Jouez de vos forces !

L’homme s’acharne sur ses défauts, alors qu’il devrait jouer de ses forces. Voici ce que disent les psychologues. (Article de SA.) Un utile tuyau :

Some researchers have tested programs called “positive interventions” that give people the chance to uncover, explore, and practice their strengths. In one such program, people take a test to identify their top five character strengths, and then are tasked with using these strengths in a new and different way every day for a week. Researchers found that people who practiced their strengths in this way were happier and less depressed six months later.

La dépression mal de notre temps

Dimanche matin j’entendais Frédéric Lenoir dire que la dépression était le mal de notre temps (France Culture). Raison ? Injonction au bonheur. Autrement dit, à être un légume. Or, le légume n’est pas heureux.
En y réfléchissant, j’ai pensé que nous nous trompions. La nature de l’homme, ou de quoi que ce soit, ne peut pas être la stabilité, la béatitude. Camus pourrait avoir raison, lorsqu’il pense que l’homme est naturellement « révolté« . Il lutte contre une condition qu’il ne comprend pas (= absurde). Cependant, il ne se révolte pas pour tout casser (nihilisme : projet de la gauche 68), mais pour réaliser une vision collective, qui permette à l’homme de s’épanouir. « Je me révolte donc nous sommes. » Et c’est dans cette lutte qu’il trouve sa raison d’être : « il faut imaginer Sisyphe heureux« . 
Une fois que l’on a une motivation, Martin Seligman et ses travaux sur l’optimisme et la dépression surviennent. Devenir optimiste c’est comprendre la nature de la réalité de façon à pouvoir trouver le moyen de réaliser ses désirs. 

Triangle de Karpman

Si vous fréquentez les coachs, vous entendrez parler du triangle de Karpman. A ses sommets : victime, persécuteur et sauveur. Le coach ordinaire l’utilise pour prouver à la « victime « qu’elle est coupable. Soit qu’elle a bien cherché ce qui lui est arrivé, soit qu’elle peut aisément changer de rôle, donc devenir persécuteur. Idem pour le sauveur. 
Comme souvent, ce que l’on dit ne reflète que nos préjugés ? Ici : l’homme est mauvais ?
Mais, au fait, qui a démontré que le dit triangle était une loi de la nature ? A-t-on vérifié qui était ce fameux Karpman ? Pourquoi lui fait-on une confiance aveugle, alors qu’il existe bien des scientifiques sérieux dont on se méfie ? D’ailleurs, existe-t-il des lois de la nature ? Serions-nous déterminés ? Pensez-vous que cela ait un sens de définir un homme par un mot : « victime », « sauveur » ou autre ?
Curieusement, le coach n’a pas entendu parler de Martin Seligman. Celui-ci constate que si vous connaissez des échecs à répétition, ce que le coach traduit en « victime », c’est parce que votre modélisation inconsciente du monde vous donne de mauvais conseils. Votre comportement n’est plus adapté au monde qui vous entoure. Vous n’êtes pas « victime » mais « dépressif ». Si vous parvenez à faire évoluer correctement cette modélisation interne, vous vous remettrez à obtenir ce que vous voulez. Vous deviendrez « optimiste ». 
Pour ma part, il me semble qu’il y a des gens qui ont des difficultés, et qui méritent un coup de main pour s’en tirer…
(Je souligne au passage que Martin Seligman est un des très rares psychologues à avoir produit une théorie « falsifiable », qui a été testée.)

Tout se déglingue

J’explique à un ami que mon dernier livre est écrit pour ceux qui trouvent que « ça ne marche pas ». Il me dit :

