De quoi un chef tire-t-il sa légitimité ?

Une particularité de l’entreprise française est que son dirigeant est supposé omniscient.

D’où vient cette tradition ? Mystère. En tout cas, pas de l’ancien régime, puisque les rois consultaient leurs conseillers avant de prendre une décision. Ils étaient juges de dernière instance, il leur arrivait, d’ailleurs, de ne pas suivre ce qu’on leur suggérait. Mais, ce faisant, ils avaient tiré parti de la puissance des intellects dont ils s’étaient entourés. Ils réservaient leur intellect propre au juste nécessaire.

Cela pose la question de la légitimité du « chef ». Aujourd’hui, cette légitimité vient de ce « ce qu’il sait ». Dans le modèle royal, la légitimité vient de ce que le dirigeant assume la responsabilité de ses décisions. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, lui, si. Il n’est donc plus dans une logique de vérité, mais de conviction. Voilà qui change tout.

Tu seras un dirigeant, mon fils

On se trompe sur Trump. M.Trump est l’idéal type du dirigeant. Un dirigeant, ça ne pense pas, ça survit. Même les psychologues le disent : le dirigeant a les mêmes caractéristiques que ceux qui pratiquent des métiers dangereux : ils ne voient que des solutions, jamais de problèmes. Sélection culturelle.

Ce qui guide un dirigeant, c’est la crise. Sa force, c’est le pragmatisme, il s’adapte. L’entreprise est sujette aux « modes de management ». Elles sont stupides, mais ne pas les suivre serait suicidaire. Tout l’art du dirigeant est de changer de cap à temps.

Nous commettons une erreur. Nous pensons que les grandes entreprises résistent au changement. Faux, car celui qui fait les frais du changement, ce n’est pas la grande entreprise, c’est nous.

Le blues du patron

Un chef d’entreprise m’a dit que j’étais la seule personne à avoir été gentil avec lui !

De quoi s’agissait-il ? Je lui ai expliqué, catégoriquement, que son entreprise ne valait rien. En effet, avec n’importe qui d’autre à sa tête (moi en particulier), elle était en faillite en six mois, ou moins.

Qu’un patron prenne cela pour un compliment montre à quel extrémité il en est arrivé…

Dans la tête du patron de PME

Un ami, dont la femme est chinoise, me disait que le Chinois est un homme d’affaires. Et si l’économie n’était pas une question d’équations, mais de culture ?

Plus j’étudie l’Allemagne, plus je me perds en conjectures. La PME allemande semble parfaitement optimisée. Le propre de l’entreprise allemande c’est « la perfection dans la banalité », lisais-je. Mais ce n’est pas le résultat d’une volonté individuelle. C’est comme si toute la communauté et toutes les générations se liguaient pour faire réussir les entreprises du pays. C’est comme si l’Allemagne avait décidé que l’économie était la règle du jeu mondial, et qu’il fallait optimiser rationnellement le pays pour faire les choses aussi bien que possible.

Mais je comprends encore moins le patron français. Si on le compare aux patrons américains et allemands, ce qui frappe est qu’il ne se donne pas les moyens de réussir. Il vit d’expédients. Il est exploité, mais c’est aussi un exploiteur. Simultanément, sa tête semble embarrassée de préjugés surprenants, difficiles à prévoir, plus ou moins moraux, chrétiens, anti capitalistes… qui lui font prendre des décisions inattendues et erronées, qui, d’ailleurs, donnent des conséquences contraires à ses principes…

Ailleurs, on crée une entreprise parce qu’elle nous donne, une fois en bonne marche, les moyens de faire ce qui est notre réel objectif : assouvir nos intérêts personnels ou satisfaire nos devoirs de citoyens ? En France, on mélange tout, du coup on ne fait rien de bien ?

A suivre.

Art du management

Le dirigeant est un technocrate, un gestionnaire, pas un entrepreneur, encore moins un créateur, dit-on. Il est nocif. Il faut le remplacer. Et si diriger une entreprise était une question de questions, pas de formation ?

Ce blog rappelle l’histoire de Sloan et du Pont de Nemours. Ils ont sauvé GM, et en ont fait, pendant un demi siècle, la plus puissante entreprise mondiale. Elle a quasiment donné un nom à une nouvelle ère industrielle : « mass Manufacturing ». Or, ils n’avaient aucune idée de ce qu’était un constructeur d’automobiles, quand ils ont commencé. Ils se sont interrogés. Ils ont résolu les problèmes qu’ils se posaient. Ils ont inventé les traités de gestion modernes.

Michel Rességuier, le spécialiste du redressement d’entreprise, procède de même. Il annonce qu’il ne sait rien, et que, s’il y a une solution, elle va devoir venir de l’entreprise. Et cela réussit.

Poser des questions auxquelles on n’a pas de réponse, est-ce l’art du management ?

