Etes-vous un survivant ?

Le bonheur (suite). Un jour j’ai dit à un de mes clients qu’il était un « survivant ». (Ce qu’il m’a prouvé dans les trente secondes qui ont suivi !) J’entendais par là qu’un miracle se produisait lorsqu’il avait perdu l’espoir. Je me demande si ce n’est pas cela être résilient. 
Une vie libre est pleine de déconvenues dont on ne peut se tirer qu’à la façon d’une mouche contre un carreau. Il faut la force de prendre des chocs aléatoires sans sombrer dans le repris sur soi. Les Américains l’ont compris, qui inculquent à leurs gamins l’idée qu’ils sont des élus, qu’ils ne doivent pas douter, que « ça pliera ou ça dira pourquoi ». Mais ce n’est pas totalement efficace. Car, cela peut les pousser, souvent, à aller beaucoup trop loin, et à se détruire. Selon moi, la dépression est une forme de réflexion, de recodage de notre vision du monde, qui l’adapte à ce qui résiste. D’où la force des « survivants ». 

C’est reparti comme en 29

The Economist pense que nous sommes sur le bord, terrifiant, d’une grande dépression. Phénomène curieux. Ce serait un mal endémique. Mais nous l’avons oublié, parce que les mesures prises après guerre pour le contrer ont provoqué une grande inflation. Du coup, on a crû que c’était cela le problème. Autre paradoxe, ce serait la baisse du prix de l’énergie qui pourrait nous pousser dans le précipice. L’Europe est particulièrement en danger. En effet, la déflation va rendre insoutenable la pile de dettes des pays de sa périphérie.
Que faudrait-il faire ? Relance. Reconstruire les lamentables infrastructures de transport américaines et permettre le déficit à la périphérie européenne. Seulement, les populistes qui sont au pouvoir veulent faire exactement le contraire. (Etrangement « l’armée de chômeurs, forte de 25m de personnes (…) ne semble pas galvaniser les politiciens autant qu’un taux d’intérêt d’obligation d’Etat à 7%. »)
Si la baisse du prix de l’énergie plonge l’Occident dans la dépression, elle devrait être favorable aux pays émergents et particulièrement nuisible aux grands Satans de The Economist : Venezuela, Russie et Iran. L’Arabie Saoudite aurait laissé choir les cours, pour donner une leçon à ses concurrents, dont les coûts de production sont beaucoup plus élevés que les siens.
Quant au cours des actions, il devrait devenir hautement incertain.
Pourquoi les hommes d’affaire haïssent-ils M.Obama ? Pourtant, leurs entreprises et eux n’ont jamais été aussi riches, alors que le peuple, lui, s’est appauvri ? Parce qu’aux USA tout le monde en veut à tout le monde. Les très grandes entreprises pensent qu’ailleurs les conditions sont encore plus favorables qu’aux USA. Et les petites souffrent, notamment à cause des grandes.
« Les députés sont le prolongement des intérêts commerciaux et peuvent être vendus etéchangés ». Le mal de l’Ukraine, c’est la corruption. Si le pays ne parvient pas à la maîtriser, cela pourrait se terminer par un Maidan en armes… Le Japon est atteint du même mal. Deux ministres donnent leur démission. Les Suédois traquent un sous-marin russe. Mais faute de budget militaire, ils n’ont plus les moyens de ce faire. M.Renzi serait extrêmement populaire. Il pourrait vouloir déclencher une élection qui lui donnerait les pouvoirs de réformer l’économie. La France essaie de réformer ses collectivités locales endettées, par exemple Argenteuil. (« Entre 2000 et 2010 le nombre d’employés des mairies a augmenté de 26%.) Cela pourrait conduire à une augmentation des impôts locaux et à une attaque du pouvoir central par les « barons des partis politiques », qui dirigent les villes. Mme Aubry aurait donné le coup d’envoi des hostilités.
« Personne ne sait quand le Nigeria va basculer dans le chaos. Mais ce jour semble de plus en plus proche. » Contrairement à ce que je disais récemment, le Nigeria est à feu et à sang. Son Nord Est est sans Etat. Boko Haram l’a remplacé. La croissance chinoise devrait revenir vers la moyenne. Dans 10 ans son PIB devrait toujours être inférieur à celui des USA.
Les fabricants de téléphones mobiles chinois vont faire un malheur. Ils ont fait leur fortune sur un marché protégé. Et ils se sont préparés aux règles du jeu de l’Occident. Ils ont les meilleurs avocats et la meilleure innovation. (Une leçon de protectionnisme pour débutants ?) Le marché de l’informatique (hors mobiles) est en crise. Les profits des grands reculent. Ils n’ont plus d’idées gagnantes. Ils vont devoir se restructurer. La mode des aliments sans gluten aurait gagné le monde, et serait là pour longtemps.
L’entreprise est pleine de tirs-au-flanc. Tout en haut et tout en bas de l’échelle des salaires. Essentiellement. « Les emplois sont souvent situés la où les gens pauvres n’ont pas les moyens de vivre. » Une partie du chômage s’expliquerait par des raisons géographiques. Les pauvres habiteraient des zones éloignées des emplois, dotées de mauvaises écoles, et minées par la criminalité…
Guillaume IIressemblait bizarrement à Hitler. Difforme et idiot, il avait eu une jeunesse effroyable. Est-ce pour cela qu’il a déclaré la guerre à l’Europe en 14 et qu’il pensait que les Juifs étaient le mal absolu ? Jadis les dirigeants étaient payés un salaire fixe (1m$ en moyenne, pour les 50 plus grosses entreprises américaine). La mode des bonus a produit un enrichissement colossal. « En 1970, le PDG moyen gagnait 25 fois le salaire de l’ouvrier moyen. Aujourd’hui le rapport est passé à plus de 300. » (Tim Cook d’Apple a reçu 378m$ en 2011.)

