Cohésion sociale

Valeur travail, beaucoup en parlent, peu pratiquent. Pas surprenant : il n’est pas facile de travailler : je sors épuisé de cette année. J’ai interrogé, aidé des entrepreneurs, et, même, rencontré quelques élus. Et surtout, ce fut un casse tête. Il est extraordinairement difficile de comprendre ce que l’on voit. Mon inertie intellectuelle est phénoménale. Qu’ai-je appris ?

L’innovation que constatent les interpreneurs n’est pas celle dont on parle. Pourquoi ? La « globalisation » a évacué les « contingences terrestres » pour des « innovations de rupture », super intelligence, conquête du système solaire, élimination de la mort, etc. Aujourd’hui, les « contingences terrestres » se rappellent à nous. Ce sont elles auxquelles répondent nos entreprises. Notre situation ressemble à celle de l’après guerre : notre économie est à (re) construire. Comment faire ? La démarche du Conseil National de la Résistance est appropriée.

Pour reprendre le vocabulaire de la classe politique, nous devons avoir l’ambition de la « cohésion sociale ». Nous en avons les moyens : PME et territoires ont un potentiel ignoré ; ce qui leur manque pour l’exploiter, personnels qui sortent des grandes entreprises et capitaux privés, cherchent ce type d’opportunité !

Ce programme est apolitique. Il doit faire l’unanimité. Surtout : le CNR parlait « d’esprit de Valmy ». Chacun doit prendre son sort en main, avec une belle motivation. Après guerre, cette motivation était le « progrès », la certitude que la société était dans la voie de la raison, que la condition de l’humanité allait se transformer. Pourquoi ne serait-ce pas aussi la nôtre ?

Waldeck-Rousseau

Waldeck-Rousseau aurait-il fait mentir de Gaulle ? Comme Clémenceau et Mendès-France, il est parvenu à gouverner et à obtenir de grands succès. Mais il est mort jeune.

Curieusement, alors qu’il ne semblait pas un étudiant brillant, il devint un grand avocat. Peut-être parce qu’il ne plaidait pas, mais expliquait. Il en était probablement de même de la politique. Ce n’était pas un homme politique né. Il commençait par refuser les postes qu’on lui proposait. Si bien qu’il finissait par les obtenir à ses conditions, qui étaient intransigeantes. Il doit ses succès à être parvenu à faire cohabiter les opposés dans son cabinet. Curieusement, il était persuadé qu’il allait échouer.

Ce qui montre peut-être le changement que nous devons réussir ? Pour l’instant, seul un incorruptible, qui s’use à la tâche, est capable de rassembler les belligérants sans lesquels rien ne peut être fait ?

Démocratie

Les théories de la démocratie tablaient sur l’affrontement des idées.

Seulement, comme le montre la science, l’affrontement ne donne rien. Pour parvenir à une décision un rien intelligente, il faut construire des raisonnements, faire des hypothèses, les tester. Au fond, la raison, c’est cela.

Aujourd’hui, ce mode de réflexion est totalement absent du débat public. L’intelligence artificielle, qui rend hystériques nos gouvernements et nos économistes, en est l’exemple même.

The amount of energy required to supply the data centers powering AI is so vast that meeting that need may be more than a lifetime away, according to a senior executive at Apollo

Bloomberg News (@bloomberg.com) 2025-10-22T17:00:24Z

Sagesse

Première dans l’histoire française ? Il semblerait que nous ayons toujours un gouvernement. Or aucun parti n’a de majorité. Conjurer les maux des troisième et quatrième républiques est-il possible ?

Ce qu’il reste maintenant à faire, c’est de trouver un moyen de réformer sans éclater.

Conduite du changement au sens premier du terme ?

Saint Simon

Redécouvrons Saint Simon ?

Il semble avoir voulu achever la révolution en donnant au peuple la place qu’elle lui destinait. Il proposait ce que la systémique nomme un « changement à effet de levier » : faire passer le pouvoir de la classe des parasites à celle des producteurs (le reste de la population).

Il voulait procéder par amélioration et non par révolution. (Avec philosophie.)

Mais, la politique demandant des professionnels, ne sommes nous pas condamnés au parasitisme ? A moins de parvenir à contrôler nos « représentants », pour qu’ils méritent ce nom ? Intéressant problème de conduite du changement ?

Recul

Peut-on prendre du recul, par rapport à la situation de la France, et se hasarder à se demander la cause de notre mal ? Sachant que j’ai toujours tort, mon opinion doit être entendue avec méfiance…

En tous cas, voici mes hypothèses du moment.

  • Le mal viendrait de la politique de M.Macron. Il aurait accéléré celle de ses prédécesseurs. Elle consisterait à dépenser sans compter pour construire une France « à la mode », des « start-up » et des « premiers de cordée » vivant dans des « métropoles ». La France traditionnelle est saignée à blanc. Et ce pour financer les projets de M.Macron, mais aussi parce qu’elle doit disparaître.
  • Cette politique, comme celle de Lénine et pour les mêmes raisons, s’accompagnerait d’une hypercentralisation.
  • Conséquence : un trou sans fond, et des services publics de plus en plus inefficaces, car conçus pour servir cette politique, et non l’intérêt général.

