Le luxe rend asocial ?

« Le simple fait d’exposer quelqu’un au luxe fait qu’il pense plus à lui-même qu’aux autres. » Dit un chercheur.
Concrètement, lui montrer des chaussures de luxe lui fait prendre des décisions socialement irresponsables !
Mais, il suffit d’une mauvaise passe pour que ressurgissent des réflexes de solidarité.
De l’effet des bonus et de comment bien rémunérer les dirigeants ? 

Montrer sa reconnaissance

Problème culturel français. Le salarié se sent considéré comme une chose par son patron. Jamais aucun signe de reconnaissance. Son interprétation ? Hostilité. Avec un tel état d’esprit, peu de chances qu’il se donne à son travail.
En fait, il y a méprise. Je constate que le dirigeant français connaît ses collaborateurs extraordinairement bien. (Serions-nous culturellement empathiques ?) Seulement il y a quelque chose d’indécent à exprimer son estime. Le dirigeant cache sa timidité sous des manières brusques et désagréables.
Comment transformer le dirigeant sans bouleverser sa nature ? Quelques idées :

  • « Perdre du temps ». Simplement, suivre les règles de la politesse. Demander comment ça va quand on rencontre quelqu’un, et s’intéresser à la réponse (pas plus). Se débrouiller pour entrapercevoir ses collaborateurs, et, mieux, échanger quelques banalités avec eux. Communiquer en face à face, en évitant le mail comme la peste…
  • C’est ainsi que son équipe découvre qu’il n’est pas un ennemi dont il convient de faire échouer les décisions. Et qu’en recollant ensemble toutes les banalités que l’on a échangées, il comprendra la nature réelle de ceux qui l’entourent, leur logique, leur mode de fonctionnement, et qu’il saura leur dire ce qui les motive quand viendra l’heure du changement… 

Et si la politesse avait une fonction économique capitale ? 

La BBC licencie

La BBC veut faire des économies. Elle a découvert que ses dirigeants lui coûtaient très cher et en met un à la porte.
Un moyen élégant de réduire les coûts de l’entreprise est de comprimer la taille et les salaires de son équipe dirigeante ? Cette idée va-t-elle se répandre ?
Compléments :

Négociation patronat syndicat

On m’a fait réfléchir il y a quelques temps sur la question de la négociation entre patronat et syndicat. Voici ce que cela a donné :

Exemple 1
Lettre des délégués du personnel à un PDG. Les mesures qu’il a prises vont contre l’intérêt de la société, l’ensemble des personnels viendra manifester son mécontentement le lundi suivant.
Le P-DG reçoit les manifestants (qui l’assiègent).
Premier acte : il renonce en bloc aux mesures incriminées. La tension baisse. Il finit par demander à ses interlocuteurs quel est le fond de leur revendication. Surprise : ils veulent acheter la société ! Un précédent propriétaire leur avait donné des parts de l’entreprise, ce qui leur avait beaucoup rapporté. Aujourd’hui ils jugent que s’ils la possédaient, ils pourraient lui faire gagner énormément, et s’enrichir au passage. Ils demandent donc au PDG de se renseigner auprès du fonds qui possède le groupe pour connaître le prix de l’entreprise.
Quel était le problème ? Le changement voulu par le PDG était une augmentation de la rentabilité d’une société déjà hyper rentable. Pour cela il voulait procéder par réduction de coûts (élimination « d’avantages acquis », de clients « insuffisamment rentables », etc.). Il avait tenté de faire passer le changement en force, sans le dire. Son personnel lui a dit que l’on pouvait arriver au même résultat différemment : en augmentant le chiffre d’affaires de la société. Et pour cela il suffisait de lui demander comment faire, et de partager les bénéfices de l’affaire.

Exemple 2
Je donne un cours de négociation à des responsables commerciaux. Un des participants dirige le CE de l’entreprise, il me propose de prendre comme exemple d’application de cette formation une négociation qu’il mène. Il s’agit de l’uniformisation des statuts des personnels des 3 entreprises qui forment la société. Nous simulons donc : un de ses collègues joue son rôle, un autre celui du PDG de la société. Très vite le ton monte et les insultes fusent (on reproche au « PDG » son salaire !). J’arrête l’exercice. Je leur demande si c’est la meilleure façon de mener une négociation. Je leur dis aussi que je n’ai pas compris ce que veut faire le PDG. En fait personne ne le sait. Suite à quoi le responsable du CE se renseigne auprès la DRH de la société, et le conflit disparaît. Les deux camps s’affrontaient au nom de stéréotypes sans savoir ce que l’autre voulait.