Qu'est-ce que la volonté générale ?

J’ai l’impression que l’on a longtemps pensé que le vote était l’expression de la volonté générale. Ce qui est curieux, lorsque l’on y réfléchit. Puisque on nous donne généralement le choix entre la peste et le choléra.
Variante anglo-saxonne : le prix est l’expression d’un vote démocratique. Les acteurs du marché votent avec leur argent. Autrement dit, le marché, c’est la réalisation de la démocratie. Pas besoin de politique. Et ceux qui n’ont pas d’argent ? Dieu les a jugés indignes de lui.
Pour ma part, il me semble qu’il faut se tourner vers l’anthropologie. Comme les Pygmées d’Eric Minnaert, périodiquement, une société se trouve dans des circonstances difficiles. D’où dépression. Dans certains cas, elle se traduit dans les statistiques. Par exemple, par une envolée des chiffres des suicides (idée de Durkheim). Comme aujourd’hui, en France. Première expression (inconsciente) de cette volonté générale. 
Deuxième étape de son expression : sortez-nous de ce cauchemar ! Pour ce faire, tout n’est pas possible. C’est la théorie de Robert Merton. Il y a des moyens acceptables et d’autres non. Cette théorie illustre bien notre situation. 
  • D’un côté, il y a les milieux financiers. Ils sont « innovateurs » : pour nous sauver, nous devons renoncer à nos valeurs. Notre salut passe par notre destruction ! 
  • Ensuite, il y a notre gouvernement. Il est ritualiste (bien qu’il soit de plus en plus tenté par l’innovation). Il pense que ce qu’il fait est bien. Pas besoin de changer dans ces conditions.
Ce qui nous manque, c’est une solution « conforme » : un moyen de nous transformer, en respectant nos valeurs. Autrement dit « changer pour ne pas changer ». 

Changement et psychologie

Chaque individu a en lui une modélisation de la réalité. (Par exemple, X pense qu’il est irrésistible.) Et il agit en fonction. (Il drague toutes les minettes.) Ce qui marche (optimisme – il drague de plus en plus) ou non (dépression – il se replie sur soi).
Aujourd’hui, on nous dit que cette forme de dépression est un refus du changement et du progrès. C’est une tautologie : tu es mauvais parce que tu échoues. 
Au contraire, il faut chercher à comprendre ce qui ne va pas. Cela vient d’une modélisation de la réalité qui ne marche pas. Faire passer quelqu’un d’une modélisation de la réalité qui ne marche pas à une modélisation qui marche s’appelle… le changement !
Ce processus demande, généralement, l’aide de la société. Il est très difficile de le mener à bien seul. 
(Un exemple, selon moi, de ce qu’il ne faut pas faire.)

Apprenons à nous aimer ?

En observant un ami lutter contre une dépression chronique, une curieuse idée m’est venue. Et si la dépression était en grande partie une question de codage social, pas de vice individuel ?

Par exemple, cet ami est paniqué lorsqu’il a à prendre une décision. C’est ennuyeux pour un patron. Il se met alors à travailler, à faire n’importe quoi (mais, très bien : c’est un as de la mise en oeuvre !). Et si c’était sa manière de décider ? Pendant qu’il travaille, son inconscient réfléchit et l’amène à résoudre ses problèmes. Pourquoi ne pas le reconnaître ?

En fait, il me semble que, petit à petit, il s’observe, il se décrit, et il apprend à s’utiliser. Il se demande comment employer ce qui semble anormal d’une façon qui devienne efficace. Par exemple en détectant ses hauts et ses bas, et en les compensant. Sa dépression deviendrait-elle une part acceptée de son être ?

Dépression séculaire et limites à la croissance

On parle de « dépression séculaire » aux USA. Les meilleurs économistes seraient inquiets.

Il semble (ça paraît une évidence) que depuis les années 80, la croissance se soit faite à coup de bulles spéculatives. L’économie serait incapable de croître. Peut-être, faute de croissance démographique.

