Domination du dollar

Le dollar est devenu dominant en plusieurs étapes. L’Europe s’est ruinée en 14. Les USA sont sortis vainqueur du conflit. Puis de celui de 40. Alors, ils avaient quasiment tout l’or du monde. Ils ont pu instaurer la convertibilité du dollar.

Puis Nixon, pour le dévaluer, y a renoncé.

Cette domination se poursuit, car il est pratique d’avoir une monnaie d’échange, et beaucoup de nations n’ont pas de monnaie stable. Aucun candidat sérieux ne pointe à l’horizon.

Voilà ce que je retiens d’une émission de la BBC.

A moins, me dis-je, que les instabilités monétaires se calment, que des zones d’échange s’installent et que des systèmes comme l’euro se mettent en place ? (De proche en proche, arriverait-on ainsi à une monnaie unique ? Et à des économies qui se tiennent par la barbichette ?)

Les forces de l'Amérique : armée et dollar ?

Et si la force de l’Amérique n’était pas l’innovation, ou son économie ? Mais le dollar, et ses bons du trésor, qui rendent possible l’économie de marché ? Et une armée formidable, qui maintient le calme ? Ou, plutôt, qui permet au « système » économie de marché, dont l’Amérique est le grand bénéficiaire, de fonctionner ? Alors, contrairement à ce que pense M.Obama, l’Amérique est condamnée à régler la circulation mondiale ? Et cela a un bien faible coût, en regard des avantages qu’elle tire du dit système ? me suis-je demandé en lisant le dernier numéro de The Economist.

(Dans le même ordre d’idées : le paradoxe de Triffin.)

Les marchés sont prévisibles

Jusqu’ici la théorie économique voulait que les marchés soient parfaits. J’avais plutôt tendance à penser qu’ils étaient humains, c’est-à-dire qu’ils suivaient des règles. Un nouvel article semble m’approuver :

Pendant une période il y avait corrélation entre taux de change dollar / euro et taux d’intérêts nationaux respectifs, depuis quelques temps un nouveau paramètre est entré en jeu : la peur du risque.

Le marché, comme les organisations, subit des changements : il suit des règles, puis rien ne va plus, et de nouvelles règles apparaissent. Ses zones de prévisibilité ont une durée imprévisible, et ce qui émergera ensuite l’est probablement aussi. Ce n’est qu’avec le temps que l’on s’y retrouve à nouveau.

Compléments :

Paradoxe de Triffin

The next global reserve currency parle d’un paradoxe que l’économiste Robert Triffin a repéré en 1961 : détenir une monnaie de réserve force au déficit de la balance des paiements du pays qui a la dite monnaie.

Cela est rendu nécessaire par le développement de l’économie mondiale, qui demande une extension de l’offre de monnaie de réserve. Le déficit est financé par la dette (cf. bons du trésor). Ce serait donc une bénédiction à court terme (pas de risque de change, faible coût d’emprunt, prêt gratuit à la banque centrale…), mais une malédiction à long terme.

Les jours du dollar monnaie de réserve pourraient être comptés :

  1. Par définition, tend à être monnaie de réserve la monnaie du pays avec lequel on commerce le plus (puisque l’on achète cette monnaie pour réguler son taux de change). La Chine devrait réunir les conditions nécessaires vers 2050 (l’Amérique serait dans la situation de l’Angleterre en 1914 : débiteur + ne dominant plus les exportations mondiales). Mais le mouvement aurait démarré.
  2. Une autre solution (meilleure si j’en crois le paradoxe de Triffin) serait, comme l’ont suggéré les Chinois, d’utiliser une monnaie mondiale, composite, les Special Drawing Rights, du FMI. Cette monnaie semble une sorte de Cac 40 des grandes monnaies mondiales, qui reflète la puissance respective de leurs économies.

Compléments :

  • Précédente étape de la réflexion sur les perversions du système : Nouvel ordre mondial ?
  • Sur l’historique récent des monnaies de réserve : Devises.

Devises

Jeffrey Sachs fait un historique des évolutions du système monétaire mondial :
  • Il y a 100 ans, étalon-or, qui s’effondre aux environs de 14.
  • Redémarrage dans les années 20, mais le manque d’or aurait produit une contraction monétaire, et contribué à la grande dépression.
  • Après la guerre de 40, le dollar est monnaie de réserve. Il est convertible en or (en théorie probablement, puisque sinon on serait ramené au cas précédent).
  • En 71, Nixon supprime la convertibilité, qui devient difficile : il imprime des billets pour les besoins de la guerre du Vietnam.
  • Le lien étroit demeurant entre les monnaies mondiales et le dollar aurait créé la crise actuelle : le laxisme américain aurait fait enfler la masse monétaire américaine, et donc mondiale, d’où crédit facile…
  • L’avenir serait à un « panier » de devises réparti suivant les forces relatives de chaque nation.
Ça ne dissipe pas le mystère qu’est pour moi la monnaie. Elle doit suivre la « création de valeur », une sorte de consensus mondial sur ce que « vaut » ce qui a été produit. Quand il n’y a pas assez d’argent, l’économie est étranglée. Quand il y en a trop, c’est la spéculation. En outre la monnaie semble aussi être utilisée tactiquement, par exemple pour se débarrasser d’une crise. C’est peut-être pour cela que découpler en partie les monnaies mondiales de telle ou telle monnaie particulière est un bon compromis : cela évite que les manœuvres plus ou moins orthodoxes d’un gouvernement ne contaminent les autres.