L'automobile et l'emploi

« Pays pionnier dans l’automobile, la France a beaucoup souffert dans la compétition mondiale au cours des vingt dernières années. L’automobile est à l’origine de près de la moitié de la dégradation du solde des produits manufacturés depuis 2000, et explique une large part de la désindustrialisation qu’a connue le pays. » dit une étude de France Stratégie

En fait, le fabricant français va bien, mais les conditions de production sur le territoire national ne sont pas favorables. Donc il ne produit pas en France. Une question de coût du travail et de fiscalité. Y compris, en comparaison de l’Allemagne, du Japon et des USA ! Là, explique le rapport, le désavantage coût est compensé par l’avantage volume ! 

Et si le Japon et l’Allemagne, tout simplement, avaient voulu faire travailler leurs citoyens « quoi qu’il en coûte » ? Alors ils auraient cherché à compenser leurs différents handicaps par l’innovation, permettant des gains de productivité, des programmes de qualification de leurs employés, corrélatifs, et des méthodes de type « mode projet » qui permettent une grosse créativité et réactivité, et une réduction de temps de cycle, à condition de travailler avec des partenaires proches.

Angleterre : mauvaise passe

Décidément, cela va mal en Angleterre. Après les augmentations du prix du gaz, les pompes sans essence, par manque de chauffeurs, maintenant, ce sont les éleveurs de porcs qui doivent tuer leurs bêtes, par ce que les abattoirs ne fonctionnent plus. Eux aussi étaient dépendants de la main d’oeuvre à bas coût d’Europe de l’Est. 

Cela fait penser à Michael Porter : la « bonne » logique de l’économie est le gain de productivité : on compense les hausses de salaire par des gains de productivité par innovation, et on augmente les salaires en échange d’une augmentation de qualification que demande l’innovation. Grâce à l’innovation, on produit de plus en plus, avec les mêmes, ce qui conduit à une augmentation du niveau de vie. 

 Les Anglais auraient-ils fait tout le contraire ? Au lieu d’innover, ils ont laissé se dégrader les conditions de travail et de compétitivité de leurs entreprises, en faisant appel à de la main d’oeuvre à bas coût, qui, nullement exploitée, jouait sur le différentiel de niveau de vie entre l’Angleterre et leur pays (une variante des délocalisations) ? Années folles ?

La relocalisation n'est pas pour demain

Conférence de l’ESCP sur la relocalisation. Où l’on apprend que la délocalisation n’a pas été une bonne affaire. Rien ne marche correctement avec une « supply chain » étirée. Il n’y a que des « coûts cachés ». Manque de réactivité, baisse de qualité, contrefaçon, risques d’approvisionnement, risques de réputation, freins à l’innovation (on a découvert que, pour innover, il fallait que la création et la production soient proches)… Paradoxalement, ce sont ceux qui avaient le plus à gagner, le textile et le jouet, et qui en ont le plus profité, qui étaient les moins faits pour être loin de leurs marchés et des modes. 

Va-t-on revenir à la raison ? Non, car, entre temps, nous avons perdu les compétences nécessaires à faire le travail maintenant délocalisé ! (La délocalisation ou l’attrape nigaud ?)

L’espoir : reconstruire à partir de ce qui existe encore de compétences sur notre territoire. 

(La conférence disait aussi que la France a été particulièrement efficace dans l’élimination de son industrie, il n’y a que la Grande Bretagne qui ait fait mieux, et, encore, marginalement.)

L'irréductible Breton et la délocalisation

Dans les années 90 l’idée se répand selon laquelle il faut concevoir en France, et fabriquer à l’étranger. 

En Bretagne, une poignée d’irréductibles décide de résister. Ils créent « Produit en Bretagne ». Aujourd’hui, c’est 472 entrerprises. Chaque année elles sont vingt de plus. Et c’est un gros succès : non seulement le Breton achète breton, mais c’est aussi le cas du reste du pays ! 

