Longue dépression

Paul Krugman semble penser que les USA s’enfoncent dans une dépression, la troisième dépression mondiale. Elle ressemblera probablement à la première, longue, dépression, du 19ème siècle. (Third Depression Watch)
Je me demande si le phénomène suivant n’est pas à l’œuvre : l’après guerre a été une grande période de solidarité sociale ; n’ayant plus aucune crainte, l’individu a développé un égoïsme sans limite ; cet égoïsme a disloqué l’édifice social, d’où crise ; la misère fera redécouvrir les mérites de la solidarité.
Les Chinois parleraient probablement de Yin et de Yang (Le discours de la Tortue). Pour d’autres, c’est la défaite de la raison. 

Comment manager son manager

Je lisais sur un blog spécialisé que « manager son manager » était le titre de son billet le plus lu par les assistant(e)s. En fait, c’est aussi le problème n°1 de tout dirigeant. Car nous avons tous quelqu’un au dessus de nous. Je crois qu’il y a deux techniques pour ce faire:

  1. Jouer sur les leviers que la société donne au managé pour diriger son manager. L’étape initiale de l’exercice, malheureusement généralement infranchissable, est de prendre conscience que le supérieur n’est pas qu’un imbécile. Cela tient non à ses aptitudes naturelles, mais à ses fonctions. Son rôle lui permet de faire ce que personne d’autre ne peut faire. Alors, le guider devient facile. Il suffit de présenter ce que l’on pense bon, sous la forme d’une question qui stimule son « anxiété de survie ». On doit alors abaisser son « anxiété d’apprentissage » en lui laissant entendre qu’il existe une méthodologie qui permet de résoudre le problème, et que nous ne pouvons qu’en être l’animateur. Il sera alors très heureux de nous laisser suivre la route que nous comptions prendre.
  2. Lorsque le manager prend une initiative, il s’agit que ses échecs ne lui pardonnent pas. Il apprendra vite ainsi ce qu’il peut on non faire. Ou même qu’il ne peut absolument rien faire sans son inférieur (« learned helplessness » en anglais). Cette technique, d’usage beaucoup plus naturel que la première, s’inspire des méthodes de dressage conçues par Pavlov et Skinner.
Compléments :
  • Anxiétés et changement.
  • Sur Pavlov et Skinner : MALIM, Tony, BIRCH, Ann, Introductory Psychology, Macmillan, 1998. Learned helplessness vient d’un autre psychologue (SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998).

Mots tristes

Jeanne Bordeau expose ses tableaux de mots (à la galerie Verneuil Saint Pères, 13 rue des Saints Pères à Paris). C’est le résultat de sa lecture de la presse française. Comme l’année dernière ce n’est pas gai.
J’en retire l’image d’une nation passive, sans idée, sans projet, sans rien. Elle fait le dos rond en espérant que les éclairs tomberont ailleurs. Elle ne désire pas. Sinon de ne pas choir un peu plus. « Learned helplessness » disent les psychologues anglo-saxons. Les nations aussi peuvent être déprimées.
Quel changement nous faudrait-il ? Et si nous redevenions le foyer révolutionnaire du monde ? Et si nos idées faisaient à nouveau trembler la planète ?
Indicateur de succès ? Que la presse anglo-saxonne parle à nouveau de nous avec stupeur et tremblement !

La France cause la grande dépression

Un chercheur a découvert que la France avait joué un rôle majeur dans la grande dépression d’avant guerre. Avec les USA, mais plus qu’eux, elle empilait l’or sans le dépenser. Moins de monnaie en circulation signifie baisse des prix.
J’étais fort content que notre nation insignifiante ait pu initier une dépression mondiale jusqu’à ce qu’il me vienne l’idée que d’ordinaire il y a régulation internationale des politiques monétaires. Et, si, simplement, c’était cette coordination qui avait manqué, laissant les nations dans une forme de dilemme du prisonnier ? Culpabilité collective ?
Compléments :

Dépression américaine ?

Les employeurs américains seraient parvenus à transférer une partie du coût de l’assurance santé de leurs salariés sur ces derniers. C’est ça ou le chômage. (Shifting the Health Cost Burden.)
Or, si l’entreprise réduit le salaire de ses employés, elle déprime son marché. Cercle vicieux de la dépression.
Limites d’un excès de liberté ? L’équilibre de l’offre et de la demande n’est pas un équilibre stable ? Quand l’un a un avantage sur l’autre, il pousse cette avantage à l’absurde, sans penser que leurs sorts sont liés ? 

Testez votre optimisme

J’ai parlé dans mon cours, comme je le fais souvent dans ce blog, des travaux du psychologue Martin Seligman.

Des élèves m’ont demandé de mesurer leur optimisme. J’ai trouvé ce test : http://www.stanford.edu/class/msande271/onlinetools/LearnedOpt.html.

15 minutes pour savoir si vous êtes optimiste ou si vous avez tendance à la déprime. C’est en anglais.

Note pratique : une personne qui vient de remplir ce test me fait remarquer qu’il est facilement manipulable. Ce qui est certain. Afin qu’il donne des résultats utiles, il me semble qu’il faut accrocher les situations qu’il propose à des événements vécus récemment et chercher la réponse qui correspond le mieux à ce que vous avez pensé alors.

