Raison d’être

En écoutant une émission traitant de sorcellerie et de possédés, j’ai pensé qu’ils ne paraissaient étranges que parce que nous les jugions du haut de siècles d’accumulation de connaissances.

Il est peut être bien plus étrange de penser que l’on puisse mettre la nature en équations.

Bien sûr, ces équations ne disent pas tout. Lorsqu’on veut les pousser un peu loin, elles débouchent sur l’absurde. Mais, tout de même, elles ont permis de construire un monde rassurant.

La raison semble le propre de l’homme. J’entendais une autre émission remarquer que dès que l’enfant jouait, il créait des règles. Nous semblons naturellement chercher à modéliser ce qui nous entoure, à en expliquer le comportement.

Cette raison donne-t-elle un sens, une direction et un but, à l’histoire, comme le pensait Hegel ? Finirons-nous dans un monde rationnel ? Un monde « artificiel » au sens d’Herbert Simon, que l’homme a créé à son image ? L’utilité des Trump, et de leur agitation folle, serait-elle de nous rappeler, de temps à autre, de ne pas nous endormir sur nos lauriers, et de reprendre conscience de la raison de règles qui sont devenues une seconde nature ? Mais serions-nous, tout de même, déterminés, par cette étrange faculté ?

Pensé-je ?

Averroès semble avoir estimé que le cerveau de l’homme était animé par celui de Dieu. Ce qui ne faisait pas l’affaire des Chrétiens, qui croient au libre arbitre.

Le libre arbitre du Chrétien, comme le déterminisme du scientifique, ne me semblent pas des théories défendables. Quand on observe le passé, on constate que l’homme appartient à son temps. On met en avant tel ou tel individu exceptionnel, comme s’il avait créé son époque, mais il n’en était que l’effet. Ce n’est pas le Mont Blanc qui a fait les Alpes. Mais ce temps, et ces modes, ne sont, pas plus, déterminés, il résultent d’une forme de chaos. Il semble qu’il y ait une création permanente, qui brouille toute possibilité de prévision.

Pour autant, tout se passe comme si nous avions un libre arbitre et que nous pouvions orienter l’histoire. Et c’est probablement une bonne chose que nous en soyons convaincus.

ADN et société

Ce que dit l’article précédent des rôles du bruit et de l’ADN se retrouve dans la vie quotidienne.

Prenons le cas d’une découverte, par exemple celle de l’appareil photo. Au début, il y a une idée simple. La chambre obscure. Mais ça ne marche pas très bien, alors on cherche des idées nouvelles. Et l’innovation ne se met au point qu’à coups de hasards. A posteriori l’histoire semblait écrite et, pourtant, elle n’est que chaos.

Quand on y réfléchit un peu, il est possible qu’il en soit de même de notre vie. Peut-être est-elle comme un voilier ? Elle ne peut rien faire sans vent, seulement celui-ci vient de tous les côtés, avec toutes les forces. Mais, ce qui compte est « qu’il vienne » ? Ensuite, « la chance sourit à l’esprit éclairé » ?

Bruit et ADN

We give our genes and our environment all the credit for making us who we are. But random noise during development might be a deciding factor, too.

Article de Quanta Magazine

Aurais-je raison, pour une fois ?

Jusque-là le scientifique pensait que nous étions totalement déterminés par notre ADN. Décoder l’ADN c’était tout savoir, et tout résoudre.

En fait, on constate que le hasard, le « bruit », joue un rôle critique dans la création de l’individu, si bien qu’il y a de populations entières de clones, tous ayant le même ADN mais ni le même comportement ni la même apparence. Ce « bruit » serait particulièrement important dans la création du cerveau humain…

Une confirmation de ma théorie selon laquelle la nature sélectionnerait la diversité ?

It’s known that random noise is critical to the survival of bacteria and other single-celled asexual organisms. For them, random fluctuations allow for an evolutionary strategy known as bet hedging: The temporary, random introduction of variants into a population improves the species’ chances of survival should environmental conditions change. For instance, among infectious bacteria, the presence of a few “persister” cells that randomly shift into metabolic dormancy can help the population survive doses of antibiotics that wipe out the rest.

Libre arbitre et déterminisme

Les philosophes semblent partagés entre ceux qui croient au libre arbitre et ceux qui croient au déterminisme. (In our time, de la BBC.)

Ce qui me paraît également idiot. Notre vie semble une succession de petits ou grands « big bangs ». Des discontinuités. Dans ces conditions le déterminisme est impossible. Quant au libre arbitre, il faudrait encore lui trouver un siège… Comme le dit James March, les décisions « surviennent ».

En fait, le plus important n’est peut-être pas qu’une théorie soit juste ou non, mais ce que l’on en fait. Nos croyances conditionnent nos comportements.

Ou les comportements des autres… Phénomène bien connu. La plupart des croyants au déterminisme se comportent tout à fait ordinairement. Entre leur vie et leurs idées, il y a un mur. Mais ces idées les aident dans la vie : elles convainquent les autres de ne pas bousculer le statu-quo. « Les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. »

Spinoza

Mystérieux Spinoza. Une émission le présentait, quasiment, comme le plus grand des philosophes.

