Méthode Dumas

Alexandre Dumas a produit une oeuvre qui est impossible à lire en une vie. Un temps, il écrivait tous les feuilletons des journaux parisiens.

Sa méthode consistait à utiliser une équipe de personnes qui lui fournissait des idées et des ouvrages plus ou moins achevés. Il les réécrivait en leur apportant, peut-être bien, l’art qui leur manquait et qui faisait leur succès.

Pourquoi s’acharner à vouloir faire une oeuvre du sol au plafond ?

(France culture : La vie de Dumas père : Les trois mousquetaires, Conférence de l’Université des annales (1ère diff 17/10/1955))

Don de la vie

Alexandre Dumas était une de ces personnes qui bafouent les règles de la société mais à qui tout est pardonné. En particulier, dans son cas, il multipliait les familles et les enfants au gré de ses coups de coeur. (Conférence d’André Maurois.)

Ce fut aussi le cas de Ninon de l’enclos, de François Mitterrand ou de Bill Cliton, au moins dans sa jeunesse.

A quoi cela tient-il ? Confiance en soi rayonnante ? Séduction ? Faiblesse de nos conventions sociales, qui sont essentiellement des constructions intellectuelles ?…

Force de la nature

Louis Philippe a lancé Alexandre Dumas. Il était encore duc d’Orléans et Alexandre Dumas, son employé, un jour, lui a proposé de venir, lui et ses invités, assister à la première de sa seconde pièce. Ce fut un succès.

Alexandre Dumas avait peu d’éducation, un toupet énorme et beaucoup de talent. La recette de la réussite ?

(Curieusement je n’ai jamais tellement aimé ses romans. Ce qui me plaît est la façon dont il raconte ses voyages.)

La jeunesse d’Alexandre Dumas.

Histoire de la pensée

Tome 3 de l’Histoire de la pensée, écrit par Jean-Louis Dumas. Il y a un quart de siècle, j’ai commandé le tome 1 de la série à Amazon, et ai reçu le tome 3, que j’ai conservé. Mais pas lu. Il porte sur la philosophie occidentale récente.

Je craignais que la lecture soit ardue, mais, au contraire, elle est agréable.

La question que me pose ce type d’ouvrage est : peut-on comprendre une « pensée » en quelques pages ? Danger d’être plus histoires que pensée ? Vie qu’oeuvre ?

Que retiens-je ? Que le penseur est de son temps. Plus il s’approche de nous, plus il me semble compréhensible. le livre ayant été écrit dans les années 90, il est particulièrement intéressé par la philosophie contemporaine. On apprend que Camus et Sartre, chacun à sa façon, ont répondu à une attente de la population de l’époque. Ce qui en fit des rock stars. Et que la pensée 68 fut une revendication sociale, plutôt qu’une pensée à proprement parler : « anti humanisme », « culte du désir et de son accomplissement immédiat ».

Le livre cite beaucoup de philosophes. La plupart inconnus de moi. Je me demande s’il n’y a pas deux types de penseurs : ceux qui construisent des « systèmes », qui inventent des concepts nouveaux, et ceux pour qui la philosophie est une excuse pour raconter leur vie, et leurs frustrations.

George Sorel

Georges Sorel, penseur du 19ème siècle et du début du vingtième, sur le compte duquel les opinions sont partagées. Eternelle question : peut-on se faire une idée juste de ce que voulait dire telle ou telle personne ?

En tous cas, il semble avoir cru au « mythe », « moyen d’agir sur le présent ».

Ce qui est certainement juste. Après guerre, par exemple, nous avons connu le mythe du progrès et du changement technocratique. On avait enfin compris comment être sages. L’avenir serait nourri d’une succession de découvertes qui sans cesse transformeraient notre vie. Elle serait conquête de l’univers.

Georges Sorel voulait créer un mythe qui mettrait un terme à la stérilité de notre civilisation. (« antichiant », autrement dit.) Il n’y est pas parvenu. Peut-être y a-t-il des temps favorables à la création des mythes ? Ou faut-il du talent pour créer un mythe, le talent qu’eut Marx ?

En tous cas, les mythes semblent avoir une durée de péremption…

(Sources : Histoire de la pensée, tome 3, Jean-Louis Dumas.)

Piège systémique

Au tournant du siècle dernier, l’église a été prise d’assaut par un courant dit « moderniste ».

Complot ? « l’entente se faisait d’elle-même par l’adoption des mêmes méthodes, sous l’action de principes directeurs analogues« (Jean-Louis Dumas, Histoire de la pensée, tome 3).

L’homme croit penser, mais il est victime de tels effets « systémiques ». C’est pourquoi, je m’inquiète toujours lorsque je rencontre des gens qui pensent comme moi : ne serions-nous pas victimes de ce phénomène ?

Contes et légendes des grands chemins d'Alexandre Dumas

Publicité mensongère ? Dumas n’a jamais voulu écrire ce livre. Ses histoires sont extraites de divers ouvrages.

Légendes entendues lors de ses voyages, ou aventures plus ou moins véridiques et fantastiques dont on lui a parlé. Sorties de leur contexte, généralement des « impressions de voyage », elles n’ont aucun intérêt.

Il en demeure qu’Alexandre Dumas était un extraordinaire conteur, et qu’il avait beaucoup d’humour. Et cela, on ne le perçoit pas dans les Trois mousquetaires, ou dans le comte de Monte Cristo.

S’il avait choisi des histoires un peu plus mémorables, ce livre aurait été l’égal des contes de mon moulin d’Alphonse Daudet.

Voyage au Caucase d'Alexandre Dumas

« Nous commencions à rentrer en pays civilisé ; les voleurs, chassés des grandes routes, s’étaient faits aubergistes. »

Phrase courte, humour fou, joie de vivre. Ce livre, c’est « aventures au Caucase ». Venu de Russie, Alexandre Dumas visite le pays. Comme aujourd’hui, les Russes y affrontent les peuples locaux. On y coupe des têtes et des mains, par dizaines, et l’enlèvement est usage culturel. Précédé par la réputation, extraordinaire, de son oeuvre, Alexandre Dumas est reçu comme une énorme célébrité. Sans compter que la haute société, au moins les femmes, parle français. Mais, entre deux séjours princiers, il doit affronter le froid, la neige, la boue, les loups, les auberges crasseuses, et se garder des brigands qui infestent le pays. On le découvre en ogre, aventurier, grand chasseur, grand cuisinier, excessivement généreux, gros travailleur (il écrit son livre au cours du voyage en plus d’au moins un roman), curieux de tout et extraordinaire conteur d’histoires. Il s’adapte partout où il passe, et semble même avoir les talents du polyglotte. Chose unique pour un Français, il a le don de se faire aimer.

(L’introduction du livre précise, ce qu’il ne dit pas, qu’il a laissé une descendance cosaque.)