Dépression

Les malheurs d’un ami me font découvrir ce qu’est la dépression. C’est surprenant parce que ce n’est pas aussi mystérieux que je le pensais :

  • La dépression semble, simplement, être qu’un certain type d’aléa devient incapacitant. Une infime contrariété, qu’on résoudrait inconsciemment ordinairement peut nous mettre au lit pour plusieurs semaines.
  • En fait, la dépression paraît une amplification des hauts et des bas de la vie. Une existence normale rencontre aussi ce type de difficultés (la dépression est notre moyen de résoudre des problèmes), mais elles n’ont pas les mêmes conséquences.
  • Le plus surprenant est que la description des symptômes de la dépression m’a immédiatement évoqué la situation du dirigeant qui n’arrive pas à prendre une décision pourtant essentielle à la survie de son entreprise. Lui aussi semble refuser l’obstacle d’une manière qui paraît incompréhensiblement irrationnelle : ce qu’il doit faire n’est-il pas évident à tous ?
  • Je me demande si la dépression n’est pas précédée par un haut qui l’est trop. Dans l’exemple de cet ami, il semble avoir vécu, au préalable à sa crise, dans une sorte d’évasion de la réalité, qui ne pouvait que mal finir. Pas plus que dans la phase de dépression il ne voulait pas voir la vérité.
  • Selon son médecin, le problème de mon ami se traite par la chimie. Est-ce aussi certain que cela ? Tout d’abord, il m’a dit que sa crise actuelle avait coïncidé avec une remarque du dit médecin lui suggérant de commencer un traitement ; il pensait être capable de dominer son mal par sa seule volonté, le conseil du médecin signifiait qu’il échouait. Ensuite, le traitement semble s’en prendre à la manifestation mais non à la cause : il paraît créer une phase d’euphorie pas plus propre à la résolution de problèmes désagréables que la crise. Enfin, au lieu de rester au fond de son lit, comme d’habitude, l’ami a continué à faire quelques tâches simples, et il s’est rendu compte qu’il les menait à bien, et qu’il s’en sentait mieux. D’ailleurs, sa raison l’aide un peu à remettre de l’ordre dans ses perceptions : il sait qu’il voit tout en noir, mais que la situation n’est pas comme cela.

Le déclin de l’Occident

La Chine, l’Iran, la Russie sont enchantés : leur heure est arrivée, l’Occident est à son crépuscule. C’est lui-même qui le dit.

Oui, mais il le dit depuis plusieurs millénaires, remarque Thérèse Delpech.

Et si cette sorte de dépression chronique, à laquelle seule semble échapper l’Amérique, était simplement un mécanisme de remise en cause, qui permet de voir la prochaine catastrophe avant qu’elle arrive, et de la prévenir ?

Nous sommes des êtres du déclin et du gouffre qui ont soif de renaissance et de salut.

Compléments :

  • Curieusement cet article reprend ce que les psychologues disent des vertus de la dépression, et des dangers de l’optimisme militant américain : Stress américain.
  • Cette théorie pourrait enfin rendre sympathiques nos intellectuels : leur rôle social est de créer une saine dépression ? Triste radio.

Dépression et changement

Un article sur les facteurs annonciateurs de dépression chez les enfants de moins de 5 ans (je découvre le phénomène, et le fait que 15% des enfants soient sujets à la dépression aux USA) :

  1. Une mère dépressive (il y aurait un caractère génétique à la dépression).
  2. Un bébé qui, à 5 mois, s’adapte mal au changement.

Et après 5 ans ? Ces facteurs plus d’autres, environnementaux ? L’article ne le dit pas.

Compléments :

  • La dépression, quand elle n’est pas exagérée, n’est pas un mal : Stress américain.

SDF indicateur de la santé d’une société ?

J’ai entendu une émission traitant du SDF et de sa faible longévité. Un SDF interviewé expliquait comment il était devenu ce qu’il était :

Il n’avait pu supporter les contraintes de l’existence et avait choisi de couper les amarres. La décision lui avait semblé bonne les premiers temps, mais vraisemblablement ce n’était plus le cas.

Ce témoignage rejoint celui d’un SDF américain du film J’irai dormir à Hollywood. Lui avait quitté un bon job. Progressivement il avait perdu pied et n’avait plus d’espoir de se réinsérer (il gagnait sa vie en cherchant les pièces de monnaie égarées sur une plage).

Le SDF est-il quelqu’un qui n’a plus le courage de se battre ? Cela ressemble aux observations de Martin Seligman concernant la dépression : il a soumis des animaux à un mauvais traitement dont ils ne pouvaient s’échapper ; ensuite il les a placés dans un environnement hostile, mais dont ils pouvaient s’extraire ; mais ils ne faisaient rien, ils restaient prostrés.

Le nombre de SDF serait-il un indicateur de la complexité à vivre dans une société ? Plus la complexité est grande, plus l’homme est susceptible de se retrouver dans une situation où il perdra le nord et toute volonté de se battre ?

Compléments :

  • Si cette théorie est juste, la réinsertion du SDF doit être extrêmement difficile : il faut qu’il réacquière le sentiment d’avoir du pouvoir sur les événements, de maîtriser son sort. Pour cela, il faut probablement une longue et patiente aide de la société.
  • La théorie de Merton va dans la même direction : le SDF est celui qui juge que les objectifs et les moyens pour les atteindre que donne la société à l’homme sont hors de sa portée (voir un aperçu de la théorie dans Braquage à l’anglaise).
  • Peut-être aussi que ceci rejoint mes réflexions sur les vacances (Pourquoi des vacances ?) : quand la société nous inflige un rythme, des contraintes insupportables nous optons pour des vacances illimitées, nous refusons toute activité ?
  • SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.