Mauvaise histoire ?

Il y a quelque-chose qui ne me va pas dans Le nom de la rose, et ce type d’ouvrage écrit par un moderne sur un temps ancien (comme toutes ces enquêtes que diffuse la BBC, et qui m’amènent à écrire ce billet !). Il me semble qu’on projète des idées modernes sur un monde ancien. 

Ce que j’aime, au contraire, ce sont les anciens parlant d’eux-mêmes. 

Il me semble que le monde se crée en permanence, et donc que l’individu est toujours confronté à des problèmes que personne n’a rencontrés avant lui. 

Ce qui est intéressant est de voir ce qu’il fait alors. C’est rarement glorieux, mais il y a parfois des moments d’humilité et de grâce… 

Hasard et succès

Dans la « société de la performance », il n’y a que le résultat qui compte, dit le psycho-sociologue Adam Grant. Implicitement, cela signifie que la condition nécessaire et suffisante du succès est la valeur humaine. 

Mes premiers contacts avec les sciences du management anglo-saxonne m’ont fait comprendre que cette pensée est consubstantielle à la nation américaine. Elles consistent à apprendre des « meilleures entreprises ». Paradoxalement, quelques années plus tard, les dites entreprises sont en piteux état, quand elles existent encore. Pas grave, on les a oubliées. 

Toute l’oeuvre de Montaigne tourne autour de cette question. Que faire dans un monde où non seulement le hasard joue un rôle massif, mais nos propres facultés sont, quasiment, nos pires ennemies ? 

Je me demande si la réponse n’est pas dans la question. Il faut, à la fois ne pas croire aux illusions américaines, et, couler, le cas échéant, avec le navire : être ferme dans ses convictions. Ce qui demande de les chercher. 

(La pensée américaine est bien adaptée à un monde aléatoire. Elle dit au soldat : courrez sur la batterie adverse, Dieu reconnaîtra les siens. 

La thèse d’Adam Grant est que le monde n’est pas totalement aléatoire. Pour le comprendre, il faut apprendre. Ce qui signifie une démarche « scientifique » d’essais et erreurs.)

Mécanique quantique

Feynman donne une introduction à la mécanique quantique qui n’a rien à voir avec ce que j’ai connu. 

Je me souviens d’équations mystérieuses. Chez lui, il part de l’expérience. Il montre que, dans certaines conditions, l’électron est diffracté. C’est à dire qu’il se comporte comme une onde. Du coup, on aboutit au principe d’incertitude d’Eisenberg, qui devient le principe fondamental de la mécanique quantique, sur lequel tout repose. 

Et, surprise, ce principe produit une forme de certitude. C’est lui, en quelque sorte, qui maintient les électrons en orbite. En effet, sans cela l’électron obéirait à la mécanique newtonienne, dissiperait son énergie, et finirait collé au noyau. Ce qui permet à Richard Feynman de faire quelques calculs précis…  Paradoxe. Et il y a beaucoup d’autres applications pratiques du dit principe. Par exemple, il fournit une raison pour laquelle nos chaussures ne s’enfoncent pas dans le sol… 

Encore plus mystérieux que les équations mystérieuses ? Ou est-ce notre « esprit simplifiant » qui est totalement inadapté à la réalité ?

Le système D dans la nature

« On peut considérer que les organismes vivants sont construits à partir d’un programme, que ce programme est très lié à l’architecture générale des organismes, mais il ne faut jamais oublier que ce programme a la particularité, par construction, même en restant strictement déterminisme, de créer systématiquement de l’imprévu. » (L’identité génétique, Antoine Danchin, dans La Vie, Université de tous les savoirs, Odile Jacob.)

Un livre peut être lu ou servir de presse-papier. Mieux : un mécanisme ayant une fonction originelle de lutte contre une maladie pourra être utilisé, des millions d’années plus tard, par l’être dans sa structure (pour déterminer ce qui sera le dos, ce qui sera le ventre, par exemple), et cela pour faire face à des conditions extérieures nouvelles. En quelque sorte, le résultat de l’action de l’agent pathogène aura été de transformer, définitivement, l’individu et sa descendance ! (Application au coronavirus ?)

Le hasard et la nécessité forcent les mécanismes vitaux à trouver des fonctions nouvelles. Et c’est pour cela que l’eugénisme est impossible. Rien n’est fondamentalement bon ou mauvais, tout a la capacité de devenir utile, un jour, dans des circonstances imprévisibles, par « bricolage ».

