Pire qu'avant

Il y a des déçus du Macronisme. Ce sont ses adversaires politiques. Je les entends sans arrêt dire : « les élus de la République en Marche sont pires que nous ». Ce qui, curieusement, sous-entend qu’ils s’estiment peu…

Je pense qu’ils pourront envisager l’avenir avec confiance, le jour où ils auront retrouvé leur fierté. C’est ça le changement quand il est réussi. En attendant, ils doivent faire le deuil de leur identité passée. C’est douloureux.

Traverser un deuil

Nouveau départ me fait m’interroger sur le deuil. Ne serait-ce pas une forme de perte de contrôle de son existence ? En tout cas, le film trouve deux moyens de l’accélérer :

  • S’engager dans une aventure. Même si elle est incertaine, il y a enfin quelque chose à contrôler, et à réussir.
  • Découvrir que celui que l’on a perdu croyait à certains principes, et les réutiliser. Dans ce cas, c’est peut être un moyen de diminuer la taille du deuil, en retrouvant une partie de la personnalité du disparu. Serions-nous plus des idées que la matière ?

Faut-il supprimer les anniversaires ?

J’ai toujours regretté de ne pas avoir pu approfondir les travaux de Jean-François Marcotorchino. C’est un mathématicien qui a inventé des méthodes d’analyse de données qui ne demandent pas de les grouper (par exemple, « avez-vous dix ans ou moins, entre onze et vingt ans… »). Ce qui a d’énormes avantages, les classements introduisant des biais.

Ne faudrait-il pas faire de même avec l’âge ? Avec notre système actuel, nous nous réveillons du jour au lendemain avec l’impression d’avoir pris une décennie, ou d’être devenu un autre. Illogique ?

À la réflexion, il me semble qu’il a tout de même une vertu. Il nous force au changement. De temps à autre, nous recevons un choc brutal. Qui nous contraint à faire le deuil de ce que nous étions, et de réinventer notre approche de la vie, et nos attentes. 

Changement et deuil

Retour sur un billet précédent.

Le changement doit il être un deuil ? En fait, je n’en suis pas sûr. 
  • Souvent le changement est imposé par les événements ou un pouvoir extérieur. Et si le deuil résultait d’un changement qui n’est pas désiré ?
  • Mais il peut aussi être recherché, ou avoir été conçu par ceux qui vont le mettre en œuvre. Je ne suis pas sûr, alors, qu’il y ait nécessairement deuil. 

Changement et deuil

Les réactions de l’homme face au changement sont identiques à celles éprouvées lors d’un deuil : après un premier état de choc, de refus, il passe à une phase de retraite défensive, de colère, puis accepte l’évolution  (il a fait le deuil du passé) avant de s’adapter.
Exemples de manifestation du phénomène : « c’était mieux avant », ou colère. Une fois le changement passé : « c’était idiot avant ».
Ce phénomène est ignoré par le dirigeant français, homme de raison. Il veut imposer autoritairement ses décisions. Ne sont elles pas parfaites ? Erreur fatale. Que devrait-il faire ?
  • Pour bien vivre le changement, l’individu doit d’abord ne pas réprimer ses sentiments de rejet, naturels, et essayer de les comprendre, il faut qu’il réduise le niveau de stress en gardant une bonne condition physique et en trouvant des dérivatifs. Surtout, il doit prendre un rôle moteur dans le changement.
  • Le manager doit commencer par analyser les raisons de la résistance au changement de ses employés, manifestation naturelle et bénéfique (elles permettent d’apprendre beaucoup sur la faiblesse des mesures proposées…). Ensuite, il doit apporter les « premiers soins » en écoutant les doléances, en aidant. Enfin, il doit encourager ses employés à devenir propriétaires du changement (condition sine qua non de réussite), en expliquant, en faisant participer aux décisions, en favorisant l’expérimentation, en protégeant ceux qui prennent des risques, en permettant à ses collaborateurs de s’enrichir personnellement, de se mettre en valeur.
Compléments :
  • Il y a un très grand nombre de variante des « courbes de deuil ». Dans ce domaine la référence est Elisabeth Kübler-Ross.
  • Les conseils viennent de : JICK, Todd, The Recipient of Change, note, Harvard Business School, 1990.
  • Résistance au changement.
  • Je nuance ce billet.

Grèves vues de l’étranger

Ce que je lis de la presse étrangère semble étonné des mouvements de protestation qui accompagnent la réforme des retraites chez nous.  
Qu’est-ce qui justifie une telle violence ? Pourquoi refuser une réforme qui ne pose aucun problème à aucun peuple étranger ? Les journalistes font un effort méritoire pour modéliser un comportement qui échappe à la raison. On convoque l’ethnologie. « Les Français » seraient, religion ?, attachés à une forme très précise d’État providence, voire à une vie de loisirs (comme le disaient hier les informations de France Culture).
Ce qui me frappe est que, sans les journaux, je ne saurais rien de ce mécontentement. Aucun lycée n’est barricadé autour de chez moi, pas plus que ceux, d’élite, du Quartier latin. Curieusement, j’ai eu le même sentiment, à l’époque où je vivais à Cambridge et que Madame Thatcher s’en prenait à ses mineurs.
Dans les deux cas les privilégiés ont été protégés ? C’est la France d’en bas qui trinque ?
J’entendais des leaders du PS s’indigner que pour une fois on n’écoute pas « la rue ». (La France des beaux quartiers se croit-elle revenue au temps des Misérables ?) On n’écoute peut-être plus les grèves parce qu’elles ne pénalisent que les faibles.
Je me demande si nous ne traversons pas la même transition que les Anglais de Madame Thatcher. Fin d’un monde ? Celui de l’État tuteur et du citoyen assisté ? Et nos manifestations ne sont qu’une manifestation du refus de ce changement ? Nous vivons un deuil ?
Compléments :
  • Are the French different?
  • Where the streets have no shame.
  • Struck off.
  • Madame Thatcher, comme Monsieur Sarkozy, aurait-elle été la main visible d’un changement implacable, d’un des grands mouvements sociaux dont parle Tolstoï ? (Dans Guerre et Paix il montre les conquêtes napoléoniennes comme un mouvement général de l’humanité d’ouest en est, accompagné d’un reflux. Napoléon et ses adversaires ne sont que des mouches du coche.)

