Sens du changement

D’après un expert : « les centrales nucléaires rejettent plus de 600 TWh. La consommation de gaz fossile en France est environ de 500 TWh ».

Or, il existe des moyens de récupérer une grande partie de cette énergie. D’une manière générale, il y a énormément de pertes énergétiques actuellement. Rien que le séchage, dit cet expert, représente 20% de la consommation d’énergie de l’industrie, et elle pourrait être réduite par un facteur de l’ordre de 2 à 5, par des techniques conventionnelles. (Avec, corrélativement, réduction bien plus considérable des émissions de CO2, de polluants et récupération d’eau.)

Il y a peu Jean Tirole a publié une tribune. « l’Europe investit encore massivement dans l’automobile, tandis que les États-Unis concentrent leurs efforts sur l’intelligence artificielle, la biotechnologie, l’espace. » Et s’il faisait fausse route ? Et si l’avenir n’était pas dans quelque invention futuriste, mais dans la réinvention « conventionnelle » de notre activité ?

Monde d’après

Soudainement, les journaux anglo-saxons sont pleins de l’éclatement de la bulle intelligence artificielle. A quoi va ressembler le monde d’après ?

La question est-elle là ?

Ne serait-on pas victime d’une forme de pensée magique ? Les Anglo-saxons parlent de « technofascisme » : c’est la technologie qui doit faire le bonheur humain, pas question de lui opposer la moindre entrave. L’intelligence artificielle est un désastre écologique, elle consomme des ressources immenses pour des résultats ridicules, elle tue ceux qui la prennent pour un ami, et suivent aveuglément ses conseils, etc. Mais, on ne fait rien.

Solution aux « limites à la croissance » ? Renoncer au « technofascisme » ? Réinventer toutes les activités humaines, de façon à ce qu’elles ne gaspillent plus et que leurs « déchets » soient réutilisables. Cette tendance est déjà à l’oeuvre : il faut l’encourager et cesser de gaspiller des ressources en financement d’utopies dangereuses ?

Surtout, la société doit redevenir une société. « L’homme est la mesure de toute chose ». Fini le « laisser-faire » ? Elle doit reprendre le contrôle de ce qu’elle produit pour le mettre au service de l’humanité ?

Ce qui demeure pourtant du programme du CNR, c’est son esprit, celui de la Libération, celui de l’optimisme, du volontarisme et de la solidarité nationale qui ont accompagné la liberté retrouvée. L’idée, enfin, que, face à la misère, le politique doit et peut agir.

Le Conseil national de la Résistance, sous la direction de Claire Andrieu, Folio, mars 2025

Retrouvons l’esprit du CNR ?

Changement climatique

Les climatosceptiques sont au pouvoir. Les champions de la transition climatique sont inquiets. Mais, à qui la faute ?

Dans mon premier livre, je donne l’exemple de l’embouteillage. Les embouteillés s’insultent les uns les autres. Mais le problème n’est pas l’autre, mais la régulation du trafic. Qu’une personne « fasse la circulation » et il est résolu.

Je constate que, succès de communication ? tout le monde a une conscience écologique. Seulement comment l’exprimer ? La société est bloquée. On veut bien, mais on ne peut pas.

Voilà, maintenant ce que l’on rencontre en plusieurs endroits en France :

Un groupe d’entrepreneurs exploite intelligemment le potentiel économique local (partout en jachère). Ensemble ils ont une « taille critique » – le moyen d’avoir du pouvoir en France. Leur initiative a une formulation « politique », au sens « citoyen » du terme. Elle transforme l’identité du territoire. Ainsi élus et services publics locaux ont envie d’apporter leur l’aide et d’utiliser leur savoir-faire de mobilisation de la puissance de l’Etat, qui n’est pas aussi Jacobin qu’on le dit…

Ces projets de territoire, au sens véritable du terme, permettent naturellement à la conscience écologique de tous, entrepreneurs, élus, citoyens… de s’exprimer. Et l’on constate que sauvegarder l’environnement n’est pas sans intérêt économique.

Le sens du changement ? économique, puis social, puis écologique.

Société de gaspillage

1973. l’ingénieur agronome René Dumont discute avec le polytechnicien Alfred Sauvy. Sujet : « la société de gaspillage ».

A l’époque, il s’agit de protéines. Les lois du marché en privent les pauvres pour les donner aux vaches des riches. Révoltez-vous ! Mais les pauvres se battent les uns contre les autres.

Le cauchemar ? Qu’un jour la planète compte 6 milliards d’humains.

Le démographe Sauvy remarquait que si la France avait été le pionnier de la limitation des naissances, cela tenait à ce que sa population avait accordé une personnalité à l’enfant, qui était devenu précieux. Le meilleur moyen de limitation des naissances était l’instruction. En revanche, attention au vieillissement. Pour qu’une nation soit dynamique, elle doit être jeune. L’Allemagne, déjà, le préoccupait.

Ce qui m’a fait penser, et c’était d’ailleurs ce que disait plus ou moins René Dumont, que, dans notre monde de gens âgés, le vieux n’a pas d’autre option qu’être jeune ! Question d’intérêt général.

Pour en finir avec la société de gaspillage.

Cracher en l’air

Elon Musk, ennemi public numéro 1 ?