Et voilà le « pacte » qui est à l’origine de cette histoire :

« Cela s’est accompagné d’une sorte d’accord moral. Le distributeur s’engageait à donner plus de place aux produits bretons que ne l’aurait voulu une logique à court terme, à les mettre en avant, et à en faire des promotions régulières. Le consommateur devait, à qualité et prix égaux, acheter breton. L’entreprise devait en donner aux clients pour leur argent, il fallait qu’ils puissent dire : « on est fiers, ce sont de bons produits »« . (La suite de l’histoire.)

France, usine de la Chine ?

« la quête de la neutralité carbone est sans doute un objectif louable mais, si l’on considère la question environnementale dans son ensemble, se focaliser sur le C02 peut avoir des effets délétères. Dans le cas chinois, cela pourrait servir de justification supplémentaire à la vague de construction de barrages qui ravage déjà des communautés entières et menace les ressources en eau dans les pays riverains en aval, en Asie du Sud-Est, avec un impact à la fois sur leur environnement et sur leur économie (…) la Chine a déjà exporté certaines de ses installations les plus intensives en carbone, comme les centrales électriques au charbon, vers ses partenaires de l’initiative des Routes de la soie. Les entreprises d’État chinoises se sont lancées dans des projets d’infrastructure tels que des lignes ferroviaires à grande vitesse, des autoroutes, des barrages hydroélectriques et des ports en eau profonde, qui ont tous une empreinte carbone importante et des conséquences écologiques à long terme en termes de perte d’habitat et de biodiversité. » (Article.)

Et si la France exploitait la mode du CO2 pour reconstruire le tissu industriel qu’elle a délocalisé ? 

Et si la re localisation n'était pas que ce que l'on croit ?

On parle de re localisation. On a découvert que nous étions excessivement dépendants de pays étrangers ? Il se joue beaucoup plus : un renversement de valeurs.

Derrière la délocalisation il y a un principe : l’obsession du coût. Moins cher, toujours moins cher. Tout n’était qu’un prix. L’entreprise n’était qu’un prix.

Brutalement, cette logique bascule. Et si une entreprise, c’était un citoyen ? Un citoyen dont nous ne pouvons pas nous passer ? Disponibilité. S’il fabriquait des masques, il peut nous en donner. Mais, il est inventif, surtout, il peut en fabriquer alors qu’il n’en fabriquait pas ! Et s’il peut inventer le masque, il peut aussi inventer de quoi remplacer les secteurs qui n’auront pas survécu à l’épidémie. Il est créatif et il a accumulé, au cours des ans un énorme savoir-faire. D’ailleurs, son talent peut aussi transformer un tissu économique et produire quelque-chose qu’aucune entreprise ne pouvait créer seule. Et il y a le développement durable, les droits de l’homme… il s’en préoccupe peut-être mieux que des sociétés qui sont loin de nous…

(Paradoxe. Et si, avec cette nouvelle définition de l’entreprise (nouvelle, vraiment ?), l’entreprise française était, finalement, compétitive ?)

La délocalisation des masques

Coronavirus. Hier matin, la radio disait qu’elle avait retrouvé les masques manquants. Ils étaient fabriqués en Bretagne. L’Etat était actionnaire de l’entreprise. Puis il a vendu sa participation. L’entreprise a été achetée par un groupe américain, démontée et délocalisée. (Un article.) L’usine était rentable. Si l’on regarde ce blog, on verra qu’il est plein de ce genre d’histoires, depuis qu’il existe. Il s’en est même assez vite lassé.

Il y a eu une grande vague de délocalisations, qui n’avait souvent aucune justification financière. Elles étaient « spéculatives ». Il y avait un accord général sur le fait que des entreprises délocalisées étaient « évidemment » plus performantes que des entreprises françaises. Les fonds recevaient de l’argent (des retraités !) pour procéder à ce type d’opération. Evident, puisque les salaires étrangers étaient inférieurs aux nôtres, et que le Français était, c’est bien connu, un paresseux. Bien sûr cela oubliait le savoir-faire qu’il avait fallu des décennies à accumuler (et qui justifiait un salaire élevé ?). Cela oubliait surtout l’essence de l’entrepreneuriat qui est de se réinventer sans arrêt pour être à la pointe de la demande. Mais, on ne peut pas exiger d’un financier d’être un entrepreneur.