Ted Kennedy

J’ai vu passer plusieurs notices nécrologiques concernant Ted Kennedy (par exemple : More flawed and more influential than his brothers). Il semblait terriblement sympathique et regretté. Et je me suis demandé si ce n’était pas la mort qui l’avait rendu tel :

Ted Kennedy serait-il désormais comme un vieux film : plus rien de ce qu’il fait ne pourra nous surprendre ? D’ailleurs n’est-ce pas pour cela que j’aime le blues et toutes ces musiques qui parlent tristement du passé ? Le passé étant passé, il n’est plus menaçant, ses règles sont désormais bien connues ?

Ce que je dis est un peu faux. Il y a des morts à qui l’on en veut à mort. N’est-ce pas le cas de notre président avec Madame de La Fayette ? D’ailleurs, je suis sûr que Platon n’a pas que des amis, et qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour que Marx soit de nouveau insulté. À la différence des morts sympathiques, les idées de ces morts là leur ont survécu, et elles continuent à nous inquiéter.

Les morts qui nous plaisent sont ceux qui n’ont pas laissé de trace, ou des idées desquelles nous avons fait le deuil ?

Le marché nuit gravement à la santé

Paul Krugman découvre qu’une grande partie des Américains croit que le marché peut résoudre les problèmes d’assurance santé du pays, et que la théorie économique est d’accord là-dessus. Or, la théorie économique dit le contraire, depuis longtemps. Il pensait ce résultat connu de tous.

Il a écrit un billet sur le sujet, qui a déclenché une avalanche de commentaires sans précédent. Signe qu’il avait mis le doigt sur une question importante. B.Obama a mis la charrue avant les bœufs. Il a oublié la petite explication qui, une fois comprise, aurait fait que la nation se serait emparée de ses idées. Et il l’a oubliée, parce qu’elle semble évidente au grand intellectuel qu’il est, et que celui qui est réformé ne l’est pas.

Voilà quelque chose de surprenant et de général. D’un côté il est incompréhensible pour l’élite que le peuple ne saisisse pas des choses qui vont de soi. De l’autre, une fois que le peuple a compris, ce qui semblait extrêmement complexe à l’élite, la mise en œuvre de la réforme, devient un non événement. Cela s’explique par la division des tâches dans la société : il y en a qui savent penser et d’autres faire. Voilà aussi la source d’une méprise bien connue : le grand patron pense que ses collaborateurs refusent de mettre en œuvre ses idées, alors qu’ils ne les ont pas comprises, faute d’une explication qui est évidente pour lui. Il en vient à croire que le peuple n’obéit qu’au bâton ou à la carotte.

Mais ce n’est pas tout. Ce qui fonde notre comportement n’est pas du ressort du raisonnement mais de la croyance inconsciente. Par exemple, pour l’Américain le marché est la solution la plus efficace à tous les problèmes humains. Et ça va tellement de soi qu’il ne peut pas concevoir que la science ne l’approuve pas. Le simple fait de laisser entendre que le marché n’est pas une panacée est un véritable tremblement de terre. Mais il faut cette catastrophe pour que la réforme démarre.

Attention. Nouveau paradoxe frustrant. Le tremblement de terre ne donne pas tout de suite un résultat. Car c’est un drame de même nature que celui que subissent les parents des victimes d’un crash aéronautique. On n’est pas dans le domaine de la raison, de la démonstration, mais dans celui du deuil. Ça ne se guérit pas par des mots, mais avec l’équivalent d’une cellule psychologique. Ce n’est qu’une fois que les émotions ont été soignées que la raison prend le relais. Il faut attendre longtemps mais quand elle s’est libérée de l’émotion, le problème est réglé en deux mouvements. Mais ça, c’est incompréhensible pour les intellectuels qui nous gouvernent.

Complément :

  • Le billet de P.Krugman donne un lien vers l’étude originale de K.Arrow.

Changement et deuil

L’article de Wikipedia sur le changement, dont il est question au billet précédent, ne parle pas que du changement comme un dégel, mais aussi comme un deuil.

Là, ça me semble une erreur. Pourquoi le changement serait-il une perte à laquelle on se résigne ? Non, le changement est un renouveau. Si, probablement, il est juste de parler, pour le début du changement, des premières phases du deuil, un changement réussi, c’est la découverte d’un nouveau potentiel, l’apprentissage d’une nouvelle vie, une nouvelle enfance.

C’est ce qu’a raté la Chine : Chine et Occident : dialogue de sourds.