Impuissance

pour des raisons qu’il serait intéressant de comprendre (par conviction ou par recherche d’une posture valorisante ?) les journalistes politiques (intervieweurs, éditorialistes, enquêteurs) ont fait se déplacer le centre de gravité qu’ils occupaient. Ils se sont progressivement positionnés presque exclusivement comme les représentants du peuple face aux pouvoirs en place, et donc d’une position d’intermédiaires éclairés, ils inclinent à se muer en opposants, quitte à empêcher le pouvoir de s’exercer. Cette mise en scène d’une légitimité du peuple (représenté par les journalistes) face à la légitimité des pouvoirs en place produit l’image d’une société bloquée, minée par les passions et les désaccords inexpugnables, au plus loin d’une démocratie régulée par des débats et des alternances. Une symbolique de l’impuissance se dégage de ce face à face mimant une guerre de positions, et constitue un élément de taille pour instiller un climat anxiogène, voire désespérant.

Article de Telos

Les journalistes sont-ils coupables de la déprime nationale ?

La question est-elle utile ? Ou, plutôt, faudrait-il chercher les conditions qui rendent au Français le sens de ses responsabilités ? Qui le sortent d’un si agréable sentiment « d’impuissance » ?

Grande dépression

« Ce que l’on ressent beaucoup, c’est de la lassitude. “Je n’y crois plus.” » me disait un dirigeant de syndicat de TPE.

Depuis 5 ans, que j’étudie la PME, c’est le sentiment que j’aie. Il n’y a plus d’appétence pour le risque. Qu’a-t-on à gagner, sinon des coups ? « On a été laminés par le système » me disait une personne qui a voulu, avec quelques autres, développer le patrimoine économique d’un territoire.

A ce point de l’étude, je fais plusieurs constats. Depuis 50 ans (cf. les travaux de N.Dufourcq), nos gouvernements ont créé, pour nos petites entreprises, un environnement toxique. On n’arrête pas de me répéter que la devise de l’entrepreneur est « pour vivre heureux, vivons cachés ». N’en est-ce pas la conséquence ?

Mais, ce n’est pas tout. Nos entrepreneurs sont des « autodidactes » qui tendent à donner la tête la première contre les murs. Dans ces conditions comment ne pourraient-ils pas être épuisés ? C’est d’ailleurs vrai de nous tous : le Français est un amoureux des idées sans aucun sens pratique.

Et, il y a pire : chez nous il est très agréable d’être pauvre, ou, au moins, modeste. D’ailleurs, si j’en crois les journaux de ma mairie, nos élus consacrent des sommes considérables à l’amusement de leurs administrés. Un sujet de la plus haute importance ?

Bref, relancer l’économie du pays est beaucoup, beaucoup, plus compliqué que ce que pense le gouvernement. Il faut que la population sorte d’un cynisme auto-destructeur.

Espoir

Une fois ouverte, la seule chose qui reste dans la boîte de Pandore, qui contenait tous les maux de la terre, c’est l’espoir. Comment interpréter ce mythe ? L’espoir est-il ce que les dieux auraient donné aux hommes pour supporter leur sort, peu enviable ? Ou, au contraire, le pire des maux ?

A chaque étape de l’histoire, le mot « espoir » paraît avoir changé de sens. En particulier, il a eu une forte coloration religieuse. Le seul espoir qui compte, est lié à Dieu. Mais, encore une fois, ce sens a oscillé d’un côté ou de l’autre. (In our time, de la BBC.)

Il y a longtemps, j’ai fait un test de Martin Seligman. Il montrait que j’étais exceptionnellement pessimiste, au sens dépression du terme. Mais, ce qui me sauvait était « l’espoir ». On équivaut souvent le suicidé au « désespéré », ce qui semble dire qu’il y a une forme d’espoir qui est vitale.

Ce que je retiens surtout de cette histoire est l’aspect insaisissable du sens des mots. « Espoir » veut à la fois dire beaucoup, mais ne signifie plus rien lorsque l’on veut le cerner de trop près. Et chaque lobby cherche à y accrocher ses obsessions, ce qui contribue à le vider de sa signification existentielle.

Cela est vrai, je crois, de tous les concepts que nous manipulons. J’ai l’impression, parfois, que ce phénomène est une manifestation de la mécanique quantique. La mécanique quantique : simple manifestation des limites de notre raison ?

Décadence

Après moi le déluge, ai-je toujours pensé. Je n’étais pas satisfait de ce que je voyais, mais je l’acceptais avec cynisme. Peut-être en me disant que cela méritait de disparaître. Mais que ça tiendrait bien le temps de ma vie. Bien entendu, on n’est jamais cohérent. Instinctivement, je me suis toujours battu pour l’intérêt général, convaincu, par exemple, que mes entreprises clientes étaient les plus belles du monde et qu’elles avaient un potentiel fou à développer. (Un prêtre m’a parlé, pour résumer mon cas, de la « parabole du grain de blé » !) Dissonance cognitive, en bref.

Seulement, je me demande si ma résignation n’était pas partagée par la population. C’est en entendant parler d’Oscar Wilde que l’idée m’est venue. Comme Baudelaire, c’était un « décadent », et le décadent vit de l’instant. Avons-nous été tous des « décadents » ? Et, si c’est le cas, qu’est-ce qui a pu produire ce phénomène ?

Surtout, paradoxe, et certainement pas idée très neuve : et si la vie digne d’être vécue était celle qui construit un avenir que l’on ne connaîtra jamais ?

La France en panne

Qu’est-ce qui caractérise notre pays ?

