Vive l’Irlande, honte à l’Amérique, l’Europe et au Japon…

The Economist en veut aux politiques américains qui règlent les problèmes financiers de leur nation à l’européenne, en les repoussant à plus tard. « Pourquoi les pays en développement devraient-ils faire confiance au leadership américain, quand il semble incapable de résoudre quoi que ce soit chez lui ? Et pendant que la démocratie occidentale par excellence est paralysée, la Chine décide, et avance. » Il désire aussi que l’Europe aide l’Irlande à rembourser ses dettes. Argumentation curieuse, car l’Irlande ne semble pas sans ressources : « les entreprises étrangères continuent à préférer le pays comme plaque tournante de fabrication et de service pour les marchés internationaux, en grande partie du fait de son faible taux d’imposition. » « Une fois que la grosse part de PIB qui va aux multinationales étrangères peu imposées est prise en compte, (la dette publique) atteint presque 140%. » Pourquoi ne pas augmenter les impôts des entreprises étrangères ?

Le Japon devient révisionniste. Danger d’un conflit avec la Chine ou la Corée ? Rejet de l’influence occidentale ? (Bien que le Japon semble compter plus que jamais sur les USA pour le défendre.) Gérard Depardieu fait de la publicité à son pays, ainsi que, en ce qui concerne le leur, les ministres grecs, qui auraient falsifié une liste d’évadés fiscaux. Les salafistes pourraient prendre la direction de l’Egypte.

La climatisation favoriserait la productivité, attirerait du monde là où les conditions climatiques ne sont pas favorables à l’homme. Mais elle consommerait beaucoup (8% de l’énergie des ménages aux USA), d’autant qu’elle se généralise. Apparemment, des habitations conçues différemment des nôtres n’en auraient pas besoin. (Ce qui transférerait des revenus des pays producteurs d’énergie vers des emplois locaux ?) Toujours est-il que l’Europe brûle de plus en plus de charbon. Les producteurs américains, concurrencés par le gaz de schiste, nous exportent leur charbon. Il est moins cher que le gaz. Et la politique d’énergie propre de Mme Merkel aurait la conséquence inattendue de favoriser le charbon au détriment du gaz…

On construit beaucoup de métros. Ce qui est bon pour Bombardier, Siemens et Alsthom. L’enveloppe du riz contiendrait de la silice qui, dans un pneu, lui permettrait de réduire sa résistance au roulement…

Enfin, la vie des primitifs serait plus saine que la nôtre. Pas d’attaques cardiaques, et absence de beaucoup de cancers. Peut-être surtout une vie sociale plus amicale que chez nous, les enfants, par exemple, seraient élevés par la communauté. Mais le primitif meurt jeune.  

Gérard Depardieu, le Français et le changement

Curieux. Je passe ma vie dans des changements, et je viens de découvrir qu’il fait perdre toute maîtrise de soi au Français. Qu’il devient odieux. Et encore, ce n’est qu’une découverte théorique.

Voici mon explication du phénomène. Michel Crozier dit que la structure de notre société nous protège les uns des autres. Lorsqu’elle disparaît, dans le changement, je crois que nous nous sentons soudainement tout nus et sans défense (probablement avec raison). Nous hurlons à la mort. D’où peut être la séduction de la manif : au moins nous ne sommes plus seuls.
Cela explique-t-il l’attitude de Gérard Depardieu ? Serait-ce pour cela qu’il trouve le pays du KGB démocratique par rapport au nôtre ? Serait-ce aussi pour cela qu’un grand patron à la retraite me mitraille de mails appelant à défiler, et à subvertir le gouvernement ?
En fait, il m’arrive de me faire traiter impoliment lors de mes missions. Mais c’est exceptionnel. Et j’interprète cela comme une frustration qui a besoin de s’exprimer pour pouvoir libérer la raison. Il est possible que si le phénomène n’intervient pas sur une échelle plus grande, c’est parce que j’apporte des méthodes qui encadrent le changement. Le changement devient alors une question de technique, de « schéma directeur ». Tout le monde y trouve un rôle et personne ne se sent menacé.

Depardieu ou la révolte d’un être humain ?

Le gouvernement semble avoir cru qu’il ferait de Depardieu un bouc émissaire commode. A-t-il oublié que la France est spontanément du côté de l’opprimé, contre le pouvoir ?

Ce qui me frappe plutôt est que l’on traite maintenant Depardieu de « grand acteur ». Ces derniers temps on en parlait surtout comme d’un alcoolique aux excentricités ridicules. Un bouffon, en somme. Et qui ne faisait plus que de mauvais films. Probablement alimentaires.
Et s’il venait de prendre conscience de ce mépris ? Et s’il découvrait qu’il devait son succès à une intelligentsia, séduite par son extraction populaire, qui lui reproche maintenant d’être sorti de sa condition ? Un prolo qui aurait voulu penser ? Sartre contre Camus, acte 2 ?

Neocon Depardieu ?

Gérard Depardieu semble illustrer une des grandes idées de ces dernières années. Il ne doit rien à la France. L’argent qu’il a gagné est à lui. L’impôt, c’est le vol. C’est le principe du néoconservatisme américain. 

Les valseuses, en anglais.

Question difficile à trancher : qu’est-ce qui est à lui, qu’est-ce qui est au pays ? Aurait-il réussi à l’étranger ? Avons-nous fait le succès d’un Depardieu milliardaire, ou d’un Depardieu libertaire ?

Bellamy

Dernier film de Claude Chabrol.

Les films de Claude Chabrol me laissent curieusement indifférent. C’est pour cela que j’ai choisi ce film : j’avais besoin de couleur et de calme. Les affres du changement, c’est bon pour les autres.

Je n’ai pas été déçu. Mais quelque chose a fini par me surprendre. Ce téléfilm m’a semblé avoir 50 ans. La façon de parler de Depardieu m’a fait penser à Maigret. C’était frappant. D’ailleurs c’est une intrigue « psychologique » à la Simenon. Il ne se passe rien. Plus frappant : les rapports humains ne me semblent pas ceux auxquels je suis habitué. Il y a une sorte de déférence, de respect, qui s’est perdu.

J’ai regardé le dossier de presse. Effectivement, le film est un hommage à Simenon. Chabrol approche des 80 ans, ce qui peut expliquer qu’il soit attaché à un autre temps. Il parle :

« A un moment donné, Bellamy dit de son frère Jacques : « Je ne pouvais plus supporter son visage d’ange. » Bien entendu, il s’agit d’une projection de ce que lui-même n’est pas. Par la suite, c’est l’inverse qui se produit : Bellamy représente, aux yeux de son frère, une sorte d’ange que lui ne peut pas réussir à atteindre, ni à détruire. Car, si Jacques incarne la part d’ombre de leur fratrie, c’est parce que Bellamy a lui-même éteint sa part de lumière. »

Je n’avais pas saisi.