Inverser ce cercle vicieux consisterait à comprendre :

  • Que l’avenir n’est pas dans le new space ou l’intelligence artificielle, châteaux en Espagne, mais dans la réinvention de ce qui fait notre vie (transport, construction, consommation d’énergie, loisirs, nourriture, etc.)
  • Que le service public doit servir le public.
  • Et peut être qu’il faut en revenir aux fondamentaux de notre République : les droits de l’homme et la raison. Car, en dernière analyse, c’est cela que nie la politique de M.Macron.

Le changement doit se faire « par en bas ». Le changement économique doit être tiré par l’initiative collective de l’entreprise locale, qui entraîne l’élu local, qui oriente l’action de l’Etat.

De même pour le service public. C’est aux unités locales, qui connaissent la réalité de la vie du citoyen, d’orienter l’action de leur hiérarchie, puis celle de l’Etat, de la « République », au sens de « bien commun », et non de dictature.

Quel est le rôle du gouvernement, dans ces conditions ? Ce que Kurt Lewin nommait le « changement planifié », condition nécessaire de la démocratie, selon lui. Le gouvernement doit synthétiser ce que disent les « hommes de terrain », qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur, et en tirer une ligne directrice, qui sera, ensuite, appliquée par les dits hommes de terrain, coordonnés par le sommet.

Les raisons du populisme

Les opinions publiques des démocraties veulent-elles des hommes forts ? Sont-elles fatiguées de leur régime, de l’état de droit ? Les Européens veulent-ils dissoudre l’Union ?…

Eh bien non. La cause des succès de l’extrémisme actuel tient à la surdité des partis politiques traditionnels. Les enquêtes montrent que les populations réclament simplement ce que pensait être M.Hollande : un « gouvernement normal », qui fasse fonctionner correctement les institutions du pays. Dans cette situation, leur seule option est de voter « populiste ».

Voici ce que l’on entendait dans l’émission de Christine Ockrent.

Gouvernement de techniciens

Dans un article récent, Jean Tirole écrivait (au sujet du marasme français) : « Deux scénarios sont possibles. Soit la classe politique, consciente de l’urgence, parvient à se rassembler pour restaurer la confiance et renouer avec la croissance ; une variante est un accord pour nommer un gouvernement de techniciens pour remettre le pays sur les rails, comme Mario Monti en 2011 ou Mario Draghi en 2021 en Italie.« 

L’économiste rêve d’un « gouvernement de techniciens ». Le technicien, c’est lui. Il prend la société pour un moteur, dont il serait le mécanicien. Malheureusement, nous ne sommes pas des machines.

Après guerre, derrière des apparences de conflit, il y avait un consensus : le parti-communiste voulait de l’emploi, et les patrons, des affaires. Ils étaient tous d’accord pour le « progrès ». C’était la logique de la planification de l’époque, qui n’avait rien de technocratique, car elle était essentiellement négociation avec ce que l’on nomme désormais les « parties prenantes de la nation ». Dans son genre, le gouvernement de Gaulle fut un « gouvernement de techniciens ». (Au départ, des techniciens de la guerre, en fait.)

Un moyen de réparer la démocratie ? Faire émerger un programme qui fasse consensus et nommer des « techniciens » (mais pas des économistes ou des guerriers) pour l’appliquer ? (Et tenir en respect ceux dont la fonction sociale est de profiter des relâchements ?)

Fragile démocratie ?

La démocratie est une construction abstraite. Jadis nos grands hommes ont cru que de l’affrontement des idées et des intérêts résulterait le bien commun.

Cela mériterait une étude approfondie. En tous cas, on constate :

Qu’aux USA une « cancel culture » en remplace une autre. Un lobby prend le pouvoir après un autre et impose sa ligne par la terreur. Le peuple amplifie le mouvement, façon « servitude volontaire » de la Boétie.

Qu’en France on en est revenu à la 3ème République. Ceux qui détiennent le pouvoir sont isolés de tout et sont pris dans un mouvement brownien incompatible avec la moindre pensée qui ne soit pas réflexe. Ils sont entre les mains des lobbys. Ou des manifestations de mécontentement. Ce qui produit le chaos.

Comment cela se termine-t-il ? Si l’on en croit Pierre Rosanvallon, en ce qui concerne la France, par l’arrivée d’un homme fort, qui remet la société en ordre. Peut-être pourrions-nous tenter une innovation ?

Liberté de parole

La grande question du moment semble être celle de la liberté de parole.

Les journaux américains n’arrêtent pas de compter le nombre de ceux qui ont perdu leur emploi pour avoir exprimé une opinion qui ne plaisait pas à Trump. Aux USA on a le droit d’avoir toutes les opinions, à condition que ce soit celle de Trump.

La tendance serait générale : j’ai entendu, qu’en France, il n’est plus possible de dire quoi que ce soit, sous peine de se faire insulter. En particulier, les artistes, hier champions de l’engagement, seraient contraints de se taire.

Les choses ont bien changé. Une vieille émission traitant du surréalisme donnait la parole à un militant révolutionnaire d’après guerre : il en appelait au renversement de la démocratie par la force. Terrifiant. Et pourtant, à l’époque, de telles opinions avaient libre cours. Un philosophe, dans une autre émission, disait que certaines opinions devraient être passibles de prison.

Tout cela ne me convainc pas. Il me semble que l’on a eu tort de croire que les valeurs d’une nation se suffisaient à elles-mêmes. Pour survivre, ces valeurs doivent être défendues. Rien de ce qui les menace ne doit être ignoré. Et elles doivent être défendues non par la prison, mais par un véritable débat, rationnel, qui fasse l’effort de comprendre les raisons de l’opposant, et qui mette la population en face d’un choix.