Il en est de même partout, je crois. Si l’humilité de M.Macron n’est qu’apparence, le grand débat risque d’avoir des difficultés.

Le pouvoir du dirigeant

Une idée répandue est que le dirigeant décide, son entreprise exécute. Beaucoup de gens, fournisseurs, quémandeurs, responsables de telle ou telle transformation…, pensent donc qu’une fois qu’ils ont son accord, ils doivent être obéis. Or, pour obtenir quoi que ce soit d’une organisation, celle-ci doit fournir un effort. Et elle n’a aucune raison de le faire. Et toutes les raisons de ne pas le faire.

Comme le disait Montesquieu : « cet honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous déshonore, parce qu’elle nous rendrait incapable de le servir  ». 

Le blocage psychologique de l'entreprise française

Pourquoi si peu de start up franchissent le cap du million d’euros ? se demande le dirigeant d’un gros incubateur. Selon moi, le problème est essentiellement psychologique, lui ai-je dit.

Exemple type. Une étude révèle qu’une entreprise a un potentiel colossal. Le marché vient d’ailleurs vers elle. Plan d’action sans grande difficulté. Mais rien ne se passe. Pourquoi ? Parce que le dirigeant a créé cette société pour s’évader. Or, ce que demande la réalisation du potentiel de son projet c »est, justement, de réussir ce à cause de quoi il a quitté la grande entreprise ! Pourquoi ne l’avais-je pas vu ? Parce qu’il est jeune et beau, surdiplômé et qu’il tchatche comme un Jeff Bezos. Mais le plumage n’est pas à la hauteur du ramage. Combien de fois ai-je rencontré ce cas ?

L’Américain veut devenir gros et riche,  vite. Le Français monte son entreprise pour se créer un petit royaume. Pour se libérer d’un monde où il a souffert. Il veut le maîtriser totalement. Surtout personne de plus intelligent que lui. Que des exécutants. Et pas de croissance.

Libérez les patrons !

L’entreprise libérée, de quoi s’agit-il ? D’autonomie. Si l’employé est autonome, sa capacité créatrice sera libérée. L’entreprise s’enrichira. 
Ce qu’il y a de curieux dans cette idée, c’est qu’elle sous entend que le dirigeant ne crée rien. Il est là pour organiser. Et si la libération de l’entreprise libérait, avant tout, le dirigeant ? Car si elle est autonome, il n’a plus à s’en occuper. Or la plupart des dirigeants sont des entrepreneurs, pas des gestionnaires. Leur talent c’est de créer des sociétés ! Et s’ils en créaient d’autres ? Ou, s’ils faisaient du « build up » : apporter la force de leur entreprise à des acquisitions en série ?… 
Or la France est pleine de créateurs. Quasiment tous les patrons de PME… Et, pour eux, que signifie « libérer l’entreprise » ? Simplement, apprendre à déléguer… 

L'art du management moderne

Il y a quelques temps, je rencontre un directeur commercial. La multinationale qui l’empoie a vendu une des unités dont il commercialisait les produits. Mais on lui demandé de maintenir le chiffre d’affaires qu’il réalisait. Même histoire, encore plus récemment. Un marché se transforme, et se réduit d’un facteur deux pour des raisons conjoncturelles (un Etat n’investit plus dans son infrastructure de transport). Cependant, il est attendu des managers de la société qu’ils maintiennent le chiffre d’affaires.
Il semblerait que tout l’art du management moderne soit ici. Le top manager nie la réalité, et lorsqu’elle se rappelle à lui, il dit avoir été trahi par ses subalternes. N’étaient-ils pas payés pour que l’entreprise dégage de plus en plus de valeur pour l’actionnaire ? N’est-ce pas pour cela qu’il reçoit un bonus toujours croissant ?
ETRE DIRIGEANT QU’EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ?
Qu’est-ce qu’être un dirigeant, au fait ? Deux idées qui ne choqueront personne par leur originalité :
  • Le dirigeant doit « voir plus loin » que ses subalternes. Chaque couche de la hiérarchie a un horizon. Plus on est haut, plus on anticipe. Plus on est bas, plus on est dans l’immédiat. Aujourd’hui le contraire se produit. Le bas éprouve une réelle anxiété de survie en constatant que son entreprise ne répond pas aux évolutions du marché, le haut vit dans les nuages de l’illusion.
  • Lorsque le dirigeant a repéré un changement de son environnement, ou une opportunité, il doit organiser la riposte de son organisation. Pour cela, elle et lui doivent mener un travail d’enquête qui va les amener à décider d’une stratégie et des moyens de la mener à bien. Puis chacun va s’engager à jouer le rôle qui est attendu de lui. Je ne fais ici que répéter ce que vous dit n’importe quel livre de contrôle de gestion… (Voir, par exemple, les ouvrages d’Henri Bouquin.)