Histoire

M.Hollande aurait été obnubilé par sa place dans l’histoire. Mais l’hirondelle fait-elle le printemps, et M.Hollande, l’histoire ? Il semble surtout que sous Hollande pointait Emmanuel. Il a amorcé un virage, qui se préparait peut-être depuis longtemps, et qui a été négocié par M.Macron ?

N’en est-il pas de même de M.Trump ? Lors de l’élection de M.Obama, j’ai lu une étude qui expliquait que les USA oscillaient entre le prosélytisme et le repli frileux. Comme souvent, les deux résultent de la même idée. Les USA sont le bien. Donc soit il doit être étendu au monde, soit il doit être protégé du mal. M.Obama a amorcé le mouvement. Mais c’est M.Trump qui l’a amené à son terme.

Déterminisme

Kant disait que l’on est déterminé, mais qu’il faut agir comme si on ne l’était pas. Je crois que la contradiction n’est qu’apparente. Nous faire croire que l’on n’est pas déterminé est une manière de nous déterminer. Et elle conduit à un meilleur résultat que l’hypothèse inverse. Elle crée une angoisse existentielle, favorable au changement.

Car, il me semble aussi que l’homme est indéterminé. Sa vie est faite de « big bangs » qui le changent. Ils sont imprévisibles. Ce sont eux qui font que nous sommes collabos, résistants ou majorité silencieuse. La société joue sans doute un rôle essentiel dans la création des conditions qui permettent le big bang. C’est probablement une conclusion qu’il faut tirer des travaux de E. Durkheim sur le suicide. Cependant, dans les mêmes conditions, deux hommes peuvent ne pas réagir de la même façon. (Cf. étude sur des jumeaux, citée par B.Cyrulnik.) Ce qui est inquiétant, me semble-t-il, est que ce qui détermine leur réaction est au delà de la raison. James March conclut : « décisions happen ».

Vérité

Combien de gens n’ont-ils pas dit que leur motivation était la quête de la vérité ? Mais qu’entend-on par vérité ? Deux acceptions possibles (au moins) :
  • Il existe des sortes de « lois de la nature ». Frederick Taylor, dans le domaine de l’entreprise pensait qu’il y avait « the one best way » de la faire fonctionner, la seule bonne façon. Cette définition de la vérité sous-entend que l’homme est déterminé. Il y a une seule bonne façon de mener sa vie. Il y a un bien et un mal. 
  • Il y a des faits, des « donnés ». Par exemple telle personne a prononcé telle ou telle parole à tel moment. Il n’y a jamais une certitude totale par rapport à ces faits. (On peut avoir mal compris les dîtes paroles.) Mais il y a tout de même quelque-chose sur lequel on peut bâtir une action. Cette vérité s’oppose au mensonge. Le mensonge, volontairement, travestit ce qu’il sait. « Fake news » dit-on maintenant.
La science est-elle la recherche de la première vérité, ou de la seconde, une connaissance, ou plutôt une description, de notre monde, qui nous permette d’agir ?

Indétermination

A qui ressemble-t-il ? se demande-t-on en regardant un enfant. Souvent à son père ou à sa mère, ou à un ancêtre. Cela semble évident qu’il devait en être ainsi. Mais lorsque l’on considère ses frères, on constate que chacun a pris quelque-chose d’autre à sa famille. Si bien qu’ils sont très différents les uns des autres. Et pourtant ils ont un air de famille.
Je me souviens d’un article qui parlait d’antimatière et qui concluait que si la matière avait gagné, c’était parce qu’il y avait un tout petit peu plus de matière que d’antimatière. J’ai l’impression qu’il en est de même un peu partout. Notre caractère est fait de tas de paramètres qui peuvent prendre un petit nombre de valeurs. Choisir l’une plutôt que l’autre ne tient à presque rien. C’est ainsi que l’on peut sembler être déterminé, tout en étant imprévisible.

Nature humaine

« J’ai toujours tort » était le titre d’un de mes premiers billets. Et c’est en particulier vrai de mes jugements sur les gens. Je tends à les faire entrer dans des stéréotypes. Ils sont globalement justes. Mais le petit peu qui ne l’est pas est, malheureusement, capital pour le succès de notre relation. D’ailleurs, je constate que l’on ne peut jamais parfaitement cerner une personnalité. Au mieux peut-on espérer la connaître assez pour mener ensemble telle ou telle tâche.

En vieillissant, je deviens prudent. Cependant ce n’est pas assez. Il faut trouver un moyen de connaître l’autre rapidement. Une sorte de plan d’expérience. Pour cela, il me semble qu’il faut surtout encourager le hasard. Il permet à la personnalité de se révéler. Or, je ne suis pas un habitué du hasard.

L'homme est-il naturellement bon ?

Au 18ème siècle on s’est déchiré pour savoir si l’homme était naturellement bon ou mauvais. 
Pour ma part, je pense qu’il n’est « naturellement » rien. La personnalité est le fruit de multiples influences. L’influence d’un éventuel « selfish gene » est écrasée par celle de la société. Aujourd’hui, nous tendons à être effroyablement égoïstes, mais ce n’est pas pour autant que nous ne puissions pas changer, en bloc. 
Et pourtant, comme le dit Bergson, nous ne sommes pas déterminés. Il y a des moments ou « quelque chose survient » qui fait que nous créons de l’inattendu. Pour que cet imprévu se produise, il faut que nous agissions comme si nous avions un libre arbitre.