Dans ces conditions que faut-il faire ? Apparemment, le contraire de ce que l’on fait. Autrement dit, être imprudent, vivre comme s’il ne devait pas y avoir de crise, et dépenser à tort et à travers. « La vertu privée est le vice public » dit Paul Krugman.

Cela semble quelque peu malsain. Sommes-nous obligés de nous plier aux lois de ce système ? Ne pourrions-nous pas le changer ?

La technologie détruit-elle l'emploi ?

Comment la technologie détruit l’emploi, article de MIT Technology Review. Points de vue d’économistes :

  • MM.Brynjolfsson et McAffee. Pour la première fois, il y a un décalage entre productivité et emploi. Cela signifie, pensent-ils, que la technologie est utilisée pour remplacer l’emploi. 
  • David Autor : « Il y a eu un grand fléchissement à partir des années 2000. Quelque chose a changé. » Mais il ne sait pas quoi. Il constate qu’il y a eu un « évidement des classes moyennes« . Il y a de la place pour des « emplois bien payés demandant de la créativité et des compétences de résolution de problèmes » et pour des « emplois peu qualifiés » (serveurs, concierges, aides à domicile…), mais pas pour ce qu’il y a entre les deux. 
  • Lawrence Katz : de tout temps l’innovation a procédé ainsi. Des emplois ont été détruits par elle, mais recréés ailleurs. (Je note au passage que le fait que ce phénomène brutalise des existences n’émeut personne.) Mais l’histoire se répète-t-elle ?

Ce blog analyse depuis quelques temps une idée. Tout ne se passerait-il pas comme si les leviers du monde occidental avaient été pris en main par une classe ? Et qu’elle les utilise dans son seul intérêt ? D’une part en pompant de l’argent des pauvres, d’autre part, moins évident, en siphonnant les ressources communes vers des technologies qui facilitent ce transfert ? Donc en produisant un mouvement qui va à l’envers de la logique même de la croissance, le gain de productivité ? Quel lien entre ce que dit le MIT et cette théorie ?

Il n’y a pas infirmation. Les gains de productivité peuvent être sans lendemain. Ce qui semble manquer par rapport à la marche normale de l’innovation, c’est l’apparition de nouvelles activités à forte productivité. Une part de la création d’emplois parait se faire dans le service au riche. (Nous réinventons le personnel de maison ?)

(A noter, que ce mouvement, s’il est avéré, a peu de chances d’être voulu. Il est probablement le résultat d’un principe, par exemple une forme d’égoïsme, la volonté de profiter de plus faible que soi…, partagé par l’ensemble de la société. Il produit des effets macroscopiques qui laissent croire, à tort, à une volonté humaine.)

Pourquoi pas de révolution industrielle ?

Mes trois billets précédents sur la destruction destructrice semblent dire que la logique de notre développement a été d’appauvrir les pauvres pour enrichir les riches. Cela ressemble au scénario décrit par Marx. Mais c’est aussi celui de la révolution industrielle. La concentration de capital entre quelques mains a permis un développement sans précédent. Pourquoi cela n’a-t-il pas été le cas cette fois-ci ? Deux hypothèses :

  • Le capital n’a pas été concentré dans les bonnes mains. Ceux qui, cette fois, se sont enrichis sont des salariés, pas des entrepreneurs. Ils ne réinvestissent pas leur capital de manière productive. 
  • Créer peut demander infiniment plus d’hommes et de ressources qu’alors. Les scientifiques de l’époque n’avaient pas besoin de beaucoup de matériel. Et leurs travaux conduisaient facilement à des applications industrielles. Or, la dernière grosse vague d’innovation (y compris Internet) provient de l’effort de guerre, seconde et froide, et de la colossale conjonction de moyens qu’il a suscité. 

Destruction destructrice

Troisième billet sur un curieux phénomène sur lequel je m’interroge depuis quelques temps. L’économie est-elle en mode auto destruction ?

Précédents épisodes : la logique de notre développement semble être le « moins cher ». Réduire les salaires, mais aussi réduire les prix. Ce qui est le mécanisme de la dépression.

Nouvel épisode. L’allocation des ressources. Lorsque l’on y regarde de près, nos ressources financières ou humaines ne semblent pas aller vers des usages productifs, mais destructifs. Gouvernements et fonds d’investissement conjuguent leurs efforts pour développer des start up Internet, alors qu’elles semblent avoir un effet (globalement) destructeur. Les ingénieurs et les scientifiques, qui pourraient développer ou contribuer à de nouvelles entreprises, sont aspirés par le management, la banque, ces start up…

Internet et la contraction de l'économie

Nouvelle tendance. Location et partage. C’est facilité par Internet. Et cela pourrait conduire à une grande dépression. En effet, cela correspond à une tendance à la contraction des dépenses. Ce qui produit le rétrécissement de l’économie. (Donc chômage, faillites…)

Poursuite de la curieuse question que posait mon billet précédent. Sommes-nous dans une phase d’auto-destruction de l’économie ? Serait-elle accélérée par Internet ?