Cela, personne ne l’a dit, surtout pas les syndicats. 

Ce virus nous rappelle que nous avons vécu des « années folles ». 
(Pourquoi l’argent des retraités ? On trouvera sur ce blog une possible explication, en provenance de The Economist. Les fonds de pension n’ont pas les moyens de payer les retraites. En conséquence ils sont prêts à croire aux miracles de rendements fantastiques. C’est cela que leur promettaient les fonds d’investissement.)

L'Allemagne exploite la misère du monde ?

L’Allemagne telle qu’on ne la connaît pas. Son miracle semble menacé. Menacé parce qu’il est fondé sur la misère du monde ? Elle a besoin d’une immigration massive extra européenne, donc des malheurs de la Syrie notamment, elle profite à fond des bas salaires des pays est européens, et « 1 actif sur 8 – soit 4 millions de personnes – vivent dans la précarité des petits boulots depuis des années et manquent de protection sociale« .

La menace vient de la croissance explosive des prix de l’immobilier, non compensée par l’augmentation des salaires, du tournant anti-démocratique de l’Europe de l’Est combiné à l’influence chinoise grandissante, et du rejet croissant des immigrés par les natifs. (Article.)

Faillite d’une politique que l’on nous donne en exemple ?

M.Trump, esprit dérangé ?

M.Trump est-il un esprit dérangé  ?

Depuis des années des gens influents, et respectés, comme Eamonn Fingleton attaquent globalisation et délocalisations. Leurs arguments : elles font perdre leurs compétences aux USA et appauvrissent les travailleurs américains. (Voir : Unsustainable.) Le raisonnement ne tient pas que pour les USA. (Les idées d’Eamonn Fingeton en 2008 : on dirait le programme de M.Trump.) Il faut reconstituer les savoir-faire de la nation en la protégeant, disent-ils. C’est eux qui permettent de créer sa richesse. Ce qui est une opinion que défendent depuis des décennies, voire des siècles, de manière fort argumentée, des savants importants. Eh bien, M.Trump semble faire exactement ce que prescrivent ces gens.

Quant aux déséquilibres de la balance des échanges de la Chine et de l’Allemagne, ils ont été dénoncés  par des économistes, qui n’ont rien de fantaisiste, en 2008, comme la cause de la crise…

M.Trump semble donc inscrire ses décisions dans un des grands courants de pensée mondiaux. La surprise, le danger ?, vient de sa façon de les mettre en oeuvre. Et peut-être aussi de la façon dont la presse le traite : comme un clown.

(Sa politique iranienne ne semble pas ressortir au même mode de raisonnement, par ailleurs.)

Comment faire réussir le Pacte de responsabilité

Intéressant article (référence ci-dessous). Raisonnement :

  • Face à l’apparition des pays émergents, les pays développés se spécialisent par différenciation vers le haut de gamme et la qualité perçue. 
  • Pour ce faire, ils doivent investir. L’entreprise d’Allemagne y est parvenue en réduisant ses coûts par délocalisation en Europe de l’Est. 
  • La France n’ayant rien d’équivalent s’est fait prendre dans une sorte de cercle vicieux. 
  • Du bon usage du Pacte de responsabilité, maintenant. Il résulte de ce qui précède qu’il doit servir à investir dans la conception de produits haut de gamme. Il ne doit pas être distribué aux actionnaires ou avoir l’emploi comme premier objectif.
  • La montée en gamme demande apparemment, une montée en qualification. (Conséquences ? Sur l’éducation, initiale et continue ? Sur la politique du gouvernement, d’aide exclusive aux bas salaires ?…)

(Référence : Florian Mayneris, « Coût et qualité . Le problème de la « compétitivité » de l’économie française », La Vie des idées, 6 mai 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Cout-et-qualite.html)