Y aura-t-il de la neige ?

Le week-end dernier, je me demandais s’il allait neiger. La météo de mon téléphone me disait oui. Mais, à chaque fois que je la regardais, je voyais le début des chutes de neige s’éloigner. Il n’a pas neigé sur Paris.
Mystère de la prévision. C’est curieux à quel point elle change rapidement. Je l’ai remarqué lorsque je cherchais à savoir si un épisode doux aller s’achever. Je voyais chaque jour les prévisions à quinze jours changer. Peut-on encore parler de prévisions ? A moins que ce ne soit une indication : si les prévisions ne changent pas, elles sont sûres, sinon, rien ne va plus, tout est possible, comme au casino ? 
La météo pose la question du déterminisme. Si Bergson a raison et que le monde est Création permanente, alors la prévision parfaite est impossible. Le fait que l’on puisse un peu prévoir semble dire qu’il y a assez d’indéterminisme pour assurer notre liberté, mais pas suffisamment pour que le monde soit totalement incompréhensible… Espérons que ça ne va pas changer ? 

La philosophie est-elle utile ?

J’ai eu la surprise d’entendre une philosophe surdiplômée me dire que la philosophie n’avait pas d’intérêt pratique. Etudier Bergson ressortirait au plaisir intellectuel. 
Il me semble que la philosophie nous concerne au premier chef. Philosopher, selon moi, c’est chercher un sens à la vie. Mais, en retour, cette explication a des conséquences sur la façon dont l’humanité agit et vit. Heureuse ou non, durable ou non. 
Et si l’homme était libre ?  
Prenons le cas de Bergson. Voici comment je l’interprète. Il dit, selon moi, que le philosophe rationalise ses préjugés ou son intérêt. Kant, par exemple. Scientifique, il veut nous « prouver » que la science est le seul moyen de connaître le monde. Le même argument s’applique au philosophe Platon, qui nous affirme que le philosophe doit être roi ; ou à l’économiste, qui nous prouve, comme Hayek, que « la société n’existe pas », c’est un marché.
Conséquence ? Refus du changement. Soit tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, soit l’histoire a un sens unique (Hegel et Marx). Alors que reste-t-il à l’homme ?  A obéir aux lois ou à l’histoire. C’est le déterminisme. L’homme esclave, machine. L’aliénation. 
Bergson a un préjugé : l’homme est libre. Le déterminisme est un faux problème. A ce point, il se dit : quitte à rationaliser mes préjugés, en bon philosophe, à quel modèle cette hypothèse peut-elle me conduire ? Eh bien, à l’innovation permanente ! Le propre du monde serait le changement. Un changement discontinu (pas l’image du fleuve), par « coup de génie », par « bangs ». Cette exigence de changement impliquerait que nous sommes un cosmos immatériel. Ce monde n’est ni chaos, ni néant, mais changement en bon ordre. Nous sommes partie prenante de sa création continue. Bergson appelle cela le « spiritualisme », et cela ressemble beaucoup à « l’animisme » des peuples de la nature. Et le sens ? Il n’y a ni absurde, ni direction. Le sens est une création, sans cesse renouvelée. L’humanité est l’artiste de l’univers ? Par ses recherches et son travail, sa révolte dirait Camus, elle lui donne un sens ?
Conséquences ? Le changement devient continu et solidaire. Développement durable. C’est aussi une nouvelle source d’inspiration pour la science. Exemple : le monde n’aurait pas eu de commencement. Le « Big bang » ne serait qu’un bang créatif parmi d’autres. 

Les conditions initiales d'Einstein

Einstein est d’utilité publique. Grâce à lui, nous avons une excellente opinion de nous-mêmes. Mécanisme en deux temps : 1) on proclame que c’est l’homme le plus intelligent de tous les temps ; 2) on montre qu’une de ses idées est ridicule. Ce qui sous-entend « qu’on » est plus intelligent que le plus intelligent… 
Dans cet épisode, on s’en prend à ses déclarations concernant la mécanique quantique. Pour lui, des conditions initiales identiques doivent donner des résultats identiques. La mécanique quantique dit que ce n’est pas le cas, et l’expérience lui donne raison. (Article de F.Wilczek.) Le monde est imprévisible. 
Pour ma part, je soupçonne que « condition identique » n’a pas de signification. La physique travaille sur des abstractions. Qu’est-ce qu’un « électron » par exemple ? De loin, on le sait, mais de près ? Il en est de même pour toutes les grandeurs de la physique, la hauteur d’eau par exemple. 

Émancipation des esprits

Sortir l’esprit humain du poids des coutumes, « thinking out of the box », semble avoir été au cœur de la pensée des Lumières, des combats de nos instituteurs d’avant 14, et de Jaurès, parmi beaucoup d’autres.

Apprendre l’individu à penser semble avoir deux intérêts, pour eux. Tout d’abord, lui éviter de se faire manipuler. Ensuite, le libre arbitre est gage d’efficacité : plus efficace est la raison de l’individu, plus la population est globalement efficace.

Mais qu’est-ce que bien utiliser sa raison ? Il me semble que c’est pouvoir décider vite et bien. Pour cela je crois qu’il faut 0) avoir un minimum de pratique de la prise de décision, 1) un minimum de connaissances sur beaucoup de sujets différents, 2) être au cœur d’un réseau de plus spécialistes que soi. 1) et 2) ont la même justification : pouvoir vite acquérir les informations nécessaires à une décision.