La raison et le danger

J’ai risqué ma vie quelques fois. Curieusement, je n’ai jamais eu peur. Mon esprit est devenu, en quelque-sorte, totalement rationnel. Ce qui m’a peut-être sauvé. 

D’après un neuropsychologue qui a travaillé avec des pilotes militaires, ces gens réagissent, probablement, comme moi lorsqu’ils sont poursuivis par un missile. Leur raison, qui aurait dû leur dire que l’on n’échappe pas à un missile, se débranche. Ils voient le danger, mais il ne les paralyse pas, ce n’est qu’un problème à résoudre. Et, parfois, ils réussissent ce que l’on croyait impossible. J’ai entendu raconter la même histoire du pilote d’essai de Dassault, jadis. 

Comme le disaient mes quatre derniers billets sur le dialogue, notre société consacre un culte à la « raison », or, la raison est, par nature, gravement biaisée. Elle n’est que préjugés. Il faut apprendre à la débrancher. Idéalement, il faudrait surtout que notre éducation ne cherche pas à faire de nous des êtres de raison. (Il y a peut être une « bonne raison », mais ce n’est pas celle que l’on nous enseigne.)

Le dialogue de Christophe Faurie

 Ma contribution aux techniques du « dialogue » :

  • Le paradoxe. Quand un fait nous surprend (paradoxe), identifier notre réaction spontanée, puis chercher une autre interprétation, en quelque sorte « opposée ». Finalement, examiner ces deux interprétations : que suggèrent-elles ? (Troisième interprétation.) Le paradoxe est le principe de ce blog.
  • Le feed-back. Face à une personne que l’on ne comprend pas : lui dire comment on interprète ce qui compte pour elle, ce que l’on a fait pour aller dans son sens, lui expliquer que cela a donné l’effet inverse de celui désiré, et lui demander d’indiquer l’erreur que l’on a commise. C’est une variante du paradoxe, pour personne qui n’arriverait pas à trouver une seconde interprétation. 

Le dialogue de groupe

Nos interprétations, décisions et comportements sont conditionnés par des hypothèses inconscientes : sans travail préparatoire il y a dialogue de sourds. Comment, dans ces conditions, un groupe de gens peut-il fonctionner ? Comment peut-il prendre des décisions pertinentes ? Et, donc, comment peut-il agir efficacement ? Vous-êtes vous déjà posé ces questions ?

Le but du « dialogue » de groupe est de construire un groupe, et ce en construisant un processus de décision et d’action. 

Voici comment s’y prendre, selon Edgar Schein :

  • Présenter au groupe l’exercice et ses raisons.
  • Travailler ensemble à une tâche collective (par exemple comment bien dialoguer). 
  • Emotion ou incompréhension : ne pas répondre, « suspension » : attente d’informations complémentaires (permet de comprendre son propre processus d’interprétation).
  • Animation : orientée dialogue, attire attention sur les hypothèses qui sous-tendent la conversation (notre mécanisme de décodage inconscient).
  • Participant : concentré sur son propre processus d’interprétation.
Parmi les exercices qu’il propose, il y a celui-ci : suspendre les mécanismes sociaux qui produisent une réaction immédiate. C’est-à-dire ? Ne pas regarder l’autre, mais au milieu du groupe ; ne pas s’adresser à quelqu’un du groupe, mais au vide ; ne pas répondre aux questions que l’on nous pose. C’est la technique du « feu de camp ». Chacun, à son tour, raconte une histoire en regardant le feu. Si chacun raconte sa vie au feu, vous découvrirez qu’il n’est pas du tout ce que vous pensiez qu’il était. Pas du tout. 
Un résultat contre-intuitif : ce procédé ne demande pas de révéler ses hypothèses inconscientes. Elles se modifient naturellement au cours de l’échange. 

Le dialogue d'Edgar Schein

Edgar Schein est un psycho-sociologue américain, parmi les plus importants. La question de l’incompréhension est peut-être sa principale préoccupation. Voici quelques idées tirées de ses travaux : 

Notre processus de « décodage » interne de l’information que nous recevons nous conduit à des jugements instantanés, parfois incorrectes. Nous ne les remettons plus en cause. Ils nous rendent sourds. C’est jugé, c’est fini. 

Antidote principal : « suspension ». Quand un fait produit une émotion, « suspendre » l’interprétation de ce fait, afin de capter plus d’informations, avant de tirer des conclusions. 

Il propose l’exercice suivant : identifier dans son expérience les exemples de dialogues satisfaisants, et décrire leurs caractéristiques.

Dans un prochain billet, on verra comment il aborde la question du dialogue de groupe. 

L'art du dialogue

« Je suis toujours surpris de la quantité d’occasions de ne pas se comprendre. On croit communiquer avec des mots compréhensibles par tous et pourtant la réaction de nos interlocuteurs nous démontre que nous restons dans des univers parallèles. C’est troublant, inquiétant, mais c’est sans doute le prix pour sortir de sa bulle et réaliser que notre mode de pensée nous est tout à fait spécifique et qu’il faut accepter de le remettre en question chaque fois qu’on échange avec quelqu’un : on croit communiquer sur le fond mais il faut aussi s’ajuster en permanence sur la forme et sur nos référentiels respectifs. Sans jamais y parvenir vraiment. » dit un ami. 

Imaginez qu’un gouvernant déclenche une guerre mondiale par erreur ! 

Notre vie n’est-elle pas faite de telles méprises, qui l’ont changée, irrémédiablement ? De coups de têtes, qui, considérés avec calme, n’avaient aucune justification ? Que de dommages produits dans les négociations ?…

Comprenez-vous vos enfants ? Vous comprennent-ils ? Conséquences ?…

Question, quasiment, de vie ou de mort… 

Trois prochains billets se penchent sur les techniques dites de « dialogue ».