La modélisation nous a-t-elle sauvés du coronavirus ?

La nouveauté du coronavirus tient à l’importance qu’ont eue les modèles mathématiques et informatiques dans l’information que nous avons reçue. France Stratégie analyse ce phénomène dans un débat, que l’on retrouve ici : https://youtu.be/j0RVJID4D58.

Au fond, l’anthropologue du débat l’a tué dès qu’il a parlé : l’anthropologie a cru à la modélisation (le structuralisme de Lévy-Strauss) et a vite compris que la complexité du monde s’y refusait.

Il y a cacophonie entre modèles, ce qui ne conduit à rien. Tous leurs enseignements se ramènent à très peu de choses, qui ressortissent à la simple observation : les gouvernements ont tardé à réagir alors qu’il y avait une augmentation manifeste des malades, la densité semble un paramètre important dans la propagation du virus. (Mais, la question du fait que des pays hyper denses ne semblent pas touchés, n’a pas été évoquée.) Pour le reste, on ne sait pas.

Une remarque intéressante : certains modèles peuvent être « impérialistes ». Ils imposent implicitement les normes qu’ils désirent pour la société.

Détail inquiétant : pour masquer cette cacophonie, qui en elle-même est un signal, les chercheurs tendent à s’entendre pour parler d’une seule voix…

(Détail rassurant ? On apprend que les Anglais sont très en avance sur nous en termes de modélisation…)

Le chaos dans le système solaire

Ouvrage de circonstances ?

L’avenir est imprévisible.

Le bel équilibre des équations newtoniennes n’est qu’apparent : elles cachent le chaos et l’indétermination.

Par exemple, on est incapable de savoir si le triplet, Lune, Terre, Soleil est stable à long terme, ou si le système solaire n’est pas susceptible d’éjecter une de ses planètes.

C’est ce qu’a découvert Poincaré, il y a plus d’un siècle. Tenter d’expliquer le mouvement des planètes a été une aventure, en voici le récit.

Camus est grand

Jean Daniel racontait qu’il s’était brouillé avec Camus sur la question de « l’inéluctabilité » de la décolonisation de l’Algérie. Camus lui a répondu que « inéluctable » est un concept hégélien qui pose en principe que le cours de l’histoire est déterminé.

Et, effectivement, ce qui est arrivé à l’Algérie n’était pas « inéluctable ». Jean Daniel explique que, contrairement à ce qu’il a fait avec la Tunisie, et le Maroc, de Gaulle a « bâclé » les négociations avec le FLN, parce qu’il n’avait aucune considération pour ses interlocuteurs. S’il en avait eue, le sort de l’Algérie aurait-il été différent ?

Et que se serait-il passé si nous avions fait comme les Anglais avec Hong Kong ?

(D’ailleurs, Hong Kong ne serait-il pas en train de résister au colonialisme chinois ?)

Ai-je de la volonté ?

Je décode avec peine le volontaire et l’involontaire de Paul Ricoeur. Problème : je ne crois pas à la volonté. Volonté signifie qu’il y ait un libre arbitre, et le supposer conduit à des contradictions sans fin. Je ne crois pas à je.

Comment avançons-nous, alors ? Par influence, peut-être. Nous réagissons à notre environnement, en particulier à ce que nous entendons. C’est pourquoi il est probablement utile de croire qu’il existe une « volonté », ou un je.

(Pour autant, je ne crois pas au déterminisme. La vie change par « big bang », qui rend son cours imprévisible. Le monde se crée continûment. Le prospectiviste est contre nature.)

Changement de météo

Vous allez voir, il va y avoir un froid de saison. Voilà ce que j’ai vu sur un site de prévision météo, à au moins deux reprises. On a eu de la pluie et du vent.

J’ai l’impression que le temps reste du même type pendant plusieurs jours, avant de changer brutalement. La météo a beaucoup de difficultés à prévoir ces changements. Du coup sa prévision consiste à dire que demain il fera le même temps qu’aujourd’hui.

La renaissance de 68 ?

Je disais, en fin d’année, que M.Macron enterrait 68. Et si 68 renaissait ? me fait demander le billet précédent. Et si Harvey Weinstein était l’hirondelle qui refait le printemps ? Le test existentiel qui révèle que 68 ne fut pas un mouvement de paresseux, comme semblait le penser M.Sarkozy, mais répondait à de puissantes et respectables aspirations ?

La conséquence de la capacité humaine au changement est d’avoir toujours tort ?