Je fais un peu le même constat. Rien ne se passe plus comme prévu quand on fait ce qu’il faut faire pour que les choses évoluent comme on le souhaite. Je constate depuis quelques années que plus personne ne fait son boulot normalement pour résoudre les questions posées. Il y a une déresponsabilisation totale de tout le monde y compris du côté de l’administration. Les gens ne font que ce qui est facile et qui se voit (ex. La Police verbalise plutôt que de lutter contre l’insécurité, le comptable fait le résultat de l’entreprise plutôt que les opérationnels, la vision virtuelle l’emporte sur le réel, on lâche des fortunes à la Grèce sans espoirs de retour pour des raisons purement politiques, les candidats aux élections vendent des promesses jamais tenues, il faut se justifier des échecs en allant chercher des excuses chez les autres, etc.). Le Monde n’a plus confiance en lui-même, il ne sait plus résoudre les problèmes avec courage, tout est ventre mou, tout le monde se fout de tout avec égoïsme, etc. L’homme perd peu à peu sa réactivité face aux anomalies et injustices du Monde, il est de moins en moins combatif, sans doute parce qu’il est entouré d’inertie et de lâcheté, la canaille à plus de droit aujourd’hui que l’honnête citoyen… Et puis être un honnête citoyen devient une « tare »… Bref les valeurs s’inversent dans l’indifférence générale…
Et, je réponds :  
Lisez mon livre ! Solution : faire le deuil du passé + « résilience », un mot savant pour dire qu’il faut se donner des armes pour affronter cet environnement déglingué. Et ces armes sont avant tout un « écosystème » de gens de confiance.

Soigner la dépression, pour les nuls

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« Gargoyles on a mosaic in the Museum Capitolini« . Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons.

La question de la dépression est une problématique centrale dans l’étude du changement. De ce fait, j’en suis arrivé à observer la dépression autour de moi. C’est étonnant à quel point c’est un phénomène répandu. Et ce qui est plus surprenant encore est que notre société le juge exceptionnel, voire pathologique. Voici quelques constatations et observations que j’ai faites :

  • Définition (Seligman). Elle est essentielle pour bien prendre le problème. Dépression = être abattu (« décidément, je suis nul ») par l’imprévu. Opposé : optimisme = être stimulé par l’imprévu (« décidément, la vie est plus amusante que je le pensais »).
  • La dépression est un phénomène naturel. C’est la première phase de l’apprentissage, et même de la pensée, et de la philosophie ! L’homme découvre que ce à quoi il croyait « ne marche pas« . Il y a dégel de ses certitudes, recherche, plus ou moins aléatoire, de nouvelles règles d’action, et reconstruction, si ces règles donnent de bons conseils. Si « ça marche ». 
  • Attention, j’insiste sur « aléatoire » ! La raison est l’ennemie de la dépression. La raison nous demande de suivre des règles. Or, si nous sommes dépressifs, c’est parce que ces règles ne fonctionnent pas. Nous ressemblons à la tête de lecture d’un électrophone qui rencontre une saleté. Il faut que nous sortions du sillon dans lequel nous sommes coincés. C’est un acte créatif, non rationnel. 
  • Ce qui cause la dépression est notre modèle d’interprétation semi inconscient des événements. Nous avons tous dans la tête une modélisation du monde. Quand quelque chose nous arrive, nous-nous racontons une histoire (« cette fille m’a souri, parce qu’elle me trouve irrésistible » – alors qu’elle n’a peut-être même pas souri, et qu’elle ne m’a pas vu). Une action en découle. Si ce modèle d’interprétation conduit à des actions qui « ne marchent pas », c’est la déprime. Pour soigner la dépression, il faut analyser ce que l’on a pensé avant l’action qui a mal tourné, ou avant le sentiment d’abattement que nous venons d’avoir, et se demander s’il n’y aurait pas eu d’autres façons de faire et qu’est-ce que cela aurait donné en termes d’action. Si l’on arrive à faire émerger un modèle alternatif d’interprétation du monde, conduisant à des actions qui réussissent, on se recode. 
  • Point important. Le processus de recodage est douloureux, il s’apparente généralement au mouvement d’une mouche contre une vitre. Il faut donc avant tout de l’énergie pour le mener à bien ! De l’avantage de la tête de lard sur l’intello. Or, une dépression parvenue trop loin c’est une accumulation de défaites, d’échecs destructeurs. Cela produit ce que Martin Seligman nomme « learned helplessness », en anglais. C’est vouloir rester dans son lit. Pour reprendre de l’énergie, il faut casser ce cercle vicieux, en faisant des « petites » actions banales (par exemple faire le ménage…). La réussite, même modeste, recharge les batteries. La dépression n’est pas un phénomène linéaire mais une question de cercles vicieux ou vertueux
  • Attention, encore. Il y a de bonnes et de mauvaises recharges. L’usage excessif de l’alcool ou dépenser ses ressources en emplettes sont des pièges à éviter…  
  • Encore plus important. Il ne faut pas croire au miracle, au traitement qui fera de nous des optimistes définitifs. Nous sommes tous plus ou moins cyclothymiques. En fait, cela n’a rien d’anormal d’avoir des périodes de doute ou d’euphorie. Ce qui l’est c’est ce que la société attend de nous. Elle nie la dépression. La norme pour elle, c’est le légume. Et c’est parce que la société nie la dépression qu’elle en a fait une pathologie sociale. A mon avis, un des points essentiels dans le traitement de la dépression est d’apprendre à se connaître, à s’extraire des idées reçues, et à expliquer son comportement comme étant normal, voire une force. « J’ai des périodes de dépression, pendant lesquelles je me recharge, et voilà ce à quoi je dois faire attention à ces moments » (par exemple : comme je doute de moi, je suis susceptible au mauvais conseilleur). Idem pour les périodes d’enthousiasme débridé.  

