Martin Seligman est en France

La radio disait que Martin Seligman était en France. C’est un psychologue dont parle souvent ce blog. C’est le spécialiste de l’optimisme. L’optimisme, c’est être stimulé par l’aléa.

Il a donné deux conseils à France Info. Chaque soir, écrire les trois bonnes nouvelles de la journée. Et chercher si quelqu’un a changé votre vie, écrire ce qu’il a fait, et le rencontrer pour le lui dire.

J’imagine que par « changer », il entend quelqu’un qui vous voulait du bien, et qui vous en a fait. (Car, il y a des gens qui vous veulent du mal, comme Staline, mais qui, par la réaction qu’ils suscitent, font de vous des héros ; et d’autres, de plus en plus nombreux, qui pavent votre enfer de leurs bonnes intentions.)

En aidant un ami à réfléchir à la scolarité d’un de ses enfants, je me suis rendu compte que mon père entrait dans cette catégorie. Malheureusement je ne pourrai pas le lui dire. Mais, qui d’autre ? L’esprit de notre époque est-il favorable au « donneur d’aide » ?

Transcendance pratique

Que dit Emmanuel Levinas, se demandaient Les chemins de la philosophie (France Culture) ? Ce que j’en écrivais semble avoir tapé assez près des propos des experts. Néanmoins, je me demande, comme toujours, si j’ai bien compris. 1) Ai-je raté une partie du message ? 2) Est-il à une altitude que je n’atteindrai jamais ? J’utilise ses mots, mais je ne saisis pas la signification qu’il leur donnait ?

Peut-on employer la pensée d’Emmanuel Levinas en pratique, ou le simple fait d’envisager de le faire est-il déjà un total hors jeu ?

Mon métier me fait aller vers l’autre, et même vers une partie inconnue de l’autre. Je parle « d’horreur », dans le sens ancien de crainte et admiration (« awe » a gardé cette signification en anglais). Effet bénéfique.

  • Je dois parvenir à comprendre ce que je peux lui apporter. Etrangement, la rencontre crée les conditions qui permettent de me révéler à moi-même. Exercice existentialiste par nature. 
  • Il voit en moi quelque-chose d’utile que je ne perçois pas. 
  • L’autre peut m’amener à me changer. Pour être à la hauteur de l’événement, ou parce que ses connaissances, son expérience, son aide… m’ouvrent des horizons. 
  • Il y a aussi une récompense immanente dans cet exercice : le geste de reconnaissance inattendu et spontané : « finalement, on avait choisi le bon consultant », « sans vous, je n’y serais pas arrivé ».

Transcendance du pauvre ?

Chercher à comprendre le mystère Levinas, invitation à une transcendance de haut vol ?

Sauvons le Venezuela

5000 personnes quitteraient le Venezuela chaque jour. Conditions de vie difficiles. Ne devrait-on pas aider les Vénézuéliens ? N’y a-t-il pas d’autres peuples qui mériteraient, encore plus que les Vénézuéliens, un coup de main ?

L’entraide mondial est en panne. Elle ne s’est pas relevée des interventions récentes, guerre d’Irak ou encouragement des printemps arabes. Elles ont été pires que le mal.

A quoi ressemblerait une « bonne intervention » ?

  • Elle doit jouer sur des aspirations internes pour être légitime. En particulier, ce sont les « gilets jaunes » qui font la base des nations, et ce aussi bien en Amérique qu’en Iran, en Egypte qu’en Russie. C’est à dire des gens qui vivent de valeurs traditionnelles, dans la précarité. 
  • Elle doit faire émerger des structures politiques stables, ce qui signifie ne pas construire un édifice abstrait, et donner, éventuellement, un savoir-faire qui manque au pays. (Echec de la décolonisation.)
  • Elle ne doit pas imposer de l’extérieur une culture étrangère, qui entrerait en conflit avec la culture nationale. (Tentation américaine.)
  • Autre ? 

Les principes du changement

Pour Kurt Lewin, le changement est un dégel. Avant : certitude. Dégel : plus de certitudes. On cherche, plus ou moins au hasard. Si ce que l’on trouve semble marcher, il y a recongélation. Nouvelles certitudes.

D’où le concept « d’anxiété d’apprentissage » inventé par Edgar Schein. La traversée du dégel est un apprentissage. Mais, puisque l’on ne sait pas où l’on va, on est inquiet. Si bien que l’on peut être paralysé. Le changement est alors bloqué.

