureuse de toutes les nations. Et celui qui représente la justice, impartiale mais humaine, est un Algérien.

Un carnet de bal

Film de Julien Duvivier, 1937.
Mon vernis culturel me faisait croire à un classique. Mais ai-je vu un chef d’œuvre ? C’est une succession de sketches par des super stars de l’époque. Chacune joue son rôle favori (mon préféré est Jouvet). Et c’est interminable. Alors qu’il me semble que ça se voulait désabusé et léger. 

L’Enfer

Film sur un film que Clouzot n’a pas réussi à terminer, en 64. (Claude Chabrol a repris l’histoire plus tard, un film qui ne m’a laissé quasiment aucun souvenir.)

Déception. Contrairement à ce que j’avais compris, Clouzot avait très peu filmé, et ce qu’il a filmé n’était pas remarquable. (D’ailleurs le film est essentiellement occupé par des témoignages façon Arte.) Pour une raison inconnue, on lui avait donné un budget illimité pour une œuvre qui n’aurait pas dû avoir de grandes ambitions (banale histoire de jalousie), et il s’est perdu dans une débauche d’expérimentations en effets spéciaux (sans intérêt) visuels et sonores. Jusqu’à l’infarctus final.

Clouzot comme Duvivier semblent avoir été mis à mal par la Nouvelle vague. Ils auraient pris peur d’être effacés, et auraient voulu montrer qu’ils pouvaient rivaliser avec elle, être innovants, provocateurs, modernes…

Dans le cas de l’Enfer et de Pot-Bouille (57), j’ai été surpris de voir que les actrices se dénudaient. Mais, ai-je réfléchi, n’était-ce pas l’époque de Brigitte Bardot ? Alors, 10 ans avant 68, les mœurs commençaient-elles à se libérer ? L’Enfer, est-ce cela : les prémisses de 68, le conflit entre la libération approchante et la rigueur ancienne ? Est-ce ce conflit auquel le cœur de Clouzot n’a pas résisté ?