Étiquette : délocalisation
Délocalisation : fin de mode ?
Japon : mort du dogme de la supply chain ?
Compléments :
- Ajout ultérieur : l’industrie automobile mondiale est affectée.
Taxe professionnelle
M.Fillon parle de la menace qui pèse sur l’économie française : crise, délocalisation. La taxe professionnelle handicape nos sociétés. Si les collectivités locales refusent sa suppression c’est qu’elles sont irresponsables. Cette argumentation me semble un manque de respect pour notre intelligence :
- Si c’est une question de crise et de trésorerie, pourquoi supprimer une ressource à long terme ? Pourquoi ne pas apporter une contribution exceptionnelle ?
- Nos voisins vont certainement réduire leurs prélèvements fiscaux, réduisons donc les nôtres. L’argument, on le fait parce que les autres le font, a été l’argument favori du libéralisme économique. La logique poussée à son terme, signifie que l’on supprime tous les impôts, qu’il n’y a plus d’état et que tout devient payant. D’où une classe riche et éduquée et une autre de crève la faim.
- L’avantage concurrentiel n’est pas lié au coût de main d’œuvre mais à un « métier », qui se construit sur des décennies, et à l’efficacité d’un tissu industriel local. Si l’industrie française n’est pas concurrentielle, c’est qu’elle a besoin de mieux faire son métier. Il ne faut pas apporter des subventions, mais la capacité d’investir sur de bons projets, ce qui n’est pas la même chose. D’ailleurs, ce que les pays émergents ont de remarquable, ce n’est pas tant leurs coûts que leur esprit entrepreneurial. (Téléphonie mobile et pays émergents.)
- Mon expérience me montre que les entreprises fonctionnent comme des thermostats. Elles ont une certaine ambition de rentabilité. Quand ça va bien, elles dépensent, quand ça va mal, elles font des économies. Autrement dit, s’il n’y a pas modification de leurs aspirations, les gains de taxe professionnelle seront consommés sans contrepartie en termes d’efficacité (cf. la TVA de la restauration). C’est le phénomène « jeune entreprise innovante » : les allégements fiscaux sont utilisés pour baisser les prix de vente, et lorsqu’ils disparaissent l’entreprise se trouve fort mal.
Pourquoi utiliser des arguments discrédités partout ailleurs ? Pourquoi ne pas partir du problème, que je suppose être la compétitivité des entreprises, et considérer les solutions possibles ? Cette mesure isolée, ne devrait-elle pas s’inscrire dans un programme général ? Pourquoi une tentative de législation au fait divers : profiter de l’émotion du moment pour introduire des mesures à long terme ? Pourquoi, d’ailleurs, jouer sur l’émotion et pas sur la raison ? Par mépris ?
Il y a une panne de l’intelligence sociale dans ce pays.
Compléments :
- Toutes les réformes du gouvernement se ressemblent : ce sont des solutions à des problèmes qui ne sont pas posés, avec la manipulation comme moyen d’application. Triste. (Voir Changement et université, par exemple.)
- La réflexion est partie de : M.Sarkozy et l’état.
Les délocalisations sont devant nous ?
Richard Baldwin fait état d’une étude qui estimerait à 30 ou 40 millions les pertes d’emplois du secteur des services causées aux USA par la combinaison des faibles salaires émergents et des nouvelles possibilités des télécoms.
Il fait remarquer que les choses ne se passent pas comme cela : les emplois ne sont pas éliminés mais déplacés. Les millions perdus sont recréés ailleurs. Les services que peut produire l’Inde ne sont pas ceux que peut produire l’Amérique, par conséquent l’Inde achètera les services de l’Amérique et réciproquement, de même que les voitures allemandes n’ont pas condamné la production française.
Heureusement qu’il en est ainsi : l’économie mondiale est un échange. Si un pays ne peut pas acheter, parce que son peuple est au chômage, l’autre ne peut pas produire. Par conséquent, il est fort difficile de voler des emplois sans que ça vous retombe sur le nez.
Et ce n’est pas comme cela que ça se passe ordinairement. Un ami travaille avec les USA, il a sous-traité la partie la plus simple de sa « relation client » au Pakistan. Cela lui permet de se dégager de cette tâche qu’il n’aime pas et de faire ce qui compte vraiment pour ses clients, dont il multiplie le nombre.
On est dans une situation qui ressemble à celle de l’automatisation. Il y a gain de productivité pour une personne donnée. Le temps dégagé lui permet de développer des compétences qui jusque-là n’étaient pas présentes, d’enrichir le monde de ce qu’il ne connaissait pas.
Mais tout n’est pas rose. Comme le dit Alfred Sauvy, la machine ne crée pas le chômage, par contre elle force le pays à de douloureux changements, et ces frottements sont, eux, responsables du chômage. Il suggérait que l’état guide la transition, un genre de flexisécurité danoise.
Compléments :
- SAUVY, Alfred, La machine et le chômage, Dunod, 1993.