Boris Cyrulnik a peut-être trouvé une solution au problème. « La base de sécurité. » Soit un homme qui rencontre l’inconnu. Expérience après expérience, il va en comprendre les règles. Mais, pour mener cette exploration, il lui faut, comme pour l’explorateur, une « base ». Il en part, à l’aventure, et il y revient.

Morale ? Le changement demande de partir dans l’inconnu. Pour cela, au préalable, il faut trouver une base de sécurité. Qu’est-ce ? « Quelque chose » qui donne la force de partir à l’aventure ? Le rôle du donneur d’aide ?

Etat donneur d'aide

Combien faudrait-il pour faire le bonheur des « gilets jaunes » ? J’ai entendu parler d’une baisse de pouvoir d’achat de cinq cents euros, par an. Peut-être n’en faudrait-il pas beaucoup plus. Même si dix millions de foyers sont concernés, cela ne fait que cinq milliards.

Est-il certain qu’il faille le leur donner ? Peut-être, en se penchant sur les cas particuliers, on pourrait découvrir que certaines aides ne sont pas connues, ou que certains coûts sont inutiles. Après travail sur un échantillon, qui dit que l’on ne puisse pas trouver soit quelques idées efficaces, soit un mécanisme permanent, peu dispendieux, qui améliore significativement la situation ?

On a dit que l’Etat français était « instituteur », puis on a voulu qu’il soit « stratège » (Jupiter ?), ne faudrait-il pas qu’il devienne, au moins un peu, « donneur d’aide » ?

Que cache le mot "aide" ?

Lorsque l’on parle d’intervention à l’étranger, droit ou devoir d’ingérence, on pense armée. En fait, l’intervention est rarement militaire. Le règlement de la guerre de 14, et l’action extrêmement malencontreuse des USA, qui rejettent les mesures qu’ils avaient amené les Européens à accepter, puis produisent la crise de 29, ont sans doute causé la seconde guerre mondiale. De même les printemps arabes, qui ont donné l’inverse de ce qu’ils promettaient, ont certainement été encouragés de l’extérieur.

Si l’aide au pays pauvre a échoué, c’est peut être qu’elle était avant tout une tentative d’imposer une culture à une autre culture. Et c’est cela qui produit le chaos. Comme souvent en systémique, les mots ont un sens inverse de ce que l’on entend par eux. L’aide, telle qu’on en parle aujourd’hui, la théologie de la compassion, est totalitarisme. Peut-être que si l’on veut une « globalisation » heureuse, il faudra apprendre à respecter la culture de l’autre, sans, pour autant, la mettre dans une réserve, façon Indiens d’Amérique ? C’est cela être réellement un « donneur d’aide » ?

Les blocages de l'IA

J’entends partout le même discours. L’Intelligence Artificielle fait des miracles, c’est évident. Mais il y a un blocage insurmontable. Car l’IA conduit à des changements que les gens refusent ; et les dirigeants sont fermés à l’innovation.

En résumé, il s’est installé dans les têtes : IA = échec par résistance au progrès

Ces problèmes ne sont pas neufs. Ils sont quotidiens. Les gens, à commencer par les ONG, qui veulent nous changer pullulent. Mais il n’y a pas de place dans notre vie pour eux. Pour qu’un changement réussisse, il faut qu’il s’inscrive dans nos préoccupations.

Préparons le changement !
Ce n’est pas insoluble. Comment procéder ? Préparation du changement.  Il faut parvenir à ce que le dirigeant vous fasse des confidences. Puis il faut l’aider à résoudre ses problèmes. Curieusement, souvent, il se trouve que votre changement est justement ce dont il avait besoin. Mais, s’il s’empare du changement, il va connaître une rechute. Il va comprendre que ses collaborateurs vont s’y opposer. C’est évident. Mais, si on lui demande quels sont les changements qui ont réussi, il peut comprendre qu’ils se ressemblent tous ! Toute entreprise a une culture du changement. Lorsque l’on a observé ses rites, le succès est assuré. Tant qu’on ne l’aura pas compris, l’IA ne sera qu’une mode de management après d’autres ?

Guide du changement

Je suis unique m’a dit un étudiant qui faisait une étude sur le conseil en changement. En effet, je travaille en amont du changement, avec les dirigeants, alors que la profession s’intéresse à l’accompagnement du changement, c’est-à-dire à le faciliter une fois qu’il est lancé. (Autrement dit, j’occupe une niche qui n’a aucune valeur !)