L’autre jour j’ai dû aider une personne qui ne savait pas lire à trouver une bouteille de cidre, dans une grande surface. Et pourtant, elle ne répondait pas au signalement traditionnel de l’analphabète : un français du crû d’une quarantaine d’années à l’ère raisonnablement prospère. Nos institutions se sont effondrées. Elles résultaient de la 3ème République. C’était peut-être notre principal sujet de satisfaction. Elles ont été proprement liquidées.

Voilà qui illustre un des grands théorèmes de la résilience : l’espérance de vie d’une institution est fonction de son âge… Et les travaux de l’esprit sont particulièrement fragiles.

Plus frustrante encore est l’apathie générale. Je soupçonne qu’elle est due à un double phénomène. D’abord un environnement hostile, en particulier à l’entreprise et à l’entrepreneur, ou encore à la « classe moyenne », et à tous ceux qui n’appartiennent pas à « l’élite », autrement dit à la quasi totalité de la société. La France n’est pas que la fabrique du crétin, elle est surtout celle de la dépression. Elle épuise les volontés à la façon de la torture de la goutte d’eau. En commençant par l’école, dont le principe est l’échec, et en se poursuivant par la société, qui fait de son mieux pour user l’initiative. Second phénomène, paradoxal, c’est aussi, un monde particulièrement confortable, où l’on est sans cesse secouru. Ainsi, selon moi, si le dirigeant fait si peu d’efforts pour céder son entreprise, c’est, tout simplement, qu’il peut compter sur la retraite. Pourquoi demanderait-il plus ? S’il a monté une entreprise, ce n’était pas pour être riche, mais pour être libre.

Une entrepreneuse me disait qu’elle avait l’impression que l’Etat voulait la garder en enfance : il lui avait donné beaucoup d’argent pour lancer son entreprise, mais, maintenant, il faisait tout ce qu’il pouvait pour l’empêcher de se développer. (Depuis, elle a liquidé sa société.)

Bug systémique ?

Grande dépression

Epidémie ? Nous vivons dans l’attente d’une réplique. Energie ? Il n’y en a plus. EdF n’a plus de centrale en fonctionnement, et, d’ailleurs, est en faillite. L’UE s’est sanctionnée et a enrichi M.Poutine, dont la seule erreur aura été de vouloir vraiment faire la guerre… A quand une prochaine crise ? Combien de temps notre Etat pourra-t-il soutenir le citoyen, dans ses malheurs, tout en allégeant les taxes qu’il avait empilées sur l’entreprise ?…

Le gouvernement nous promet du sang et des larmes, alors que notre vie n’avait déjà rien de folichon, depuis bien longtemps…

Il semble que l’on ne puisse prendre que des chocs. La recette de la dépression ? 

Antidote : action. Et politique ? (Billet d’hier même heure.)

Qu'est-ce que le bonheur ?

Une pianiste disait qu’elle n’avait pas de téléphone portable. Imaginez une vie sans portable, et sans mails, comme avant. Des vacances sans téléphone. La paix, le bonheur.

Mais, à l’époque, on ne connaissait pas son bonheur. C’est ce que je pense, en montant un escalator arrêté, ou lorsqu’une panne de la SNCF me met, une nouvelle fois, en retard.

C’est peut-être pour cela que mes parents ont été heureux. Ils ont connu un monde où l’on mourrait de tuberculose, la guerre, les dénonciations, les privations, les études impossibles à faire, etc. et, soudainement, tout est devenu amical et lumineux.

Comment ne pas oublier le passé ?

Danger : culture ?

La grande dépression. Elle vient des USA. Elle n’y crée pas de grands mouvements sociaux. L’Américain met un point d’honneur à se sortir seul de ses difficultés ? En revanche, elle produit un désastre en Europe. Il en résulte une guerre mondiale. Et les USA tirent les marrons du feu. Une grande partie de l’intelligentsia européenne s’y réfugie. Mieux que la fuite des Huguenots. Et, aujourd’hui, la culture américaine a gagné le monde. Il n’y a (avait ?) pas grand chose qui différencie les (ex?) Socialistes des Démocrates et les Républicains des Républicains.

On dit que l’Amérique a été conquise par les maladies des colons. En est-il de même avec les cultures: ce sont leurs maux qui font leur force ?

Foules sentimentales

Une directrice de la communication me disait que l’entreprise vivait à l’heure de l’intimidation. Elle ne savait dire à ses salariés que ce qu’ils faisaient était mal. A l’envers, mon interlocutrice a cherché à mettre en valeur les réussites individuelles et collectives. Avec des résultats épatants. J’avais noté ce phénomène, insupportable, chez mon premier employeur. (C’est pour cela que je l’ai fuit.) Mais je croyais que c’était exceptionnel. Honte à moi ! ai-je pensé. 
N’y a-t-il pas, aussi, une explication de la déprime ambiante ? nous sommes-nous demandé. Mais aussi du rejet des « élites » ? Ne sont-elles pas les vecteurs de cette atmosphère délétère ?

C'est ça, un socialiste français ?

Jeanne Bordeau fait la liste des mots qui ont marqué le quinquennat de M.Hollande. Ce quinquennat a ressemblé à des sables mouvants. Tout ce qu’a fait, dit, ou même « semblé » M.Hollande, s’est retourné contre lui. C’est le mécanisme de la dépression. La dépression s’explique par des hypothèses fausses sur le monde qui guident un comportement, et le font échouer.
« C’est ça, un socialiste français » est la phrase que je retiens. Je me demande s’il n’y a pas derrière cela une explication de la mauvaise image qu’ont les élites. Elle tient à la disjonction entre leur comportement et leurs propos.