Thousands of satellites being sent into orbit by SpaceX and rivals like Amazon eventually have to come down. Incinerating them in the atmosphere releases damaging pollutants that pose new threats to the planet’s protective shield.

https://www.bloomberg.com/graphics/2025-space-orbit-satellites-pollution/

Voilà qui rappelle les « limites à la croissance ». Y aurait-il quelque-chose de pourri dans notre mode de fonctionnement ? On commence par envoyer un satellite, ce qui est inoffensif, puis on en sature le ciel, ce qui nous asphyxie ? Un aventurier part dans quelque territoire inconnu, puis survient des hordes de touristes ?…

Est-ce la croissance qui est un mal, ou l’individualisme débridé ? L’homme laissé à lui-même est un danger public ?

Durabilité

Découverte récente : Longtime (https://longtimelabel.com/). C’est une norme de « durabilité ».

Plusieurs faits intéressants, à son sujet :

D’abord, que signifie la durabilité ? Beaucoup de choses. Par exemple, le produit doit être conçu pour être réparé aisément. Ce qui pose des quantités de questions. (Par exemple, est-ce que les pièces nécessaires seront toujours fabriquées dans dix ans ?).

Mais aussi : quel est l’intérêt, pour le fabricant de ne pas programmer l’obsolescence de son produit ?

Ce qui me surprend le plus est que cette affaire ait été du véritable entrepreneuriat. Parti de zéro ce qui est, pour le moment, une coopérative, a créé le seul label de durabilité européen. Elle est parvenue à trouver de très beaux clients, à financer la création de normes, ce qui se révèle un travail éminemment complexe, et à convaincre des organismes de contrôle de délivrer ce label.

On dit que l’Allemagne domine le monde par son art de la normalisation. Longtime serait-il un contre-exemple qui devrait nous ôter nos complexes ?

Drame climatique

Myanmar’s poisoned mountains
The toxic rare earth mining industry at the heart of the global green energy transition

https://globalwitness.org/en/campaigns/transition-minerals/myanmars-poisoned-mountains/

L’émission de la BBC dont il est question plus haut m’a fait rechercher l’étude dont elle parlait. Elle concernait l’extraction de terres rares en Birmanie.

Les Chinois ayant dévasté leur pays doivent s’approvisionner ailleurs en terres rares. Ils profitent de l’anarchie birmane pour faire affaire avec les seigneurs de guerre locaux. Ils détruisent tout ce qu’ils touchent et les populations locales n’auront bientôt plutôt qu’un sol toxique, qui, d’ailleurs, s’effondre.

Plusieurs réflexions :

  • Le capitaliste chinois semble culturellement mafieux. Il y a peut-être une logique à cela : la responsabilité du gouvernement n’est pas engagée par ses agissements ; en revanche, comme il est illégal, elle a un total pouvoir sur lui : qu’il lui déplaise et elle le jette en prison.
  • Quand regardera-t-on en face les conséquences des méthodes que nous utilisons pour réaliser la « transition climatique » ?

Croissance durable

Jay Forrester, créateur de la dynamique des systèmes, a conclu de ses travaux, devenus ceux du Club de Rome, que la croissance causait notre perte.

J’ai un faible pour Jay Forrester. Il y a un quart de siècle, quand j’ai analysé mes travaux et les conclusions que j’en tirais, et cherché ce qu’en pensait la science, j’ai découvert des similarités inattendues avec les écrits de son école (qui existe toujours au MIT).

Cependant, j’ai aussi vu leur limite : on ne peut pas modéliser l’humanité a priori. On ne peut pas savoir ce qu’elle a dans le ventre avant de l’avoir vu réagir.

Quant à la croissance, je pense que c’est un problème mal posé. Car, il semble que nous ayons besoin de croissance. Quand il n’y en a pas, il y a misère et guerre. La vie est croissance ? L’humanité est une création sociale permanente ? En revanche, il est possible que ce que nous appelons « croissance » soit malsain.

Qu’est-ce qui pourrait ne pas aller ? Notre économie est celle de la mort. Comme le disait un précédent billet, lutter contre le réchauffement climatique transforme la planète en mine à ciel ouvert. La nature est détruite. Le véritable changement systémique consiste à nous réintégrer dans la logique naturelle. Nous devons n’utiliser que ce que produit la nature et ne produire que ce qui lui est nécessaire. Ce qui demande du génie. Promesse de forte croissance !

Idiot ?

No future ?

Pour ne pas la réchauffer, l’écologiste serait-il en train de détruire la planète ? Serait-il un fauteur de guerres mondiales ? D’asservissement des plus faibles ? (Précédent billet.) Cela ressemble étrangement au scénario des limites à la croissance. Nous sommes pris dans un cercle vicieux. Chaque apparente solution empire le mal.

Sommes-nous condamnés ? A tort ou à raison, je pense que notre mal tient à une division des tâches. Nous ne subissons pas les causes de nos actions. Si l’on pouvait nous rassembler autour d’une table, nous changerions nos solutions jusqu’à ce qu’elles ne fassent plus de dommages ?

Surtourisme

Un phénomène que l’on ne soupçonne pas est la généralisation des modes occidentales.

En particulier, l’Occidental aime la nature. Il y part à l’aventure.

Du coup, comme cela a commencé avec Venise, et les sites touristiques les plus ordinaires, demain la nature sera parcourue par les 4×4 des hordes de touristes en développement.

Il y a plusieurs façons d’avoir un impact ?