Pourquoi ça ne marche pas ?

J’entends dire partout que « rien ne marche ». C’est vrai pour tout, la France et ses hommes politiques, les cyclistes qui passent au rouge, ou les enfants qui ne font pas ce qui est bon pour eux. 
L’exemple des enfants. Un élève dit à Jean-Paul Brighelli, normalien supérieur : à quoi bon perdre mon temps au lycée, je gagne déjà plus que vous ? Idem pour le fils d’un ami : pourquoi bousiller ma jeunesse à faire polytechnique, comme toi, alors que je me débrouille très bien sans cela ?

Dans ces histoires, qui est le plus intelligent : l’élite de la nation, ou l’enfant ? Notre action résulte de notre interprétation des événements, et cette interprétation n’est pas gratuite. En effet la société est un système. Comme tout système, elle nous code pour que nous suivions ses règles et ne la fassions pas changer. Mais sont-elles dans notre intérêt ? Et si c’était ce lavage de cerveau qui nous faisait échouer ? Voir les choses différemment transforme l’image que nous avons du monde. 

(Sa grand mère disait à mon grand père : pourquoi ferais-tu des études, nous n’en avons pas fait, mais nous avons réussi ?)

Dépression et pilotage

La radio parle beaucoup de ce kamikaze allemand et de sa dépression. J’entends aussi dire, par des experts unanimes, qu’une dépression n’empêche pas de piloter. 
Le discours des experts me surprend. Il se trouve que, dans ce cas, l’homme avait un congé de maladie. Ce qui semble signifier qu’un médecin a jugé qu’il n’était pas à même de faire son travail. Pourquoi serait-il bien de piloter un avion en état de dépression, et pas bien de le faire quand on a 40 de fièvre ? 
Il se trouve que j’ai rencontré des gens ayant une dépression chronique. C’est impressionnant. Ils se replient sur eux. Ils pensent ne plus pouvoir rien faire. Il est certain que je ne leur laisserais pas conduire une voiture. Non parce qu’ils sont suicidaires. Mais parce qu’ils n’ont pas des réflexes normaux. Et, le pire, à mon avis, sont les médicaments qu’ils prennent. Car ils ont certainement un impact sur le comportement humain. Dans ce domaine, on soigne le mal par le mal. C’est à dire par la chimie. (Et on ne guérit rien.)
Ce qui m’étonne le plus est de comparer le mécanisme de sélection des pilotes, extrêmement rigoureux (et qui ne me semble pas être totalement corrélé à la réalité de leur métier : en France, on recrute des ingénieurs), et leur suivi, qui ne paraît pas aussi intransigeant. Des considérations annexes auraient-elles fait oublier à l’aviation civile ses responsabilités ? 

La grande dépression : mode d'emploi

Le numérique déprime l’économie, dit The Economist. Certes, mais quel est le phénomène sous-jacent ? Mon cas est peut être représentatif, me suis-je dit. J’envisage de publier mon prochain livre sur slideshare. Pourquoi ?