Contrairement à ce que l’on pense, la partie compliquée du changement ne prend pas beaucoup de temps. C’est l’exécution du changement, surtout lorsqu’elle part mal, qui est longue. De ce fait, je vois beaucoup de changements chaque année. Ce que j’apporte au dirigeant c’est cette expérience d’un terrain inconnu. Mais ce n’est pas l’Amazonie. C’est plutôt la tempête en pleine mer, pour un navigateur côtier. Je ne suis pas un guide pour explorateur, mais plutôt quelqu’un qui aide à devenir explorateur. Ce n’est pas une question de programme à suivre, mais de comportement à adopter. Et ce comportement ne peut pas être dicté, il doit être trouvé en soi. Le dirigeant doit dire : ça y est, j’ai compris, je traverse l’Atlantique. En solitaire.

Le changement, art de la guerre nucléaire ?

La systémique explique pourquoi j’ai toujours tort. Dans un système, notre premier réflexe est systématiquement faux. Mais il montre ce qu’il faut faire : le contraire de son intuition. Exemple ?

Le problème, c’est la solution
Nous vivons dans un système individualiste. Dans un système basé sur l’homme, tout problème a un responsable humain. Donc un coupable. Effectivement, il n’y a pas longtemps à chercher. On trouve vite quelqu’un qui dérègle le système, pour son bénéfice propre. Mais, son pouvoir de nuisance vient de son rôle, critique. Il est indispensable ! Pensez, par exemple, à un agent de maintenance, ou à un président de la République.

Que veut dire faire le contraire de son intuition ? C’est constater que, s’il sait paralyser le système, il est peut-être le seul à pouvoir le faire fonctionner. On se trouve alors devant un problème compliqué : à quelle condition va-t-il changer d’état d’esprit ?

Anxiété de survie
Ne pas faire l’inverse de l’inverse : croire se le mettre dans la poche en le traitant en victime. Car, il ne fait pas son devoir. Ce qui est inadmissible. Le changement est rédempteur. Mais, sans anxiété de survie, il ne bougera pas. Tolérer son comportement, c’est condamner le système. Il change, ou c’est Hiroshima.

Anxiété d’apprentissage
Et ce peut être Hiroshima. Car, il ne sait peut-être pas comment changer ! Il peut déclencher une panne ou faire voter des impôts, mais non faire marcher la machine ou l’Etat. C’est la question de « l’anxiété d’apprentissage ». Il a besoin de conditions qui lui permettent de trouver, seul, la solution qui lui manque. C’est souvent le « donneur d’aide » de la théorie d’Edgar Schein qui les lui fournit. Mais, cela c’est une autre histoire.

Comme dans Dr Folamour,  le changement est un rodéo sur le dos d’une bombe atomique.

Relation d'aide

Je crois avoir entendu parler mon père de l’histoire suivante. Je ne suis pas sûr que qui que ce soit, en dehors de moi, l’aie entendue. Un de ses élèves lui avait envoyé une lettre curieuse. Peu après l’élève s’était suicidé. J’en déduis que c’était un appel à l’aide. Et que mon père devait sembler quelqu’un qui peut entendre ce type d’appel. Et c’était probablement le cas, puisqu’il n’avait pas enseveli l’accident dans son inconscient. Mais, il y a cinquante ans, la distance élève enseignant était infranchissable. Et il ne pouvait pas y entrer l’émotion. Il est surprenant d’ailleurs qu’un élève ait pu penser autrement. Toute la question du changement ne serait-elle pas là ? Un signal, mais nous n’agissons pas. Une situation que la société n’a pas prévue ? Qu’elle nie ? Et ce peut être un faux signal. La menace de suicide peut être manipulation. Que faire ?

Tout commence par un paradoxe, une bizarrerie : il y a quelque-chose qui ne tourne pas rond dans un homme ou un groupe humain. SOS ? Il faut s’en assurer. Malheureux ou pervers ? Ensuite, voici comment j’interprète la théorie d’Edgar Schein à la lumière de mon expérience.

Seule une recherche personnelle peut nous faire passer de malheur à bonheur. Mais, nous ne cherchons pas. Et quand nous nous mettons à chercher, nous nous égarons. Parce que la solution est là où nous ne voulons pas regarder. Mais, elle est évidente une fois acceptée.

Il suffit de comprendre cela pour que le monde change de couleur. Seulement, celui qui se noie n’a plus sa tête à lui. Pour pouvoir l’aider, il doit vous accepter comme secouriste. S’il se confie à vous, vous avez fait le plus difficile. Ensuite, il faut lui expliquer qu’il y a une solution à ses tracas, mais pas où il le pense. Donnez lui des exemples de gens qui ont rencontré sa situation. Ce n’est jamais parfaitement le cas, mais ça stimule le démarrage de son enquête. Et quand il a démarré, c’est quasiment gagné.