Les conséquences imprévues de 68

Dans les années 60 les intellectuels voulaient libérer l’homme des entraves de la société. Aujourd’hui, l’individu est affligé de pathologies nouvelles. Conséquences imprévues.

C’est ce qui m’a paru ressortir d’une interview de Mme Hirigoyen, psychanalyste, par France Culture, il y a quelques jours. J’en retiens qu’elle a vu les maux de ses patients passer de la culpabilité au « narcissisme ». Addiction (Internet, sexe…), sentiment de ne pas être à la hauteur, « perversion morale », qui consiste, apparemment, à ressembler à M.Sarkozy : être mégalo, se vendre, séduire, arranger la réalité à son avantage…
Le livre qu’elle défendait parlait « d’abus de faiblesse ». Mais ceux qui l’interrogeaient avaient plus intéressant à dire que de la laisser parler. Du coup, je me suis demandé ce que signifiait être faible.
C’est tenir à quelque chose. Alors, facile de vous plumer. Exemple. Vous tenez à votre famille. Il est aisé de jouer sur les horaires extensibles de l’entreprise pour vous disqualifier de toute promotion ou vous pousser au divorce.
La perversion est logique dans un monde individualiste, puisque chacun se croyant seul au monde ne peut que chercher à exploiter son prochain. Le plus simple pour cela est « l’injonction paradoxale » : rendre l’autre fou.
Compléments :

Refonder notre société sur la pensée des Lumières ?

Notre société redécouvrirait-elle la pensée des Lumières ? Le philosophe Dany-Robert Dufour, par exemple, pense que nous devons repartir de ses idéaux, dévoyés par la suite. Curieusement, ce blog, lui aussi, explore cette période de notre histoire.

Au fond, rien que de très normal. Toute crise démontre l’inefficacité des dogmes dominants. En les mettant en cause on revient naturellement à leurs fondations. Or, pour la partie laïque de notre société, ces fondations sont les Lumières, l’affirmation que l’homme ne doit remettre son sort qu’à la seule raison.

La question qui se pose, d’ailleurs, n’est peut-être pas tant : avons-nous correctement exploité ce principe ?, que, qu’entend-on par raison ?

Une tentative de réponse minimale :

  • Ce que désiraient les Lumières est que l’humanité cesse de s’entr’égorger et adopte le principe « universel » selon lequel l’homme n’est pas un loup pour l’homme. Or, ce qui a justifié, et justifie encore, tous les drames humains, c’est l’idéologie, un principe transcendant auquel l’individu s’abandonne aveuglément. Et cette idéologie peut aussi bien être une religion figée dans ses certitudes que des dogmes tels que le marxisme, la main invisible du marché ou le Consensus de Washington.
  • Quant à la raison, elle me semble avoir une définition modeste. Une définition qui était peut être celle des Grecs. À savoir que lorsqu’un groupe de personnes est en conflit, en discutant avec les uns et les autres, il est possible de trouver une solution qui les satisfait tous. Une solution « raisonnable ». La seule condition nécessaire et suffisante étant qu’ils soient d’accord pour chercher cette solution.
Compléments :
  • De la pensée grecque et de son application, le droit romain : un billet.
  • Une clé de lecture des travaux d’Elminor Ostrom ? 

Shame

Film de Steve McQueen, 2011.

J’ai entendu le philosophe Dany-Robert Dufour dire (France Culture, hier) que notre société créait une « perversion ordinaire ». Par définition, elle encourage toutes les pulsions, car elles amènent à la consommation et surtout à « l’addiction ».  Exemple ? DSK.

Ceux qui ne parviennent pas à la réussite, et ils sont nombreux, se replient sur eux-mêmes : suicide ou dépression.

Je me suis demandé si Shame n’illustrait pas cette théorie.