  • le tirage des livres, de management en particulier, est très faible. Je suis extraordinairement mal rémunéré (je ne suis pas certain d’atteindre l’euro de l’heure d’écriture !), et cela ne me fait même pas connaître ;
  • il est coûteux de travailler avec un éditeur : il faut compter des jours de palabres et de relecture qui pourraient être mieux employés ailleurs ;
  • je ne peux plus utiliser le contenu d’un livre publié, et personne ne veut acheter un livre pour avoir accès à ce contenu (par exemple lorsque je l’utilise en appui à une mission) ; 
  • la « méthode Münchhausen », texte technique mis sur slideshare, a été vue près de 40.000 fois… ce qui semble dire que slideshare fonctionne.

Qu’est-ce que cela nous dit sur l’état du monde ? Pas que le numérique a détruit l’industrie du livre, mais que c’est elle-même qui s’est auto détruite :

  • Ce que je demande à un éditeur est que, s’il me choisit, il diffuse mes livres. Or, il ne diffuse rien. 
  • En partie parce qu’il ne fait plus son travail de sélection et de promotion de ses ouvrages, et a saturé le marché par une masse de médiocrité. Plus personne ne s’y retrouve.
  • En partie parce que beaucoup de grands de la distribution ont eu tellement peur de leur ombre, qu’ils ne diffusent plus rien. D’où cercle vicieux. (En revanche, ceux qui continuent à faire leur travail marchent très bien.)

A quoi tient le succès scolaire ?

Il y a quelques temps, j’ai été appelé pour donner un coup de main à une élève en classe préparatoire d’école de commerce. Problème : maths. (Et cela fait 35 ans que je n’en ai pas fait !)
Je suis arrivé à la modélisation suivante de l’enchaînement des événements :
  • Initialement tout est bon. L’élève est dans les premiers de sa classe. Puis, pourquoi ?, ses résultats se dégradent en maths. Mais, ils remontent ailleurs. Elle est même première dans certaines disciplines. 
  • Pas besoin de s’inquiéter, avec un peu d’efforts, les maths vont s’améliorer. Mais, c’est le contraire qui se produit. En quelque sorte, les autres matières sont contaminées. Tout se dégrade. Blues. 
D’où vient le problème ? Une hypothèse. Je constate qu’elle n’est pas dans l’esprit bachotage des prépas. Il consiste à répéter les exercices pour emmagasiner le maximum de techniques. Elle, veut comprendre le cours, et l’appliquer. Mais, curieusement, elle fait de petites erreurs idiotes qui la mettent en échec. (Et moi par la même occasion : je ne pensais partir « d’aussi bas », et curieusement j’ai plus de difficultés avec les définitions, il y en a des masses, qu’avec les exercices compliqués !) Et elle s’acharne, puis se décourage. Si bien que lorsqu’elle arrive à un examen, elle n’a aucune pratique, et doute d’elle. Convaincue de son incompétence, elle est paralysée. 
C’est peut-être bien ce mécanisme qui s’est emparé de ses résultats. Dans d’autres matières, elle avait compris des « trucs » qui lui avaient permis d’avoir d’excellentes notes. Maintenant, elle veut partir du cours, et le trouve incompréhensible. 
L’éducation nationale : la fabrique du crétin ?
Cela en dit peut-être long sur l’enseignement français. 
  • Le succès n’est pas un phénomène linéaire. Ce n’est pas travailler plus pour gagner plus. C’est une question de cercle vertueux ou vicieux : un rien peut vous balancer au sommet ou au bas du classement. De l’importance d’avoir de l’aide…
  • Le mécanisme que je décris ici est celui de la dépression / optimisme selon Seligman. Mais aussi celui des phobies et de la peur de Christophe André. Autrement dit, il semble que l’enseignement français cherche à nous éliminer par la destruction de notre personnalité ! Il fabrique des têtes de lard et des ratés. 
  • Cet enseignement sélectionne des « optimistes », au sens de Seligman. Ils ne comprennent pas, trop long, pas efficace. Ce sont les experts du « truc » qui fait gagner gros pour un effort intellectuel minimum. Illustration. En maths, sa classe est dominée par deux élèves. L’un est un technicien, pour l’autre les maths vont de soi. Le premier a 3 points d’avance sur le second.