Pourtant, ce qui était dit de ses théories n’était pas au dessus de toute critique. En particulier, il aurait été déterministe.

Pour lui, l’univers était un : âme, matière, Dieu, c’est la même chose. De ce fait, si l’on veut lui éviter une contradiction, et dire avec lui que sa pensée est déterminée, ses travaux participent à un mouvement qui amène irrésistiblement l’homme à voir le monde avec les yeux de Dieu.

Ce qui est une belle théorie, lorsque l’on y réfléchit bien.

Ce qui explique peut-être aussi une note de Bergson à Jankelvitch, faisant état des similitudes entre ses travaux et ceux de Spinoza. Bergson pense aussi qu’il existe une forme de changement sans heurt, parce qu’il comprend « l’essence des choses ». Et que les champions de ce changement sont les mystiques, qui communiquent par l’intuition avec la nature. Pourtant, contrairement à Spinoza, Bergson est anti-raison, et il me semble non déterministe.

Mais je ne les connais pas suffisamment, pour pouvoir être certain de les comprendre.

En tous cas, il me semble que ma théorie personnelle est différente de la leur. Pour moi, le monde est un changement permanent, au sens création. L’avenir n’est pas prévisible, parce qu’il n’est pas inscrit dans le passé. Le temps est une suite de « (big) bangs ». Ce qui fait qu’il n’y a ni déterminisme, ni nécessité de libre arbitre. Une succession de « miracles », faute de meilleurs termes. C’est-à-dire des événements inaccessibles à la raison.

(Inspiré par In our time, de la BBC.)

Supraconductivité

J’ai toujours tort. Je ne savais pas ce qu’est la supraconductivité.

En général, on dit que lorsque l’on abaisse la température de certains éléments, ils se mettent à conduire l’électricité, sans perte d’énergie. En fait, il s’agit d’un « état émergent », qui ne se produit pas forcément à basse température, et qui défie toutes les théories. Dans sa découverte, on navigue à vue. Initialement, par exemple, on cru qu’il fallait des éléments purs. Puis on a découvert que, justement pour produire l’effet à haute température, il fallait utiliser, au contraire, des composés.

En fait, il semblerait que l’on soit dans la situation de l’atome. Les électrons tournent autour du noyau sans perte d’énergie. Ici, on aurait reproduit la même situation.

L’atome obéit à la mécanique quantique. « Mécanique quantique » étant un terme que l’on a inventé pour sauver la face de notre raison désorientée ?

La science en arriverait elle à douter de son déterminisme ? Découvrirait-elle que la voie qu’elle suivait n’est pas la seule possible, et même qu’elle l’aveugle, que le hasard est fructueux ?

J’entendais aussi dire que l’on avait découvert un nouvel état de la matière : de la glace ayant une structure et une densité d’eau.

Cette glace pourrait se trouver sur certains satellites de planètes solaires, qui présentent des conditions favorables. Cependant, je constate que l’homme semble faire émerger des états de la matière que l’on ne trouve pas dans la nature…

Causalité

L’intérêt d’appartenir à un collège anglais est de ne pas être pris pour un imbécile. Mon ancien collège organise des visio conférences fort intéressantes pour ses anciens. Des universitaires de partout dans le monde, qui sont passés par le dit collège, présentent leurs travaux.

(Curieusement, l’acte gratuit finit par rapporter beaucoup. Car les anciens qui ont réussi font parfois de généreuses donations. Même moi, j’ai failli faire travailler un des laboratoires de l’université. Simplement parce que je savais ce qu’il faisait, alors que je ne connaissais rien d’équivalent en France.)

Le dernier sujet en date était la question de la cause, traitée par une éminente statisticienne canadienne. Qu’est-ce qu’une cause ?

Illustration : il y a une corrélation remarquable entre la quantité de chocolat consommée par habitant d’un pays et son nombre de prix Nobel. (En nombre de Nobel par habitants, la Suisse ridiculise les USA.)

Le chocolat rend-il intelligent ? En fait, il est possible que Nobel et chocolat aient une cause commune.

Personnellement, je ne crois pas à la cause. X a assassiné Y. Mais, si c’était lors d’une guerre, Y n’était-il pas condamné par les événements ? On retrouve l’histoire du chocolat.

La cause a elle-même une cause : si l’on pouvait trouver des causes, il serait facile d’agir. Malheureusement, c’est l’exception qui fait la règle. Si l’on croit aux causes, on s’endort sur ses deux oreilles, et ont fait de graves erreurs. A commencer par manger trop de chocolat…

ADN et société

L’hérédité a besoin de conditions favorables pour s’exprimer. Voilà ce que disait le neurologue Laurent Cohen à France Culture, il y a quelques temps. 

Il suffit de regarder autour de nous pour comprendre que mesurer deux mètres vingt a plus de chances d’être un atout au basket, que dans un sous-marin, deux inventions humaines. 

Pourtant, on entend exactement le contraire : si j’ai réussi, c’est parce que j’étais un sur-homme…

(Mais Montaigne s’indignerait : la « fortune », la chance, il n’y a rien de plus important dans les affaires humaines !)