Enseignement
Les conflits surgissent d’incompréhensions issues de stéréotypes. Ce que j’appelle dans mon premier livre la fiction de la « lutte des classes ». Le syndicat pense que le dirigeant est un exploiteur, qui détruit l’outil de travail pour s’engraisser. Le dirigeant pense que le syndicaliste est un paresseux qui veut détruire l’entreprise pour s’engraisser. Pourtant chacun veut du bien à l’entreprise : il y a intérêt. D’ailleurs l’homme n’est pas un parasite, et la réalisation de son identité passe par un succès collectif.
Comme si ça ne suffisait pas, le réformateur (le gouvernement par exemple) perd de vue la fin pour le moyen. Parce qu’il a un marteau il voit des clous partout. Dans le premier exemple, l’obsession de réduction de coûts du dirigeant lui fait oublier son objectif réel : augmenter la rentabilité de l’entreprise. Or cet objectif, bien compris, lui ouvrait un axe de mise en œuvre du changement qu’il n’avait pas vu. De même les réflexes des syndicats sont conditionnés, et conduisent à des cercles vicieux (exemple 2).
Ce qui rend ces phénomènes quasi imparables, c’est la capacité de l’homme à la « prédiction auto-réalisatrice » : nos a priori ont des conséquences qui les renforcent.
Négocier dans un conflit est complexe, et repose en grande partie sur la capacité du négociateur à savoir gérer l’émotion (la sienne et celle des autres). Par contre, s’il y a un « geste qui sauve », une sorte d’étoile du berger pour guider le négociateur, c’est probablement considérer que l’autre n’est pas un malfaisant. Son comportement s’explique par une logique compréhensible et honnête. Tout l’exercice de la négociation est de comprendre cette logique, et l’utiliser dans le cadre de ses desseins (cf. exemple 1). Il faut passer de « l’émotion à la raison » et du « face à face au côte à côte ».
En fait, je sais bien que si les négociateurs ont une logique compréhensible, elle ne veut pas forcément le bien collectif. Il existe tout de même des « parasites ». Mais, paradoxalement, en supposant que « l’autre » est honnête, on met à jour efficacement, pour ainsi dire scientifiquement, sa tartufferie. Il doit soit faire mentir le diagnostic, donc s’amender, soit abandonner la partie sans demander son reste. (C’est la « méthode Colombo ».)

Flatter pour réussir

Des universitaires ont cherché à connaître les qualités qui portaient aux sommets de l’entreprise.

Il faut maîtriser un art extrêmement sophistiqué de la flatterie, de la manipulation indétectable.
Il n’y a pas meilleur entraînement que d’appartenir à une culture pour laquelle la flatterie est une seconde nature, c’est-à-dire venir du monde de la vente, du droit, ou de la politique, ou encore de la haute société.
Compléments :

Que faut-il pour être patron ?

La science s’est penchée sur ce qui fait le patron. 
  • Les qualités qui favorisent l’ascension : avoir la capacité de « projeter une impression de motivation et de confiance en soi » ; appartenir au « bon » département (celui qui monte) ; savoir utiliser ses supérieurs ; maîtriser l’art de la flatterie (jamais une faiblesse) et du réseau ; être loyal.
  • Une fois au sommet, il faut être « humble et paranoïaque » et partir avant d’avoir essuyé un échec.
Échec qui est certainement imparable, puisque rien ici ne parle de compétence. Ce que concède l’article : « il y a beaucoup de choses qui comptent plus que la compétence ».

Où recruter un dirigeant ?

Nokia, dépassé par ses concurrents, veut changer de dirigeant. À cette occasion, The Economist fait une revue des travaux universitaires sur le sujet et montre que l’opération a, selon une source, 9 chances sur 10 de rater : il est préférable de choisir ses dirigeants à l’intérieur…
Compléments :
  • Par ailleurs, la tâche semble redoutablement difficile, ne serait-ce que parce que Nokia risque de lâcher la proie pour l’ombre : un marché de masse pour une éventuelle présence sur celui du smartphone (Nokia).

Portrait du dirigeant

Voici comment The Economist voit le dirigeant :

  • Le nouveau doyen de Harvard veut donner une éthique à ses élèves, The Economist trouve l’idée ridicule : ce qui fait avancer l’entreprise c’est la « destruction créatrice » : changer les règles, pas les appliquer.
  • Parlant de la rémunération du P-DG démissionné de BP, The Economist observe que « le capitalisme est une question de prise de risque », et sanctionner un P-DG pour une mauvaise gestion rendrait ses confrères prudents, en ferait des « bureaucrates ».

The Economist voit-il le dirigeant comme une tête brûlée qui joue le sort de l’entreprise et de l’économie à pile ou face, mais qui, lui, ne prend aucun risque ?

Payer les patrons en dettes

Un économiste propose de payer les patrons en dettes de leur entreprise : obligations, pensions de retraite, salaire différé…Ce qui lie leurs revenus à la santé financière au long cours de l’entreprise, alors qu’une rémunération en actions favorise la prise de risques démesurés, à court terme.
Pour ma part, il me semble que l’on n’arrivera jamais à contraindre le comportement d’un homme par quelques lois explicites, il les contournera toujours. La dissuasion efficace est sociale, je suspecte. Un demi-siècle en arrière, le dirigeant était modeste et honnête, parce que c’était ce qu’attendait de lui la société. Une citation un peu ancienne de Paul Krugman :

the section in Galbraith’s New Industrial State (1967) in which he discusses the possibilities of corporate executives using their position to enrich themselves at investors’ expense:

But these are not the sorts of thing that a good company man does; a generally effective code bans such behavior. Group decision-making ensures, moreover, that almost everyone’s actions and even thoughts are known to others. This acts to enforce the code and, more than incidentally, a high standard of personal honesty as well …